Virgin Money défie la banque de détail britannique

le 26/09/2013 L'AGEFI Hebdo

Dans un paysage en recomposition, Virgin continue à étoffer son offre en vue d’une introduction en Bourse l’an prochain.

Photo: Bloomberg

Virgin est connu pour se rendre dans des marchés où il est possible d’améliorer le quotidien des consommateurs, explique Brian Brodie, directeur de la clientèle et de la distribution au sein de Virgin Money. Nous souhaitons faire de même dans la banque. » Le ton est donné. A l’image des autres secteurs dans lesquels la marque se décline (aérien, ferroviaire, voyages, centres de sports, etc.), Virgin veut imprimer sa différence dans les services financiers.

L’aventure n’est pas récente : créée en 2002 de la fusion entre Virgin Direct et le site internet virginmoney.com, la banque amorce un véritable virage en 2010 au plus fort de la crise financière. L’établissement rachète cette année-là la banque régionale Church House Trust afin d’obtenir une licence de banque de détail et reçoit 100 millions de livres (119 millions d’euros) de la part de l’investisseur américain Wilbur Ross, aujourd’hui actionnaire à hauteur de 45 % dans Virgin Money. Le financement, qui doit servir à soutenir la croissance organique de la banque, est assorti d’une promesse de 500 millions de livres supplémentaires pour supporter les opérations de croissance externe. De quoi permettre à Virgin de changer de taille : ce sera chose faite avec l’acquisition de Northern Rock, finalisée début 2012, qui lui permet de récupérer un réseau de 75 agences, maintenant à la marque Virgin Money, et près d’un million de clients.

Numéro trois du crédit immobilier

La banque, qui a aussi racheté en août 2012 le portefeuille de cartes de crédit Virgin à MBNA qui les gérait depuis 2002, n’exclut pas d’autres acquisitions : « Nous avons toujours de grosses ambitions, concède Brian Brodie. Elles passent en priorité par un axe de croissance interne, mais les acquisitions, comme par exemple celles que nous avons réalisées en août 2012 sur un portefeuille de prêts immobiliers de UK Asset Resolution, constituent un autre axe et nous continuons à examiner les opportunités de rachat quand elles se présentent. »

Dans l’intervalle, la banque se fixe toujours un objectif de profits annuels pour 2013. En perte de près de 60 millions de livres au moment du rachat de Northern Rock, Virgin Money est revenu dans le vert au dernier trimestre de l’année fiscale 2012. Fortement capitalisée, la banque revendique aussi sa contribution à la stabilité financière du pays : « Virgin Money a décroché la troisième place en matière de prêts immobiliers au cours de l’année (2,3 milliards de livres, soit 31 % du marché des prêts hypothécaires outre-Manche, NDLR) qui vient de s’écouler et nous allons continuer à nous positionner comme un acteur alternatif crédible dans la banque de détail », souligne Brian Brodie. Mais la concurrence est rude : depuis le 9 septembre, Lloyds Banking Group (LBG) a ressuscité la marque TSB, vieille de 200 ans, afin de respecter ses engagements auprès de la commission européenne (lire l’entretien). Après l’échec de la vente de ses agences à Co-Op Bank pour 750 millions de livres, la direction de LBG avait dû se rabattre sur une solution alternative en recréant la marque TSB, dans l’objectif de l’introduire en Bourse en 2014. Numéro 8 des réseaux au Royaume-Uni avec 4,6 millions de clients, la

nouvelle banque dispose de 22 milliards de livres d’encours et d’une part de marché de 4,3 % sur les comptes courants.

La cession des agences de RBS, dans le cadre du soutien de l’aide étatique reçue en 2008, devrait aussi créer un autre challenger de taille, sans oublier les offensives du distributeur Tesco et celles, limitées à la région de Londres, de Metro Bank.

Le contexte est favorable : les exigences en matière de capitaux ont été abaissées pour les nouveaux entrants et la possibilité de changer de comptes courants en sept jours, en vigueur depuis mi-septembre, devrait permettre de dynamiser un secteur statique et concentré dans les mains des cinq plus gros acteurs du secteur. Les analystes jugent néanmoins ces améliorations trop tardives : « La fenêtre d’opportunités est aujourd’hui fermée et ces aménagements auraient probablement été utiles en 2010 et 2011, quand les banques traditionnelles étaient au plus mal. Aujourd’hui, elles sont en voie de rétablissement, ce qui complique d’autant plus la tâche des nouveaux entrants », nuance Daoud Fakhri, analyste senior chez Datamonitor. Dans l’intervalle, Virgin Money continue de construire son offre. La banque vient de recruter un directeur financier en la personne de Lee Rochford, un ancien de RBS, ainsi que Michele Green au poste de directrice bancaire, en charge notamment de superviser le lancement de Virgin dans les comptes courants, un projet qui pourrait voir le jour avant la fin de cette année.

Une introduction en Bourse de Virgin Money, qui lui permettrait de lever entre 1,5 et 2 milliards de livres, est aussi dans les projets à horizon 2015. « Au moment de l’annonce de l’acquisition de Northern Rock fin 2011, nous avions dit que notre ambition était d’introduire en Bourse la société et cet objectif reste le même et constitue un objectif de moyen terme », conclut Brian Brodie.

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