Vers un nouvel équilibre bancaire britannique

le 08/03/2012 L'AGEFI Hebdo

La restructuration des bilans favorise un recentrage sur la banque de détail.

Les tours Barclays et HSBC à Canary Wharf.

La banque britannique subit un véritable big-bang. Alors que la commission bancaire indépendante (ICB) s’apprête à publier son livre blanc cet été, avec des informations supplémentaires attendues sur le contingentement entre activités de réseau et d’investissement, les établissements ont d’ores et déjà procédé à une restructuration en profondeur de leur bilan qui favorisera à terme leur transition vers un nouveau modèle. Royal Bank of Scotland (RBS), qui a lancé un plan stratégique sur cinq ans en 2009, est ainsi parvenu à réduire son bilan à hauteur de 44 milliards de livres (52,7 milliards d’euros) l’année dernière, tandis que Lloyds Banking Group (LBG) a supprimé 53 milliards de livres d’actifs, soit l’équivalent de 10 % du produit intérieur brut britannique pour les deux banques. Même HSBC, dont les profits ont atteint 21,9 milliards de dollars (16,6 milliards d’euros) - les plus élevés parmi les banques occidentales en 2011 - a poursuivi sa cure d’amaigrissement qui l’a conduit à céder près de vingt activités, dont deux de taille significative : 195 agences à First Niagara, ainsi que ses cartes de crédit et opérations de détail à Capital One Financial. « L’entreprise de restructuration des banques britanniques s’est concentrée sur la banque commerciale et d’investissement, observe Jason Napier, analyste spécialisé dans la banque auprès de Deutsche Bank. Dans les années qui viennent, la banque de détail va jouer un rôle plus important dans les bénéfices des groupes. »

L’attrait des réseaux

Sans attendre les premières estimations de l’impact du rapport de l’ICB, l’importance de la banque de détail a d’ores et déjà augmenté dans les bilans. Accentué par des coûts élevés de financement de gros, le recentrage sur les réseaux s’explique aussi par les fondamentaux du secteur : « La banque de détail produit des retours attractifs beaucoup moins volatils que ceux de la banque commerciale et d’investissement, remarque un analyste financier. Même au plus fort de la récession en 2009, la plupart des acteurs bancaires britanniques étaient parvenus à générer des rendements sur capitaux de 9 % tout en restant rentables. » Si les provisions liées aux assurances emprunteurs ont quelque peu gâché le plaisir (lire l’encadré page 22), la rhétorique bancaire outre-Manche a largement porté cette année sur la promotion de ce segment. A l’occasion de la conférence de presse de résultats, Bob Diamond, directeur général de Barclays, a ainsi détaillé l’implication de la banque dans la communauté, rappelant au passage que ce secteur avait permis à près de 10.000 de ses clients d’acquérir leur première maison l’an dernier.

Barclays a enregistré pour la banque de détail, qu’il a restructurée en novembre 2009, des bénéfices en hausse de 60 % à 1,4 milliard de livres au Royaume-Uni, alors même que ses opérations en Espagne ont entraîné des pertes de 234 millions de livres dans sa division européenne. Parallèlement, le recul de 23 % des bénéfices de la division d’investissement a permis de rééquilibrer la structure de son bilan presque équitablement : BarCap a généré l’an dernier des profits imposables de 3,01 milliards de livres alors que ceux de la banque de détail atteignaient 3,3 milliards.

La ventilation entre les différentes aires d’activité a été également fortement impactée dans le cas de RBS. Alors que la banque de détail et commerciale apportait 66 % de ses recettes en 2007, contre 34 % pour les opérations de banque de financement et d’investissement (BFI), elle représente aujourd’hui 80 % suite à sa cure d’amaigrissement et à sa nouvelle organisation. L’activité est aussi prépondérante chez LBG, qui y a puisé l’an dernier près de 42 % de ses recettes, pour 8 % dans la banque commerciale, 19 % dans la banque de gros et 9,5 % dans la gestion de fortune et l’international.

