La virtualisation du poste de travail intéresse le monde de la finance

le 17/11/2011 L'AGEFI Hebdo

Cette solution permet aux directeurs des services informatiques de rationaliser l’administration des parcs et de mieux gérer le déploiement des applications.

Pas moins de 40 % des postes de travail professionnels devraient être virtualisés à horizon 2014 dans le monde, d’après une étude récente du cabinet Gartner. En pratique, la virtualisation consiste à afficher sur l’écran d’un ordinateur une image virtuelle du poste de l’utilisateur, les tâches étant en réalité exécutées sur un serveur distant. Pour l’utilisateur, ce genre de configuration est totalement transparent puisqu’il accède à ses données et aux applications initialement abritées sur son PC via une simple connexion internet. Prévoir une forte expansion de cette avancée peut sembler bien optimiste de la part du cabinet qui relève par ailleurs que seulement 1 % du parc professionnel était configuré sur ce mode en 2009.

Néanmoins, il est indéniable que le phénomène prend de l’ampleur, notamment dans la banque et l’assurance. Car la virtualisation du poste de travail est un processus particulièrement adapté aux organisations étendues, multisites et distribuées qui ont besoin d’avoir des terminaux toujours disponibles et paramétrés selon les besoins spécifiques de chaque population d’utilisateurs (agences, courtiers, partenaires, conseillers clientèle...). Différentes offres sont disponibles sur le marché mais l’architecture VDI (virtual desktop infrastructure) tend à dominer car elle permet de virtualiser le poste de travail dans son ensemble (système d’exploitation et applications). Les différents postes virtuels et physiques sont alors hébergés dans un centre de données sécurisé qui peut être celui de l’entreprise ou, de plus en plus souvent, relever d’un dispositif de cloud computing (fourniture de services informatiques à la demande, à distance). Quant au directeur des services informatiques (DSI), il peut ainsi rationaliser l’administration de son parc et gérer plus facilement le déploiement des applications. « Nous avons mis en place la virtualisation des postes de travail dès 2010 pour certains de nos partenaires (courtiers et agents d’assurance en leur nom) - soit au début une centaine de postes - qui utilisent nos applications riches en client/serveur, souligne Thierry Mocquillon, directeur du pôle technique de la Maaf. Cette configuration leur permet d’accéder aux applications tout en allégeant de notre côté l’intégration de nouveaux postes, la gestion des mises à jour et la maintenance. » Souplesse de la mise en œuvre et réduction de coûts sont les principaux arguments avancés par les partisans du VDI. Et certains fournisseurs vont même jusqu’à mettre en avant le côté « Green » puisque dans une telle configuration, plus besoin d’investir dans des PC de bureau avec leurs ventilateurs, très gourmands en énergie. Un terminal « léger » suffit pour accéder aux applications.

Fluidité et sécurité

Thierry Mocquillon, pour sa part, préfère insister sur les nouvelles opportunités que présente cette virtualisation : « Désormais, nous pouvons mettre en route très rapidement le poste de travail dans n’importe quelle enseigne. Nous n’avons plus les mêmes contraintes et cela nous donne plus de fluidité et d’agilité dans les déploiements. Mais surtout, nous avons pu proposer davantage d’accès aux partenaires, et rendre les applications disponibles à un plus grand nombre de personnes à coût constant. » De fait, une telle architecture peut être mise en place sur des parcs hétérogènes même si les PC sont équipés d’anciennes versions de système d’exploitation, cauchemars des DSI. Un projet de VDI est d’ailleurs souvent envisagé quand le parc de PC devient obsolescent et que se pose la question de son renouvellement.

Autre argument de poids, le VDI renforce la sécurité. En effet, les mises à jour des correctifs, les montées de version sont effectuées une seule fois sur le modèle d’image du PC, et les utilisateurs accèdent à l’image corrigée lorsqu’ils relancent leur PC virtuel. De plus, l’accès à des clés USB, des DVD et autres périphériques peut être contrôlé de façon centralisée. Dans une récente interview sur CIO TV, Robert Fouques, directeur de la production et des services de Dexia, expliquait que le bureau unique apportait beaucoup en termes de sécurisation puisque cela avait permis de mettre en place assez facilement un PRA (plan de reprise d’activité) et un PCA (plan de continuité d’activité). « Par exemple, nous avions des postes sur Windows 95 qui étaient difficiles à sécuriser, ce qui posait des problèmes en termes de PCA et nous obligeait à maintenir des ‘masters’ (copie de la configuration des postes de travail, NDLR). » La banque franco-belge a également choisi, à partir de 2010, de virtualiser les postes des opérateurs des salles de marché afin d’alléger les dispositifs de PCA très spécifiques mis en place pour ces terminaux. Par ailleurs, la configuration VDI présente également un gage de fiabilité puisqu’elle permet de redémarrer facilement dans les cas de panne ou de désastre : il est plus simple de dupliquer un serveur central vers un site de redémarrage que de devoir faire redémarrer plusieurs centaines de PC distribués sur un réseau. De même, les images de PC peuvent être redémarrées depuis n’importe où par leurs utilisateurs.

Maîtriser les serveurs

Malgré tous ses avantages, la substitution du poste de travail virtualisé au poste physique n’est pas acquise, car cette architecture ne va pas sans poser quelques problèmes. Ainsi, elle suppose que le réseau soit toujours accessible, ce qui n’est pas forcément une nécessité pour un PC physique. Autre point faible, certaine applications qui exploitent de façon intensive la puissance du processeur pour du calcul ou des fonctions graphiques sur les PC réels ne fonctionnent pas aussi bien en VDI. « Il faut veiller à la qualité du réseau afin de garantir à l’utilisateur un service optimal », note Thierry Mocquillon. Le directeur du pôle technique de la Maaf a tiré un autre enseignement de son expérience : « Je pense qu’il ne faut pas se lancer dans la virtualisation du poste de travail sans avoir acquis préalablement un certain savoir-faire avec les serveurs. » Bien que l’expérience soit très concluante, Thierry Mocquillon ne croit pas en la disparition complète du poste de travail physique : « Je ne vois pas nos commerciaux sur des postes virtualisés », déclare-t-il. La démarche conviendrait donc plutôt comme un accompagnement pour certaines catégories d’utilisateurs. De même, la virtualisation prendra tout son sens lors de l’arrivée de nouveaux terminaux comme les tablettes numériques où l’utilisateur souhaitera retrouver l’environnement de travail qui lui est familier.

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