Axa parvient à déjouer les taux bas

le 05/03/2015 L'AGEFI Hebdo

Fort d’un résultat opérationnel sans précédent, l’assureur tire parti de sa réorientation vers les unités de compte.

Axa parvient à déjouer les taux bas
Henri de Castries, PDG d’Axa, peut se réjouir : en 2014, l’assureur a enregistré le bénéfice opérationnel le plus élevé de l’histoire du groupe.
(Bloomberg)

L’environnement de taux bas, appelé à perdurer dans le sillage des mesures annoncées par la Banque centrale européenne (BCE), n’a pas empêché Axa de dévoiler de solides résultats annuels. En 2014, « nous avons enregistré le bénéfice opérationnel le plus élevé de l’histoire du groupe », à plus de 5 milliards d’euros (+7 %), le bénéfice net ayant crû de 12 %, se félicite son PDG Henri de Castries. Des performances notables au sein d’un secteur mis à rude épreuve. « La réalité économique du programme d’assouplissement quantitatif de la BCE se révèle assez désastreuse pour une part importante du secteur de l’assurance en Europe, particulièrement dans les activités à taux garantis », soulignaient mi-février les analystes de Barclays. En France notamment, Fitch Ratings juge la rémunération des contrats d’assurance vie généreuse dans ce contexte. Alors que le taux de l’OAT française à 10 ans a chuté de quelque 160 points de base (pb) l’an passé, à moins de 0,8 %, le rendement des fonds en euros n’a reculé en moyenne que de 30 pb à 2,5 %, selon l’agence de notation. « Cela va réduire les marges des assureurs, ces derniers devant réinvestir dans des actifs dont les taux se révèlent inférieurs aux rendements qu’ils proposent », avertit Fitch.

Un impact « gérable »

Chez Axa, les entités vie, épargne, retraite et dommages ont réinvesti 43 milliards d’euros l’an passé dans les actifs obligataires, à un taux moyen de 2,7 %, nettement supérieur au taux garanti moyen sur les affaires nouvelles en vie, épargne, retraite, de 0,4 %. Un écart de 230 pb jugé « sain » par les analystes de Nomura dans l’environnement actuel. « Le taux de réinvestissement est prévu à 2 % en 2015. Couplé aux mesures prises par la BCE et la Banque nationale suisse, cela aura un coût de 200 millions d’euros par an sur les bénéfices » d’Axa, relèvent les analystes de Bank of America Merrill Lynch, jugeant « gérable » l’effet global des taux d’intérêt bas pour le groupe. Selon ces analystes, les réductions de coûts et autres décisions managériales seront déterminantes pour compenser ces moindres revenus d’investissement. Axa se révèle actuellement bien engagé dans son programme d’efficacité. Ayant réalisé 1,6 milliard d’euros d’économies entre 2011 et 2014, l’assureur s’est dit confiant dans l’atteinte du montant de 1,9 milliard visé fin 2015.

Axa bénéficie de la diversification de son offre dans les activités d’assurance vie, épargne, retraite (voir le graphique). Conformément au plan stratégique, « nous poursuivons notre objectif d’une croissance sélective vers les segments les plus rentables. La prévoyance-santé et les unités de compte (UC) représentent désormais plus de 70 % de nos ventes », déclare Jacques de Vaucleroy, responsable au niveau international des activités d’assurance vie, épargne, retraite. « Les taux bas incitent les assureurs à modifier leur mix produit en privilégiant la vente d’UC au détriment des fonds euros », explique Anne-Charlotte Com, analyste chez Kepler Cheuvreux. Or, « depuis 2009, Axa a développé une politique axée sur les UC et dispose aujourd’hui d’une longueur d’avance. Ces supports sont nettement plus rentables que les fonds en euros, qui subissent de plein fouet l’univers de taux bas et se montrent beaucoup plus contraignants en termes d’exigences de fonds propres dans le cadre de Solvabilité I et II », poursuit Cyrille Chartier-Kastler, président de Facts & Figures. Selon ce dernier, la part de la collecte réalisée par Axa France Vie en UC est ainsi passée de 16,6 % en 2009 à 29 % en 2013, contre une moyenne de 16 % pour le marché français. La mise en œuvre d’une réorientation vers les UC se révèle lente et n’a qu’un effet très différé dans le temps en raison de la forte inertie de l’activité. « Les fonds en euros croissent mécaniquement du fait de la capitalisation annuelle des intérêts et font l’objet de reversements de la part des clients qui apprécient leur bon rendement et leur effet cliquet. Même lorsqu’un assureur vie décide de mettre en œuvre énergiquement une stratégie sur les UC, il faut compter 5 à 10 ans pour que les encours en euros finissent par se stabiliser », développe Cyrille Chartier-Kastler. Le montant des encours d’Axa France Vie en UC a crû de 21,6 à 25,2 milliards d’euros entre 2009 et 2013 (soit une croissance de 16,7 %), tandis que les encours en euros ont progressé de 72,9 à 80,1 milliards sur cette période (+9,9 %), selon le président de Facts & Figures.

Le positionnement international d’Axa joue aussi en sa faveur, aux yeux de certains analystes. Dans l’environnement actuel de faible rendement, les analystes de Morgan Stanley font d’Axa l’une de leurs valeurs favorites. « Diversifié sur le plan géographique et en termes d’activités, Axa et Prudential disposent de résultats plus résistants que leurs pairs », estiment-ils. Autant d’éléments qui ont vocation à réduire la décote du titre en Bourse (lire l’entretien).

14,5 %, c’est la rentabilité courante des capitaux propres enregistrée par Axa en 2014, contre une fourchette de 13 % à 15 % visée en 2015
Bon positionnement à l’international

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