UniCredit défie le marché pour s’ouvrir un autre avenir européen

le 24/11/2011 L'AGEFI Hebdo

Dépréciations, recapitalisation, réduction des coûts et des risques… Malgré son nouveau projet industriel, le groupe italien ne fait pas l’unanimité.

UniCredit sera « solide comme un roc », soutient son administrateur délégué, Federico Ghizzoni. Ce faisant, il tient tête aux agences - alors que Moody’s a placé la banque sous surveillance en vue d’un éventuel abaissement de sa note -, au marché - sur lequel sa capitalisation a fondu de 14 milliards ces derniers temps - et aux éventuels prédateurs. « Nous sommes une banque systémique, et dans les circonstances actuelles, je doute fort que quiconque envisage de créer une banque encore plus grande », a souligné le patron du premier groupe bancaire italien. UniCredit est en effet le seul d’Italie à avoir été inscrit sur la liste des « SIFIs ». Mais c’est aussi le créancier italien le plus exposé à l’international. Le plan quinquennal annoncé par Federico Ghizzoni, assorti de la plus importante augmentation de capital (7,5 milliards d’euros) d’Europe depuis celle de Deutsche Bank en octobre 2010, doit mener à la constitution d’« un grand groupe européen, solide, avec des retours stables et soutenables », sur de nouvelles bases.

Banque commerciale européenne

« Aujourd’hui, il faut choisir son propre cœur d’activité. Et le nôtre, c’est la banque commerciale », a martelé Federico Ghizzoni lors de la présentation de ce plan, la semaine dernière, à Milan. Concentré sur la réduction des coûts, son plan stratégique doit permettre à la banque de passer d’un bénéfice net de 1,3 milliard en 2010 à 6,5 milliards d’euros en 2015. Au programme : la suppression de 6.150 emplois d’ici à 2015, dont 5.200 en Italie, sur un total de 160.000 salariés, une forte réduction des actifs pondérés par le risque, la cession d’actifs non stratégiques et une redéfinition des filiales, qui seront plus légères. Le groupe souhaite notamment réduire la voilure dans la banque d’investissement et le courtage (il vient de confier au français Kepler Capital Markets ses activités actions), tout en poursuivant son développement dans des marchés stratégiques d’Europe centrale : Russie, Pologne, Turquie et République Tchèque.

Un projet industriel qui ne fait pas l’unanimité. « Côté suppressions d’emplois, ce plan déçoit quand on sait que, au départ, plus de 10.000 postes devaient être coupés. De l’autre, il apparaît peu crédible, estime un expert en conseil stratégie. UniCredit veut abaisser le coût de son risque de 48 points de base, un objectif considérable en référence aux autres banques italiennes. » UniCredit veut pourtant offrir un autre visage aux investisseurs, alors qu’il s’apprête à faire appel au marché. Cette opération était attendue. Après son émission de titres, qui devrait débuter vers la mi-janvier, le groupe estime que son ratio Core Tier one dépassera 9 % en 2012, selon les règles Bâle III.

Un colosse aux pieds d’argile

« L’augmentation de capital est positive du point de vue de la solidité. En revanche, elle risque de perturber les équilibres politiques internes, note le consultant. Avec les élections législatives dans deux ans, il n’est pas sûr que les fondations, actionnaires historiques de la banque, qui se doivent de distribuer des fonds sur le territoire, acceptent de remettre la main au portefeuille, voire de s’endetter. » En trois ans, c’est la troisième fois qu’UniCredit sollicite ses actionnaires - pour 14,5 milliards d’euros au total. Par ailleurs, il ne versera pas de dividende pour 2011, a-t-il prévenu. Les trois principales fondations, qui détiennent 10,4 % de son capital, répondront néanmoins à sa levée de fonds, contrairement à Cassamarca (0, 7 % du capital). Reste à déterminer la position des actionnaires libyens dont la part de 7,5 % du capital est toujours gelée.

Les objectifs d’UniCredit pourraient donc être difficiles à atteindre. Au troisième trimestre, le groupe a accusé une perte nette de 10,6 milliards d’euros, « sous l’effet de dépréciations de nature extraordinaire » pour un total de 10,16 milliards d’euros, indique-t-il. La plupart concernent des acquisitions réalisées ces dernières années sous la houlette du précédent patron, Alessandro Profumo : des banques en Ukraine et au Kazakhstan, dont les valeurs ont été ramenées à zéro, à plusieurs marques telles HVB, Bank Austria ou Capitalia. Ces acquisitions, qui ont permis à UniCredit de devenir un colosse européen présent dans 22 pays, se sont révélées avec la crise être un lourd fardeau. Sans compter les dépréciations sur les titres d’Etat grec ou encore sur certaines participations stratégiques, telles ses 8,7 % dans Mediobanca… Federico Ghizzoni n’a toutefois pas l’intention de sortir du capital de la banque d’investissement, dont il est le premier actionnaire.

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