Vers une fin d'année compliquée pour les assureurs

le 25/08/2011 L'AGEFI Hebdo

Malgré l’amélioration de leur rentabilité, les français pourraient pâtir de la chute des marchés et d’un moindre appétit pour l’assurance-vie.

Eté morose et agité pour les assureurs français. Le vent de panique qui a secoué les valeurs bancaires en Bourse a emporté dans son sillage les rares compagnies cotées. Sur un mois, CNP Assurances a ainsi perdu 9,69 %, tandis que le titre Axa a abandonné 24,66 % (données au 19 août). Incertitudes sur la croissance économique, inquiétudes sur les dettes souveraines de la zone euro, forte exposition aux obligations émises par les banques… rien ne leur a été épargné. « Ces craintes me paraissent injustifiées, estime cependant Raphaël Caruso, analyste chez Raymond James Euro Equities. Mais Axa est le seul assureur du CAC 40, il subit donc les mêmes mouvements baissiers que les autres valeurs financières, d’autant plus que son exposition à la dette des PIIGS (Portugal, Italie, Irlande, Grèce et Espagne) peut-être un élément contribuant à une certaine pression sur le titre. » De fait, Axa est l’assureur français le plus exposé à l’Italie (5,3 milliards d’euros en net) et à l’Espagne (4,1 milliards). Groupama n’est guère mieux loti avec une exposition nette cumulée de 2,2 milliards d’euros sur ces deux pays. La sanction n’a d’ailleurs pas tardé à tomber pour l’assureur mutualiste, Fitch abaissant sa note de crédit de A à A-, deux mois après que Standard & Poor’s a déjà fait de même (de A- à BBB+).

Des dépréciations mineures

Pourtant, les résultats semestriels des principales compagnies françaises ont montré leur capacité à absorber le choc lié à leur exposition aux dettes souveraines. Parties prenantes au nouveau plan de soutien à la Grèce, elles ont certes été contraintes de passer des dépréciations sur la valeur de leurs titres d’Etat grecs. Mais les montants annoncés restent mineurs : 92 millions d’euros chez Axa et 84 millions pour Groupama. « Même CNP Assurances, qui détient beaucoup de dettes périphériques, a démontré qu’il avait les moyens d’absorber de telles expositions », note Raphaël Caruso. De fait, le premier assureur de personnes français a absorbé sa dépréciation de 353 millions d’euros en puisant dans sa provision pour participation aux excédents (PPE), qui s’élève désormais à 2,74 milliards d’euros.

Mieux, « l’impact sur le résultat net de certains acteurs n’a pas été significatif », relève Laura Santori, analyste crédit chez Standard & Poor’s. Si CNP Assurances a fait état d’une stabilité de son bénéfice semestriel (voir le tableau), celui de Groupama a, au contraire, progressé de 16 % tandis qu’Axa a quadruplé son résultat net, porté il est vrai par 1,44 milliard d’euros de plus-values exceptionnelles liées aux cessions de sa participation dans l’assureur-vie chinois Taikang Life et de ses activités en Australie et en Nouvelle-Zélande. Qu’importe, tous les assureurs européens ne peuvent pas en dire autant. Allianz a vu son résultat net semestriel reculer de 28 % en raison d’une dépréciation de 326 millions d’euros liée à son exposition à la dette grecque. Generali ne fait guère mieux avec un bénéfice net en repli de 7,7 %, plombé en partie par une dépréciation de 140 millions d’euros sur la dette grecque. « Les assureurs français ont publié des résultats semestriels de bonne facture, à l’image de CNP Assurances qui a surpris dans le bon sens et s’en sort mieux qu’attendu », juge d’ailleurs Raphaël Caruso.

