La banque nouvelle version est née

le 02/07/2015 L'AGEFI Hebdo

Les groupes européens sont en voie de normalisation, selon KPMG. Et confirment leur recentrage.

La banque nouvelle version est née
Place de l’Opéra à Paris.
(VDL)

Si certaines banques doivent encore se résoudre à tailler dans leurs activités (L’Agefi Hebdo du 25 juin), la plupart sont entrées dans une phase de normalisation. La neuvième édition de l’étude « Défi pour la transparence » sur la communication financière de seize banques européennes, publiée par KPMG ce 2 juillet, met ainsi en évidence « l’affirmation d’un nouveau modèle bancaire ». A l’exception de RBS ou d’UniCredit qui s’est entendu avec Intesa pour lancer une structure de défaisance commune, le sujet des « bad banks » est réglé. « Les groupes bancaires européens ont assaini leur situation, rappelle Malcolm McLarty, associé de KPMG. Les Etats rentrent dans leurs fonds, à de rares exceptions. Le recentrage des activités est acquis, en termes de métiers comme de géographies. » Ainsi, Credit Suisse, RBS, HSBC et Santander concentrent ressources et capital sur leurs marchés les plus rentables. Cela explique d’ailleurs des cessions d’actifs non stratégiques, même dans des zones a priori porteuses. BBVA notamment se désengage de Citic International Financial Holdings Limited et de China Citic Bank Corporation Limited pour améliorer ses fonds propres.

A la lecture des résultats, il est difficile d’admettre que les banques européennes de l’étude, dont la revue des actifs et les tests de résistance précédant la mise en place du mécanisme de supervision unique (MSU) ont confirmé la qualité des bilans et la résilience de leurs modèles post-crise, aient des raisons de se plaindre. « Bien qu’elles aient comptabilisé près de 29 milliards au titre de litiges et d’infractions réglementaires en 2014, les résultats courants avant impôts affichent une progression de 45 % sur un an, souligne en effet Kenza Bellakhdar, senior manager du département Réglementaire Banque et Finance de KPMG. Les résultats du premier trimestre ont également été très bons. » De plus, les ratios prudentiels (fonds propres ou liquidité) sont supérieurs aux minima réglementaires. Toutefois, le MSU et le Mécanisme de résolution unique (MRU) pèsent : le groupe BNP Paribas évalue leur impact à plus de 900 millions d’euros en 2016. Malgré des efforts continus de réduction de coûts, favorisés par la simplification des organisations, les coefficients d’exploitation ont ainsi globalement augmenté entre 2013 et 2014 (voir le graphique). HSBC l’explique par des coûts plus importants liés à ses investissements mais aussi une réglementation plus contraignante et l’augmentation des taxes bancaires. Le groupe étudie d’ailleurs la pertinence de déménager son siège social. « Le risque de distorsion de concurrence vis-à-vis des établissements non européens est réel. Et peut peser dans les négociations qui auraient encore lieu, notamment concernant la taxe sur les transactions financières », précise Kenza Bellakhdar.

Dans le détail, 10 ans d’incertitude

La position des établissements européens se normalise, mais n’est pas encore stabilisée. S’ils ont été contraints et ont réussi à redessiner leurs activités de banque de gros, tous doivent maintenant investir pour l’avenir de leurs réseaux. « Nos activités de banque de gros sont à mi-chemin de leur transformation. Nous sommes confiants dans notre capacité à l’achever dans les trois prochaines années, confirme Frédéric Oudéa, directeur général de Société Générale. Le grand défi est désormais celui de la banque de détail. Avec les disruptions liées au numérique, il faut réinventer la relation bancaire de demain. La transformation est inéluctable, mais nul n’a la certitude du modèle qui va s’imposer. Nous avons du temps pour nous adapter. Nous sommes à horizon dix ans. Mais il faut s’y préparer dès maintenant, être agile et accélérer si nécessaire. C’est devenu la première priorité du secteur bancaire. »

Si Société Générale bénéficie d’un atout avec Boursorama, ses concurrents jouent la même partie, mais avec un autre jeu. Lors du passage de flambeau entre Jean-Paul Chifflet et Philippe Brassac à la direction générale de Crédit Agricole SA, chacun a souligné le défi majeur d’allier transformation numérique et proximité. La place et le rôle des quelque 9.000 agences du groupe doivent être repensés. « Le ‘business model’ du ‘digital’ se construit chaque jour », a pour sa part déclaré Jean Lemierre (Les Echos, 1er juin 2015), président de BNP Paribas qui a acquis DAB Bank en Allemagne après avoir lancé Hellobank sur ses marchés domestiques. Selon les présidents européens, relève KPMG, « il est essentiel de privilégier la satisfaction des clients et de fournir des services de qualité » en développant une offre omnicanal. Pour cela, des efforts importants ont déjà été réalisés. Tandis que Credit Suisse, Commerzbank, ING ou Nordea poursuivent le transfert de leurs transactions vers le mobile, sans préciser son coût, KPMG relève dans les rapports annuels de 2014 que Deutsche Bank a consacré 200 millions d’euros à la numérisation de sa plate-forme de banque de détail. HSBC évalue au même niveau ses investissements dans le développement de solutions numériques. RBS table plutôt sur 960 millions. Par ailleurs, BBVA a racheté la société Simple, spécialisée dans les nouveaux modèles bancaires numériques et créé sa « Digital Banking Area ». De même, Santander a acquis les sociétés GetNet (traitement des transactions électroniques) et Super Pagamento (plate-forme de distribution de produits financiers). Toutefois, ces développements, vitaux pour les banques, ont un corollaire : la cybercriminalité. Au-delà des précautions déjà prises (L’Agefi Hebdo du 30 avril), des règles plus contraignantes pourraient leur être imposées (lire l’entretien). Avec des coûts supplémentaires.

Près de 25 milliards d’euros d’impôt sur les sociétés pour 16 banques européennes et 23 milliards de dividende.
Source : KPMG

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