La banque privée prend le philanthrope par la main

le 27/08/2015 L'AGEFI Hebdo

Les acteurs rivalisent pour accompagner gracieusement une clientèle souhaitant concilier intérêts particulier et général.

Ne dites surtout pas à un banquier privé, au risque de l’agacer, que la philanthropie est un outil fiscal. Le philanthrope, du grec « ami de l’homme », entend avant tout, sans négliger un cadre fiscal français bienveillant, donner du sens à son patrimoine, favoriser l’intérêt général en respectant le sien particulier. De quoi aiguiser l’attention de la banque privée et de ses bons services, gracieux mais non désintéressés. Car du don à la donation ou au legs, et jusqu’à la création d’une fondation ou d’un fonds de dotation, le choix est large : « On peut tout faire, tout imaginer avec les enveloppes fiscales existantes », remarque François Wohrer, directeur général de Banque Degroof en France. Consultante RSE (responsabilité sociétale de l’entreprise) et auteur de L’espoir philanthropique, Sandrine L’Herminier relève que la philanthropie permet à la banque d’« adopter un discours qui n’est plus seulement commercial mais aussi humain, le donateur s’engageant le plus souvent pour des raisons très intimes ».

Le conseil fourni, qui selon Vincent Aubuchou, directeur adjoint de l’ingénierie patrimoniale chez Edmond de Rothschild (France), « nous permet d’avoir une vision globale du patrimoine, ne donne lieu à aucune facturation spécifique, il fait partie de notre prestation globale, dans un intérêt mutuel de confiance à long terme ». « C’est le prix à payer pour disposer d’un réel modèle de banque privée », plaide Olivier Paccalin, directeur de l’offre chez Société Générale Private Banking France. Et face à une demande soutenue notamment par le rajeunissement de donateurs en quête d’une certaine professionnalisation de leur action, l’offre s’organise.

Equipe dédiée… ou pas

Parmi les plus volontaristes, Neuflize OBC a créé dans les années 60 un pôle Associations et fondations, au sein duquel Lionel Farcy se fait fort, avec le soutien des ingénieurs patrimoniaux, d’« intervenir très en amont, de guider le client dans son projet ». Une action qui « a toujours fait partie de notre ADN ». Même tonalité chez BNP Paribas, où l’offre Philanthropie individuelle lancée en 2008 par Nathalie Sauvanet est « en mesure de proposer son expertise sur le long terme à une centaine de clients par an ». « En interne, nous sommes en contact avec les banquiers privés, il s’agit de les aider à comprendre la volonté et l’intérêt du client », note la responsable. Ayant « clairement fait le choix d’une expertise maison complète », la banque présente un service associant sur mesure et « clé en main » avec la Fondation de l’Orangerie, placée sous l'égide de la Fondation de France. Tout comme la Fondation 29 Haussmann créée par Société Générale, où un ingénieur patrimonial est référent sur le sujet de la philanthropie et un expert indépendant sollicité pour la création d’une structure. « Nous envisageons le recrutement d’une personne dédiée susceptible de coordonner et d’améliorer notre dispositif en interne. Nous sommes en phase de montée en puissance, nous investissons en ce sens », indique Olivier Paccalin. Chez Banque Degroof, le département bruxellois Philanthropie et Impact investing accompagne, indique Claire Rothéa, sa correspondante à Paris, « des projets qui se veulent rentables mais ayant un fort impact sociétal, par le biais d’investissements que nous sélectionnons rigoureusement ». La banque envisage pour début 2016 le lancement d’un fonds sur cette thématique, qui investirait dans des PME développant des projets d’intérêt général. Vincent Aubuchou, enfin, défend chez Edmond de Rothschild une expertise collégiale sans effectif, vouée exclusivement au sujet philanthropique, car « toutes les problématiques patrimoniales s’imbriquent. Le tandem composé du banquier privé et de l’ingénieur patrimonial répond aux besoins spécifiques du philanthrope en devenir ». « Pour ce qui est de la mise en œuvre opérationnelle du projet, nous ouvrons à nos clients notre carnet d’adresses de partenaires, avocats ou notaires », précise-t-il.

Si d’aucuns font vœu de renforcer le « partage d’expérience » par le biais de diverses manifestations, Nathalie Sauvanet estime que « beaucoup de clients (de la banque privée) ne savent pas encore que la philanthropie peut répondre à leurs besoins en gestion patrimoniale ». Sandrine L’Herminier regrette de son côté « un monde de la philanthropie en France encore trop en silos, jalousement gardé par la banque privée. Il faudrait que les grands donateurs se montrent davantage, que des passerelles soient mises en œuvre entre l’Europe et les Etats-Unis », où la tradition du don est ancienne et mise en valeur. Quant à Stéphanie Gerschtein-Gherardi, ingénieur patrimonial chez Neuflize OBC, elle voit dans le financement participatif « une source de profond changement, un défi comme une source d’opportunité ».

7,5 milliards d’euros, c’est le montant des dépenses des fondations en France en 2013, selon la Fondation de France

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