Les compagnies ont en effet réussi la gageure d’améliorer sensiblement leur rentabilité opérationnelle lors des six premiers mois de l’année. Le résultat opérationnel ressort en hausse de 6 % chez CNP Assurances, tandis qu’il progresse de 76 % chez Groupama et de 11 % pour Axa. Toutefois, les disparités demeurent fortes d’un métier à l’autre. En assurance-dommages, les croissances du chiffre d’affaires et du résultat opérationnel sont à mettre au crédit de mesures de nettoyage de portefeuilles et d’augmentations tarifaires initiées il y a plus d’un an. Une politique qui porte enfin ses fruits sur leurs comptes de résultat. De plus, le début d’année a été clément sur le front des événements naturels, après un millésime 2010 marqué par la tempête Xynthia et les inondations dans le Var. Résultat : les ratios combinés (sinistres et frais rapportés aux primes) se sont nettement améliorés. Groupama affiche ainsi un ratio combiné de 99,6 % contre 104,5 % un an plus tôt, tandis que celui d’Axa baisse de 1,3 point à 97,2 (il s’améliore même de 2,4 points à 96,5 % en France). Quant à Allianz France, l’assureur voit cet indicateur descendre à 96,4 % au deuxième trimestre, contre 103,8 % au deuxième trimestre 2010. Dans un tel contexte, les ténors du secteur français enregistrent un fort rebond de leur résultat opérationnel : +15 % à 989 millions d’euros chez Axa, celui de Groupama passant de 17 à 100 millions d’euros en l’espace d’un an. « Il faudra probablement compter sur l’assurance-dommages pour soutenir les résultats, en espérant que les prix repartent à la hausse, car l’assurance-vie sera pénalisée par l’environnement économique et financier actuel », avance même Raphaël Caruso.

De fait, au premier semestre, l’assurance-vie affiche un bilan mitigé, pénalisée par une collecte nette en berne. Sur le seul marché français, elle a reculé de 46 % à 17,3 milliards d’euros sur les six premiers mois. Sans surprise, cette collecte nette chute à 3,6 milliards d’euros chez Axa, contre 6 milliards un an plus tôt. Celle de CNP Assurances ressort en France à 1,9 milliard, contre 4,9 milliards sur un an, tandis que Groupama enregistre un recul de 60 % à 70 %. Un moindre appétit des épargnants qui s’explique par les incertitudes fiscales autour de l’assurance-vie en début d’année et une baisse des taux de rendement servis aux assurés (3,40 % en moyenne). En parallèle, l’effondrement de la collecte nette s’explique par une progression significative des rachats, ceux-ci ayant progressé de 14 %, à 52 milliards d’euros, sur l’ensemble du marché français sur les six premiers mois, selon les données de l’Association française de l’assurance.

Plus de contrats en unités de compte

Le tableau n’est toutefois pas totalement noir. Profitant d’un contexte boursier plutôt favorable en début d’année, les assureurs sont parvenus à orienter davantage l’épargne de leurs clients vers des contrats en unités de compte (UC). Leur part dans la collecte s’élève à 19 % chez Aviva France, contre 14 % un an plus tôt, tandis que Groupama évoque un quadruplement de ces contrats dans sa production, à 12,4 %. Résultat : la marge sur affaires nouvelles a fortement progressé au cours du semestre écoulé. Elle passe ainsi de 20,8 % à 26,1 % chez Axa, tandis qu’elle atteint 14,3 % chez CNP Assurances, contre 12,3 % fin 2010.

Toutefois, cette tendance pourrait s’inverser en raison de la forte volatilité des marchés boursiers. « La situation actuelle des marchés actions va avoir l’effet d’une douche froide sur la collecte des produits en unités de compte au cours des prochains mois », prévient Marc-Philippe Juilliard, directeur senior chez Fitch Ratings. D’où un risque de voir les marges des assureurs se dégrader dans les prochains mois. A cet écueil s’ajoute un contexte de taux d’intérêt qui ne plaide guère en faveur des assureurs-vie, les taux longs en Allemagne et en France étant repartis à la baisse au cours de l’été. Une situation qui n’est jamais de bonne augure pour les assureurs-vie, l’essentiel de leurs revenus et de leurs marges provenant justement du rendement de leurs actifs financiers. « Les taux d’intérêt étant au plus bas, cela complique la commercialisation de produits d’assurance-vie, encore plus dans un contexte de concurrence avec les produits bancaires et le Livret A, ajoute Laura Santori. En outre, il est beaucoup plus difficile de gérer des produits d’assurance-vie à taux garantis. » « Le secteur comporte donc un certain nombre d’incertitudes, voire d’inquiétudes », ne cache pas Marc-Philippe Juilliard. Les compagnies françaises pourraient donc connaître une fin d’année bien compliquée. « Dans l’ensemble, 2011 devrait être plutôt correcte même s’il ne faut pas s’attendre à des croissances très fortes », conclut Raphaël Caruso.

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