Unipol doit convaincre du bien-fondé d’une fusion avec Fondiaria-Sai

le 09/02/2012 L'AGEFI Hebdo

Le mariage des deux compagnies va donner naissance au deuxième opérateur italien, derrière Generali. Mais l’opération suscite quelques interrogations.

Le chemin d’Unipol pour devenir leader de l’assurance-dommages en Italie s’annonce long et semé d’embûches. Fin janvier, le groupe a certes finalisé un accord de fusion avec Fondiaria-Sai (FonSai), le troisième assureur italien dont les résultats sont dans le rouge depuis 2009. Mais le projet s’avère particulièrement complexe. Les agences de notation ne cachent pas leurs doutes. Fitch, qui a abaissé la note de FonSai de « BB- » à « B+ », évoque ainsi « un risque substantiel d’exécution ». De leur côté, Moody’s et Standard & Poor’s ont placé les notes d’Unipol sous surveillance négative, craignant « une possible détérioration de son profil financier » à l’issue d’une telle opération.

Injection de capital

Unipol n’a pas la tâche facile. Le groupe transalpin doit d’abord prendre le contrôle de Premafin, la holding de la famille Ligresti qui détient 35 % de FonSai. Pour ce faire, Premafin doit lancer une augmentation de capital de 400 millions d’euros réservée à Unipol, permettant à ce dernier de détenir près de 70 % des parts, tandis que les Ligresti seront dilués à 10 %. A partir de là, la holding renforcée devra procéder à une augmentation de capital de 1,1 milliard d’euros, nécessaire au sauvetage de FonSai. Selon une estimation préliminaire, celui-ci devrait accuser une perte nette de 1,1 milliard en 2011, avec un ratio de solvabilité à 75 %. « Les conditions demandent une intervention immédiate et une injection robuste de capital », a reconnu Carlo Cimbri, l’administrateur délégué d’Unipol.

Le groupe devra d’ailleurs se recapitaliser à son tour à hauteur de 1,1 milliard d’euros pour mener à bien l’ensemble de cette opération. Des sommes considérables, sachant que les capitalisations boursières respectives de FonSai et Unipol s’élèvent à 300 et 500 millions d’euros. Unipol, qui affiche une marge de solvabilité de 120 %, a déjà levé 500 millions d’euros sur le marché en 2010 et réduit son périmètre en cédant en septembre les 51 % de BNL Vita à BNP Paribas Cardif pour 325,2 millions. « Avec ces deux recapitalisations, ce nouveau groupe devrait pouvoir compter sur un ratio de solvabilité de 140 % à 145 %, ce qui n’est pas si mal », calcule un analyste milanais. Un avis que ne partagent pas tous les observateurs. « Le rapprochement avec FonSai risque de tirer Unipol vers le bas en termes de capitaux propres », nuance un autre analyste.

Réduire la voilure

Séduire le marché ne sera pas une mince affaire. Or le parcours du combattant des deux compagnies ne s’arrête pas là. Elles devront également obtenir le feu vert de la Banque d’Italie, de l’Antitrust, du régulateur du secteur de l’assurance (Isvap) et, surtout, du gendarme de la Bourse (la Consob) afin qu’Unipol soit exempté de l’obligation de lancer une offre publique d’achat sur son concurrent. La partie est loin d’être gagnée. En procédant à l’intégration par fusion de Premafin, FonSai et sa filiale Milano Assicurazioni, Unipol donnera vie au numéro deux de l’assurance italienne, avec 21 milliards d’euros de primes sur la base des chiffres 2010. Mieux, « avec un tiers du marché de l’assurance-dommages, la nouvelle entité n’aura pas besoin de chasser la part de marché et se focalisera davantage sur la rentabilité, avance un analyste. Ce qui est plutôt une bonne nouvelle. »

Le nouvel ensemble aura en effet une part de marché estimée à 30 % en dommages et de 35 % à 37 % en automobile, mais c’est au-delà du seuil autorisé par l’Antitrust. « En procédant à l’intégration de leurs deux réseaux sur chaque zone, les compagnies seront amenées d’elles-mêmes à réduire chacune leur voilure en cédant quelques agents généraux », estime l’analyste milanais. Selon des sources proches du dossier citées par Reuters, Axa serait intéressé par certains actifs d’Unipol et FonSai, même si le groupe français s’est refusé à tout commentaire. « C’est surtout en termes de réduction de coûts qu’elles vont pouvoir opérer des synergies, indique l’analyste milanais. C’est là-dessus que l’on jugera la crédibilité de leur plan. » CA Cheuvreux évalue les synergies entre les deux groupes à 170 millions d’euros par an avec une réduction de 12 % des coûts fixes. Reste à passer sous les fourches caudines du régulateur et du marché.

Chiffres clés à fin septembre 2011

Unipol :

-Chiffre d’affaires : 6,9 milliards d’euros

-Résultat net : 72 millions d’euros

Fondiaria-Sai :

-Chiffre d’affaires : 8,3 milliards d’euros

-Résultat net : -178,6 millions d’euros

Source : sociétés

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