UniCredit affronte une année 2011 décisive

le 31/03/2011 L'AGEFI Hebdo

Du gel des avoirs libyens à sa restructuration domestique, le groupe italien se doit d’être sur tous les fronts.

Après une année 2010 « difficile et de restructuration », UniCredit regarde 2011 « avec davantage d’optimisme, les deux premiers mois de l’année confirmant que nous allons dans la bonne direction », veut croire son patron, Federico Ghizzoni, qui présentait la semaine dernière les résultats de la banque italienne à Londres. Lorsqu’il a pris les rênes du groupe en octobre, à la suite de l’éviction d’Alessandro Profumo, le directeur général d’UniCredit pensait sans doute avoir évité le pire, le pic de la crise étant passé.

Toutefois, depuis son arrivée, les dossiers brûlants n’ont cessé de s’accumuler sur sa table. Se pliant aux décisions prises par l’Union européenne contre le régime de Mouammar Kadhafi, le groupe italien a été contraint de geler les droits de vote de la Libye, son premier actionnaire à travers les 7,58 % détenus par la banque centrale libyenne et le fonds souverain Libyan Investment Authority. « Cette mesure n’a eu aucun impact et n’a pas interféré sur la gestion », a précisé le directeur général.

Dans la foulée, Federico Ghizzoni a dû s’atteler au sauvetage impromptu de Fondiaria-Sai, deuxième assureur italien, qui a accusé une perte record de 929 millions d’euros en 2010. L’influente famille Ligresti, qui détient la compagnie à travers sa holding Premafin, elle-même criblée de dettes, avait sollicité Groupama dans un premier temps. Dans un accord, l’assureur français s’était engagé à prendre 17,1 % de Premafin et à entrer aussi au capital de Fondiaria-Sai.

Mais l’autorité boursière italienne a fait capoter le projet en imposant à Groupama le lancement d’une OPA sur les deux sociétés. Pressé par le temps, le clan Ligresti a mis fin aux discussions avec le groupe français, préférant s’adresser à UniCredit, dont il est actionnaire (0,3 % du capital) et qui est surtout l’un de ses principaux créditeurs pour plus de 300 millions d’euros. La banque a conclu en toute hâte un accord avec Premafin, rendu public à la veille de la publication de ses résultats, qui prévoit son entrée dans Fondiaria-Sai à hauteur de 6,6 %, moyennant un investissement de 170 millions d’euros.

Dans le détail, UniCredit va participer à l’augmentation de capital de la compagnie, déjà approuvée pour un montant de 450 millions d’euros, tout en achetant une partie des droits de souscription de Premafin, dont la part dans Fondiaria sera diluée à 35 % (contre 41,6 % actuellement). Le patriarche, Salvatore Ligresti, qui figurait au conseil d’administration d’UniCredit, a donné sa démission dès l’annonce de l’accord. Il ne sera pas remplacé, le conseil d’administration passant de 23 à 22 membres, a précisé l’institut bancaire.

Le poids du marché domestique

Autre dossier chaud, celui de Pioneer Investments, la filiale de gestion d’actifs du groupe, en suspens depuis sa mise en vente officielle à l’automne. Alors que trois groupes étrangers, le britannique Resolution et les français Amundi (filiale de Crédit Agricole et de Société Générale) et Natixis sont candidats au rachat, une solution italienne s’est fait jour autour d’une éventuelle agrégation entre Pioneer et Eurizon Sgr, la société de gestion d’Intesa Sanpaolo, l’autre grande banque italienne. Une telle alliance pourrait donner naissance à un maxi-pôle domestique de l’épargne gérée.

UniCredit, qui réfléchit depuis quelques semaines à cette hypothèse, se donne « deux à trois semaines pour prendre une décision définitive ». « Faire des économies d’échelle n’est pas notre objectif principal, ni récolter des fonds, a indiqué Federico Ghizzoni. Nous voulons voir s’il est possible ou non de trouver une solution, qui permette à Pioneer de continuer à servir notre base de clients en termes de services et d’efficience. Si les propositions qui nous seront faites ne satisfont pas cette ambition, nous garderons Pioneer, y compris son activité aux Etats-Unis, et veillerons à le développer et restructurer par nous-mêmes. »

Cette nouvelle option va de pair avec la stratégie de relance de la banque de financement et d’investissement mise en place par UniCredit avec la récente nomination de Jean-Pierre Mustier à la tête de cette division, dont les activités devraient s’orienter davantage vers l’Europe centrale. « En faisant jouer les synergies, l’extension des produits et des services pour les clients ‘corporate’ aux pays d’Europe de l’Est peut offrir d’intéressantes opportunités au groupe, estime un analyste. Cela pourrait aussi lui permettre d’exploiter un peu mieux ses avantages compétitifs dans ces régions. »

Reste le point noir de l’Italie, qui détient les deux tiers du total des créances douteuses du groupe. Le marché domestique, qui représente 43 % des revenus d’UniCredit, n’alimente pas les profits du groupe depuis deux ans. « L’Italie est un problème, mais aussi une grande opportunité », nuance Federico Ghizzoni, qui espère inverser la tendance grâce à la profonde restructuration lancée l’an dernier dans la péninsule. Opérationnel depuis novembre, le projet de la « Banque Unique » unifiant toutes les activités transalpines devrait permettre d’améliorer nettement la rentabilité. Ce sera l’une des priorités du groupe, qui présentera un nouveau plan industriel à moyen terme d’ici à la fin de l’année.

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