A armes inégales

le 24/04/2014 L'AGEFI Hebdo

A armes inégales

Le sujet des bonus n’ayant pas bonne presse auprès du public, il ne risque pas d’émouvoir beaucoup les régulateurs ni les responsables politiques français. Pourtant la question de la rémunération des meilleurs professionnels dans les banques nationales, et par ricochet de la compétitivité relative de celles-ci dans des activités clés, n’en est pas moins posée (lire notre Dossier, page 24). Pour deux raisons au moins : les pratiques très diverses qui continuent d’avoir cours dans le monde mettent les combattants internationaux à armes inégales ; et la régulation proprement française en matière de rémunérations condamne les établissements tricolores à jouer « petits bras » par rapport à nombre de leurs grands rivaux, au risque de nourrir déceptions et frustrations au moment où les marchés de capitaux donnent d’heureux signes de renaissance.

Côté rigidités, le droit français en matière de rémunération ne facilite pas les choses à ses grands acteurs. Les fantaisies que se permettent certains concurrents londoniens dont les comptes laissent pourtant fort à désirer, comme les « allowances », sortes de compléments de rémunération à la limite du variable et du fixe, ne sauraient avoir droit de cité de ce côté-ci du Channel. Les régulateurs ne les toléreraient pas. Aussi, pour conserver leurs meilleurs éléments, les champions français sont-ils contraints d’augmenter les salaires fixes, au risque d’alourdir leurs bases de coûts qu’ils n’auront d’autres choix que de réduire, par la manière forte, au premier ralentissement venu du marché. Autre option, à laquelle ils comptent également recourir, l’autorisation demandée à l’assemblée générale de porter à deux fois les salaires fixes les bonus des « preneurs de risques ». En ces temps de généralisation du say on pay octroyé aux actionnaires, les assemblées générales des banques françaises cotées vaudront à ce propos le détour.

Même avec ces armes et une grille des coûts alourdie, elles seront encore loin de proposer à leurs collaborateurs d’élite ce que d’autres grands mondiaux des marchés réservent aux leurs. Car les préceptes du G20 restent inégalement appliqués, ne serait-ce que parmi les banques américaines et asiatiques qui ne sont pas soumises aux règles européennes en dehors de l’UE. Le péril, très réel, se précise, celui de voir, comme au football, le mercato de la finance vider les champions français de leurs meilleurs artilleurs au risque d’une relégation en deuxième division. Deux facteurs peuvent permettre de rétablir un peu la balance : les efforts de l’Autorité bancaire européenne (EBA) pour harmoniser les pratiques en Europe, mais elles n’entreront pas dans les faits avant quelques mois ; et la tolérance du régulateur français s’agissant des politiques de rémunération des activités hors de France. Mais les BFI nationales ne se font guère d’illusion. Il leur faudra longtemps encore s’escrimer contre leurs concurrents anglo-saxons avec une main dans le dos. 

Le droit français en matière de rémunération ne facilite pas les choses à ses grands acteurs

A lire aussi