UBS enterre ses ambitions dans la banque d’investissement

le 15/11/2012 L'AGEFI Hebdo

Sans l’activité obligataire, la BFI du géant suisse verra ses actifs pondérés du risque amoindris et ne mobilisera plus que 35 % des fonds propres du groupe en 2013.

Coup de tonnerre chez UBS. Le 30 octobre, la banque suisse a annoncé une restructuration radicale de sa banque de financement et d’investissement (BFI), conduisant à des suppressions de postes massives. Deuxième pilier du groupe avec la gestion de fortune, la BFI se voit en effet amputée de la quasi-totalité de son activité obligataire (fixed income), logée jusque-là dans l’unité FICC (fixed income, currency and commodities ou taux, changes et matières premières). Avec 1,1 milliard de francs suisses (0,9 milliard d’euros) de chiffre d’affaires au troisième trimestre, ce pôle représentait pourtant près de la moitié des revenus de la BFI d’UBS. « Après de nombreuses années de tergiversations, UBS se rend à l’évidence : la banque ne peut plus continuer à détruire de la valeur dans ses activités de BFI », juge Elie Darwish, analyste chez Natixis. « C’est une vraie rupture par rapport à la stratégie d’Oswald Grübel (ancien directeur général d’UBS, NDLR) qui voulait développer une banque d’affaires et une franchise de 'fixed income' », observe pour sa part Loïc Bhend, analyste chez Bordier & Cie à Genève.

Foyer de pertes récurrentes depuis la crise des crédits subprime et au cœur de plusieurs scandales, la BFI du groupe suisse n’a, de fait, jamais réussi à tenir ses promesses. « Elle consommait près de 60 % du capital du groupe mais ne rapportait que 10 % à 20 % des bénéfices, note Loïc Bhend. C’est une activité qui mobilise 27,5 milliards de francs de fonds propres pour un RoE (rendements des capitaux propres, NDLR) de 5 %. »

Son activité de fixed income en est sans doute une parfaite illustration. « UBS y a toujours été un acteur de petite taille et c’était une activité peu rentable », remarque Elie Darwish. Selon les analystes de Deutsche Bank, UBS affichait modestement 3,9 % de parts de marché au niveau mondial au premier semestre, bien loin des ténors du marché, à savoir JPMorgan (11,2 %), Citigroup (9,9 %) ou Barclays (9 %). Or, avec le durcissement des normes prudentielles, cette activité est appelée à devenir moins rentable à l’avenir.

UBS met donc son pôle FICC au régime sec en transférant la majeure partie de ses activités dans une structure de cantonnement, dirigée par l’ex-codirecteur de la BFI, Carsten Kengeter. Réduite à la portion congrue, cette unité verra ses actifs pondérés du risque diminuer de 80 milliards de francs, passant de 110 à 30 milliards de francs début 2013. Environ 30 milliards proviendront des activités de crédit et près de 40 milliards des activités de taux.

Nouvelle organisation

Une cure d’amaigrissement qui vaut pour l’intégralité de la BFI d’UBS, désormais limitée au conseil, à l’analyse financière, aux actions, aux changes et aux métiers précieux. A l’issue de sa restructuration, ses actifs pondérés du risque seront divisés par plus de deux, passant de 162 milliards de francs actuellement à moins de 70 milliards début 2013. En parallèle, les fonds propres alloués doivent passer de 65 % actuellement à 35 % début 2013. « Avec 9 milliards de francs de capital, la BFI d’UBS aura moins d’un quart de la taille de celle de JPMorgan », constate Matt Spick, analyste chez Deutsche Bank.

La nouvelle BFI d’UBS sera désormais articulée autour de deux pôles. D’un côté, le Corporate Clients Solutions, à destination des entreprises et des institutions financières, devra générer un tiers de revenus de la BFI et utiliser 15 % des actifs pondérés du risque sous Bâle III. Cette unité sera organisée par zones géographiques et non plus par métiers. « Ce n’est pas une grosse différence par rapport à l’organisation précédente », estime toutefois Loïc Bhend. De l’autre, le pôle Investor Client Services, dédié aux clients institutionnels, devra réaliser les deux tiers des revenus de la banque d’affaires et utiliser 85 % des actifs pondérés du risque.

A compter du 1er janvier 2013, UBS souhaite surtout que sa BFI représente 20 % de ses bénéfices et dégage un RoE de 15 %, contre une précédente cible comprise entre 12 % et 17 %. Las, aux yeux des observateurs, cette restructuration sonne pourtant le glas des ambitions d’UBS dans ce métier. « UBS n’a plus la volonté de développer ce métier qui doit désormais être au service de la gestion privée », indique Elie Darwish, pour qui « les synergies seront sans doute moins importantes qu’auparavant ». Le groupe suisse s’est d’ailleurs montré peu disert sur le sujet. « Les clients de la banque privée ont besoin d’avoir une entité chargée de faire des transactions sur le marché, souligne toutefois Loïc Bhend. Cela permet de proposer toute la palette de services internes. » Ne reste plus à ce nouveau modèle qu’à faire ses preuves.

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