HSBC n’a pas non plus pâti de sa réduction de voilure dans la banque de détail et de son recentrage dans 22 de ses marchés clés, conformément à son plan de redimensionnement. Réseaux et gestion de fortune ont généré 19,6 % des profits imposables du groupe en 2011 comparé à 36,3 % pour la banque commerciale. En parallèle, la BFI, qui recouvrait encore près de la moitié des bénéfices en 2010 (48,4 %), n’est aujourd’hui plus responsable que du tiers des profits. Les objectifs sont d’ailleurs ambitieux. « A terme, l’ensemble des banques britanniques visent à atteindre un taux de 100 % de leur ratio de prêts par rapport aux dépôts, comparé à une moyenne européenne actuelle de 110 % », explique Jason Napier. D’ores et déjà, cet objectif est quasiment atteint chez RBS et LBG dans leurs opérations core, avec respectivement 94 % et 109 %, mais 108 % et 135 % pour la totalité du groupe. Chez Barclays, il s’est établi à 111 % pour les activités de détail, commerciales et gestion de fortune mais à 118 % au travers de l’ensemble du groupe.

Sans surprise, l’importance accrue de ce secteur d’activités se matérialise par une intensification de la compétition sur le terrain. La marge de manœuvre reste néanmoins limitée. « La course aux dépôts est rendue d’autant plus difficile que la croissance de ce secteur au Royaume-Uni est anémique et se situe aux alentours de 2 % par an, indique Chris Manners, analyste bancaire chez Morgan Stanley. Bien que les taux d’épargne aient augmenté, les foyers britanniques font du remboursement de leurs dettes leur priorité et les taux d’intérêt bas dissuadent les clients de déposer des sommes d’argent significatives dans les banques. Enfin, l’augmentation des salaires, qui est fortement corrélée à la formation de dépôt, est faible. » Du coup, les marges nettes d’intérêts ne devraient pas progresser, selon les observateurs, « du moins tant que la croissance économique reste basse », souligne Chris Kinder, analyste bancaire chez Threadneedle.

Un modèle d’exploitation allégé

La montée des chiffres du chômage pourrait aussi peser à terme sur les créances douteuses, dont les niveaux ont pourtant globalement diminué au cours de l’année 2011 dans le bilan des banques, en particulier sur le sol domestique. « Jusqu’à présent, les banques ont joué la carte d’une approche pragmatique et accordé aux emprunteurs des congés de remboursement ou leur ont permis d’opter pour des paiements à taux d’intérêt à court terme, observe Chris Kinder. Or bien que cela permette d’éviter un krach du marché immobilier, une période prolongée de croissance médiocre pourrait signifier que ces prêts ne seront jamais remboursés. »

Au-delà de la structure du marché, la banque de détail risque d’être aussi touchée par un surcroît de réglementation. Le secteur des comptes courants, qui a fait l’objet d’une étude approfondie en 2008 de la part de l’autorité de la concurrence britannique (Office of FairTrading), devrait subir des changements en profondeur de son modèle économique au cours des deux prochaines années. Même constat pour les prêts immobiliers, dont une nouvelle réglementation visant à exiger des clients la production de preuves de revenus, est attendue dès cet été. Les conséquences du contingentement des activités de détail et d’investissement, préconisé par l’ICB restent encore en suspens (lire aussi page 8). Barclays a d’ailleurs fait part de son intention d’organiser un séminaire autour de la réglementation au cours de la seconde partie de l’année. « Nous ne pensons pas qu’un investisseur puisse estimer, même grossièrement, l’impact de coût sur le financement et les profits consécutifs à la filialisation des activités de détail et d’investissement jusqu’à ce que des obligations soient émises sous la nouvelle structure du groupe autour de 2015-2016, prévoit Jason Napier. D’ici là, nous pensons que toutes les banques d’investissement se dirigeront vers un modèle d’exploitation plus léger. »

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