Visa Europe doit gérer les spécificités du marché français des paiements

le 24/01/2013 L'AGEFI Hebdo

L’opérateur de cartes cherche un nouvel équilibre global du système. Mais aussi, comme les banques françaises, à défendre un modèle ouvert.

La France représente un quart des transactions par cartes en Europe autant que la Grande-Bretagne. C’est aussi le deuxième marché de Visa Europe, avec 36,6 millions de cartes (+3,1 %) en 2012 et 234,1 milliards d’euros de paiements (+6,2 %). Mais il est atypique du fait de l’interbancarité gérée par les banques via le groupement des Cartes Bancaires (CB) né en 1984 (130 membres aujourd’hui). Visa, comme son concurrent MasterCard, y est associé, mais dans « un rôle de passerelle entre la France et l’international, explique Hervé Sitruk, animateur du Club de la monétique, et d’offre marketing en produits et services ».

Cet été, un « wallet » bancaire

Visa Europe aimerait aller plus loin en France. Transformée en association pour mieux répondre au Sepa (Single Euro Payments Area), elle pourrait remplacer CB dans certaines fonctions techniques telles que le traitement des flux (processing). Sur 31,2 milliards d’euros de transactions enregistrées par Visa en 2012 (+7 %), celles qu’elle traite également s’élèvent à 13,2 milliards (+20,3 %) sur son périmètre européen. Mais en France, le processing lui échappe encore. Visa Europe aimerait aussi pousser sa carte paneuropéenne à puce, VPay. Lancée il y a trois ans, celle-ci pourrait atteindre 70 millions d’unités en 2015, mais il n’y en a que 370.000 en France où le porteur de carte bancaire peut déjà effectuer des retraits et paiements partout en Europe.

Visa Europe a en outre choisi la France parmi les trois pays où elle va lancer son portefeuille digital (wallet) « V.me » : « Une réplique d’un portefeuille physique dans lequel on peut mettre plusieurs cartes bancaires ou privatives, utilisable sur internet avec un code secret, explique Philippe Menier, deputy CEO (chief executive officer) de Visa Europe. Nous avons passé un partenariat avec onze banques : cinq en Grande-Bretagne et à peu près autant en Espagne. » En France, BPCE pourrait être parmi les premières à proposer « V.me » (L’Agefi Hebdo du 10 décembre). « Il s’agit d’un portefeuille bancaire, insiste Gérard Nébouy, executive director de Visa Europe France. Les premières solutions pourraient être dévoilées en mai-juin. » Société Générale, La Banque Postale et BNP Paribas pourraient se laisser séduire, après s’être associées pour créer un wallet commun, faute d’avoir convaincu Crédit Agricole - qui a Kwixo et compte le garder - de rallier un projet de place (« i-CB »).

De fait, le sort de Visa Europe et des banques françaises est lié. L’objectif est de trouver l’équilibre du système de paiement, malgré les coûts et investissements nécessaires pour l’avenir. Visa Europe est ainsi de nouveau en négociation avec Bruxelles sur le bon niveau des commissions multilatérales d’interchange. « Nous ne contestons que les 0,3 % demandés sur les cartes de crédit, précise Philippe Menier. Bruxelles nous a fait part de nouveaux griefs en août. Nous lui avons fourni des études montrant que, pour les commerçants, gérer des transactions en liquide est plus onéreux que cela. Les négociations devraient aboutir à la fin du mois. » En France, où il n’existe qu’un seul système de commissions interbancaires, le plafond en est fixé à 0,28 % avec un « Taux bilatéral de transactions bloquées », une mesure de la fraude parmi ses membres, qui s’y ajoute.

Mobilisation pour un modèle

Jean-Marc Bornet, administrateur du Groupement CB, s’inquiète : « Le sujet porte sur le niveau, voire l'harmonisation des commissions interbancaires dans tous les pays, comme l'a évoqué récemment le Parlement européen. Mais on parle aussi parfois d'une suppression des commissions d'interchange qui rémunèrent les banques. Si elles n'existent plus, pourquoi des concurrents travailleraient-ils les uns pour les autres ? Ce serait la fin des systèmes ouverts et universels. »

Le modèle à venir des paiements doit-il être fermé - dit « trois coins », l'émetteur (tels American Express ou Paypal) gérant les relations avec les utilisateurs et avec les marchands ? Ou à « quatre coins », les émetteurs reconnaissant mutuellement leurs moyens de paiements ? Pour les banques françaises, le second doit perdurer : c’est celui de CB. La Fédération bancaire française devait ainsi lancer ce 24 janvier sa campagne de lobbying sur le thème des « atouts du modèle de carte interbancaire ». Pour Hervé Sitruk, « les systèmes à quatre coins sont en général moins chers. Ils offrent un territoire d’acceptation beaucoup plus large et davantage d'innovation du fait de la concurrence intrinsèque entre banques, ainsi que plus de sécurité par une mise en commun de l'information sur la fraude ». Reste à en convaincre les autorités européennes. Visa Europe fera partie de ceux qui s’y emploieront puisqu’elle le pratique hors de France.

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