Marchés émergents

Les acteurs français dans l’expectative en banque de détail

le 22/01/2015 L'AGEFI Hebdo

La crise les a contraints à la prudence, l’acquisition de la polonaise Bank BGZ par BNP Paribas faisant figure d’exception.

Les acteurs français dans l’expectative en banque de détail
(Bloomberg)

Les marchés émergents composent un échiquier bien complexe pour les acteurs français de la banque de détail. Le lot de déconvenues nées de la crise a certes rappelé les risques inhérents à ces territoires, qui n’en restent pas moins prometteurs sur fond de croissance économique et de progression de la bancarisation. Le cabinet Nouvelles Donnes, dont l’étude annuelle Banking Survey – Emerging Markets scrute le dynamisme des réseaux, relève ainsi qu’en parallèle à la création nette de 90.000 agences sur ces marchés entre 2007 et 2013, le revenu moyen par guichet a progressé de 10 %. La disparité entre zones va pourtant se renforcer, Nouvelles Donnes estimant que d’ici à 2020, le parc pourrait croître de 42 % en Afrique subsaharienne ou de 4 % seulement en Afrique du Nord, pour baisser de 1 % en Europe de l’Est. Cette dernière, qui représente 70 % des 7.100 agences des banques françaises au sein des émergents à fin 2013, reste, selon l’associé en charge de l’international au sein du cabinet, Jean-Marc Velasque, la « zone malade, la seule où la rentabilité ne progresse pas et où les ajustements de parcs d’agences devraient se poursuivre ». De quoi susciter la réflexion d’acteurs « essentiellement implantés sur des territoires géographiquement et culturellement proches ». Ce qui les éloigne historiquement d’Amérique latine et d’Asie, zones où le nombre de guichets pourrait bondir de 29 % et 33 % respectivement d’ici 2020. « Fortement concurrencées par des acteurs mono-régionaux, typiquement les africaines Ecobank, UBA ou Attijariwafa, les acteurs français ont ainsi fort intérêt, estime Jean-Marc Velasque, à accélérer de façon volontariste leur effort d’investissement pour consolider leur position actuelle. »

Du potentiel

Au regard de moyens d’action contraints, sous le poids notamment de la réglementation, les champions tricolores pourraient être incités à confirmer la rationalisation de leur réseau, car « à force de saupoudrer les moyens, on devient moins efficient », tacle Jean-Marc Velasque. Le temps presse. Déjà en Afrique subsaharienne, ils se trouvent en position défensive. L’annonce de Société Générale, le mois dernier, de l’agrément obtenu au Togo est, aux yeux du consultant, « une bonne chose, concrète, même si le message reste aujourd’hui prudent, à destination d’une clientèle entreprises uniquement dans un premier temps ». La zone est pourtant « celle où se situe le potentiel le plus important », même si les banques françaises doivent vraisemblablement connaître, en termes de rentabilité sur les marchés émergents, « encore deux ou trois années difficiles, étant donné un poids de l’Europe de l’Est qui reste très significatif ».

Quand Société Générale poursuit en Russie le recentrage de son réseau et pourrait bien dès le mois prochain revoir à la baisse ses objectifs financiers dans le pays, BNP Paribas, en Ukraine, continue de « s’adapter à la réalité, avec une optimisation du réseau d’agences et une gestion de la qualité des actifs », selon son responsable de la banque de détail international, Stefaan Decraene. Un manque de visibilité qui n’a pas empêché la banque de la rue d’Antin de s’emparer à l’automne de la polonaise Bank BGZ, lui permettant de tripler de taille dans le pays pour tutoyer les 5 % de parts de marché. Un mouvement salutaire car comme le reconnaît Stefaan Decrane, « la taille est importante et va devenir de plus en plus importante ». BNP Paribas confirme ainsi dans la région, pour Jean-Marc Velasque, une « stratégie lisible concentrée sur trois pays en tenant compte de la Turquie ». En parallèle, Stefaan Decraene reconnaît qu’en Afrique, la priorité reste de « renforcer l’efficacité là où nous sommes déjà présents, en mutualisant et en industrialisant les processus ».

Après avoir soldé sa douloureuse expérience grecque, Crédit Agricole a de son côté parachevé, fin 2014 à Madagascar, sa sortie complète d’Afrique subsaharienne. Relevant le « pari gagnant » du groupe en Egypte, d'où ses concurrents tricolores se sont récemment retirés, Jean-Marc Velasque observe que « Crédit Agricole semble aujourd’hui souhaiter limiter son risque, l’évolution du positionnement sur les marchés émergents restant incertaine, notamment en Europe de l’Est où l’implantation des filiales du groupe n’est pas suffisante pour être tenable à long terme en tant que banque universelle ». Et si BPCE, bientôt délestée de sa part dans la roumaine VBRO, s’est fait fort il y a un an dans son plan stratégique de « se mettre en mesure de saisir des opportunités de développement en banque de détail à l’international, notamment en Afrique subsaharienne, pour des montants d’investissements limités, et en Europe », Jean-Marc Velasque note que « la stratégie reste encore assez peu lisible ». Gage de bonne volonté, le président du directoire, François Pérol, s’est rendu en Afrique en septembre dernier, avant de confier au magazine Jeune Afrique qu’il n’est « [pas] trop tard » pour que les banques françaises respectent leur rendez-vous avec le continent.

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