Les usines monétiques se rénovent pour mieux grandir

le 28/03/2013 L'AGEFI Hebdo

L’industrialisation des paiements entraîne une course à l’innovation et aux volumes. Deux exemples avec Crédit Agricole Cards & Payments et Transactis.

Le traitement des paiements est une industrie qui a conduit à la mutualisation des investissements entre banques. En 2004, BNP Paribas et Natexis Paiements se sont rapprochés pour fonder Partecis, société commune dédiée au développement d’une plate-forme de processing que chacun exploite indépendamment. En 2008, Société Générale et La Banque Postale ont créé Transactis, véritable plate-forme de traitement. Deux usines récentes face à Cedicam, le GIE (groupement d’intérêt économique) créé en 1972 par le groupe Crédit Agricole, qui est devenu l’an dernier société anonyme sous le nom de Crédit Agricole Cards & Payments (CACP) et détient 30 % du marché du processing en France. « A l’origine, les briques fonctionnelles nécessaires au traitement des paiements étaient réparties entre les caisses régionales et le Cedicam, rappelle Yves Perrachon, directeur des opérations de CACP. Les caisses régionales avaient des systèmes d’information différents et les solutions de paiement n’étaient pas unifiées si bien qu’il était assez compliqué et coûteux d’intégrer de nouvelles fonctionnalités ou de réaliser des mises à niveau. C’est pourquoi le groupe a décidé fin 2007 de se doter d’une plate-forme industrielle européenne à l’état de l’art et conforme aux exigences du Sepa (Single Euro Payments Area) capable de traiter l’ensemble des transactions et des opérations de paiement de ses clients. » Un objectif ambitieux qui a nécessité la rédaction d’un schéma directeur, d’un calendrier pluriannuel et la recherche d’éditeurs. Les travaux ont réellement commencé en 2009 par la rénovation du système de gestion des guichets automatiques bancaires. « C’était l’opération la plus lourde car ce système fonctionne en temps réel et doit donner les autorisations de retrait en quelques secondes quel que soit le pays où se trouve le porteur de carte, et les volumes sont très importants », souligne Yves Perrachon. L’objectif était d’offrir un vrai libre-service bancaire qui aille au-delà du simple retrait d’argent et fasse des automates un nouveau canal de distribution. CACP et Wincor Nixdorf ont travaillé ensemble sur une architecture client léger permettant la gestion à distance des automates et réduisant ainsi les coûts de maintenance.

Autre chantier important, celui des paiements Sepa. « Certains développements permettant d’opérer les SCT (virements) avaient déjà été réalisés dans l’ensemble des entités en 2008, note Stéphane Mazars, directeur des systèmes d’information de CACP. Mais c’est la fixation de la date butoir au 1

er février 2014 qui va accélérer la montée en charge pour les opérations Sepa. Quant au SDD (prélèvement), l’intégration dépend aussi du rythme auquel basculent les grands remettants. »

Détection des fraudes en temps réel

Sur l’activité des paiements cartes, l’enjeu était d’améliorer la lutte contre la fraude, en particulier sur internet et à l’international. Un nouveau moteur de détection en temps réel a été acquis, permettant de bloquer instantanément les transactions litigieuses. « Après un déploiement assez rapide du progiciel, le taux de fraude est déjà en baisse alors que la fraude continue de progresser fortement sur le marché des paiements par carte, précise Yves Perrachon. Le nombre des alertes a beaucoup baissé et elles sont plus pertinentes. Les modèles de fraudes peuvent être testés immédiatement avec un simulateur et sont ajustables très rapidement. D’ici à quelques mois, nous prévoyons d’envoyer des alertes par SMS aux clients et nous avançons peu à peu vers une détection en temps réel pour tous les flux de paiements. Nous devrions atteindre notre système cible début 2014. » CACP vise à traiter tous les paiements en temps réel et donc à recueillir instantanément les transactions effectuées sur les terminaux de paiement électronique (TPE). Ce sera possible grâce au déploiement des premiers « TPE légers » ou terminaux multiservices à partir d’avril, qui deviendront un nouveau canal de distribution et pourront offrir de nouveaux services, telle l’acceptation des cartes cadeaux.

Profondément rénové, CACP peut traiter de gros volumes de transactions à des coûts réduits et intégrer des paiements innovants. L’entreprise a de quoi séduire des clients dans le groupe Crédit Agricole et en dehors, à l’instar de HSBC France qui a commencé sa transition à la fin 2012. La plate-forme nourrit d’ailleurs des ambitions européennes.

Mutualisation

Plus petite et plus jeune, Transactis a pour but de mutualiser la monétique des deux groupes actionnaires pour partager les coûts de développement et d’exploitation. « En quatre ans, de 2008 à fin 2012, les deux banques ont mis en commun leurs systèmes de gestion des automates bancaires, des cartes et des commerçants, explique Alain Nicaud, président de Transactis. Mais chacun a apporté à l’autre ce qu’il fait le mieux : La Banque Postale (LBP) fait bénéficier de son front-office temps réel à Société Générale, tandis que celle-ci traite les flux et les différents référentiels de LBP dans le centre de production. Ce montage original a nécessité l’interconnexion des deux systèmes et des deux centres de production. » Transactis a ensuite pris en charge le traitement des remises des commerçants en monétique, la gestion des parcs de cartes bancaires des deux groupes, la gestion des autorisations et des parcs d’automates. Le traitement technique des litiges est également réalisé par Transactis, en rapport avec les back-offices de chacune des banques.

Rapidement, la plate-forme a conçu « des applications informatiques sur les bases les plus modernes et les plus souples, pour faciliter la prise en compte des innovations dans le domaine des paiements, détaille Alain Nicaud. Nous avons par exemple mis en place une architecture qui permet de lier un même numéro de carte à différents supports qui peuvent coexister comme la carte et le mobile notamment, ce qui rend plus souple la gestion des moyens de paiement et facilite leur utilisation. » Le raccordement à Mastercard a été réalisé en 2012, autorisant Transactis à traiter les paiements du monde entier. Le raccordement à Visa sera effectif d’ici à deux ans. En 2013, Transactis développera l’acceptation des cartes China Union Pay et Diners/Discover.

La plate-forme se prépare aussi à gérer les nouveaux moyens de paiement. « Nous travaillons sur l’ensemble des projets portés par nos banques en matière de paiements innovants : paiement mobile, paiement sans contact, ‘wallets’, complète Alain Nicaud. Nous devons offrir divers paramétrages possibles sur les caractéristiques des paiements pour que chaque banque puisse constituer sa propre offre commerciale. » La mutualisation des moyens et des savoir-faire permet donc de réduire les coûts et d’améliorer l’efficacité sans nécessiter une uniformisation de l’offre. D’ailleurs, le Crédit du Nord et ses banques régionales ont commencé à basculer leurs flux commerçants de Natixis Paiements vers Transactis. Le déploiement des TPE devrait se terminer en avril puis l’ensemble des autres applications monétiques seront migrées dans le courant de l’année. Transactis confirme ainsi sa dimension multibanque et pourrait bien accueillir d’autres clients.

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