Triple désillusion

le 13/10/2011 L'AGEFI Hebdo

Les banques françaises ont mille bonnes raisons de maudire le sort qui leur est fait. Tous les cadres de référence auxquels elles pouvaient se raccrocher ont volé en éclats les uns après les autres. Le cadre politique ? Chacun a pu constater l’incroyable incapacité des dirigeants européens, et notamment allemands, à prendre la vraie mesure de la crise de la dette souveraine, mais aussi la versatilité de leur convictions touchant leurs propres banques. Après avoir accablé il y a quelques semaines à peine Christine Lagarde pour avoir appelé à une recapitalisation en Europe, voilà que celle-ci met ladite recapitalisation au cœur de son énième dispositif anti-crise. Les modalités manquent encore, mais la création de fonds propres supplémentaires redevient l’alpha et l’oméga de la stabilité financière. Un revirement difficile à justifier sauf à considérer qu’outre la dette grecque, celle des autres pays périphériques devra subir des dépréciations. En est-on là ?

Le cadre de régulation bancaire ? Là encore, le bilan est déprimant. Après avoir réalisé une première série de tests de résistance qui ont permis aux banques irlandaises de faire illusion avant de sombrer quelques mois plus tard, le régulateur bancaire européen en a opéré une seconde, tout aussi fallacieuse, qui a vu Dexia les réussir haut la main avant de se fracasser à son tour sur le mur des réalités de marché. On attend désormais un arbitrage de l’Autorité bancaire européenne sur les provisions à passer au troisième trimestre sur la dette grecque. Pour justifier enfin son nom, peut-on espérer de sa part un peu plus de pertinence ?

Le cadre comptable ? Là encore, les banques françaises pensaient avoir joué la règle du jeu, en provisionnant candidement le risque grec conformément à l’accord politique européen du 21 juillet. Mais les marchés, tout acquis à la logique de la « juste valeur », ont sanctionné sans pitié ceux qui n’avaient pas provisionné leurs actifs en conséquence. La France, en matière comptable, compte peu de divisions, au sens stalinien du terme, trop peu en tout cas pour espérer que les investisseurs anglo-saxons s’accommodent si peu que ce soit de sa doctrine.

Le résultat de cette triple désillusion est que le régulateur français, pour apaiser les marchés, a décidé de hâter de plusieurs années le passage des banques à Bâle III avant même d’être sûr que les Américains l’appliqueront de leur côté. Cap sur 2013 et non plus 2018 ! L’effort d’adaptation, à l’image de celui dans lequel s’est lancée Société Générale (lire L’Evénement), s’annonce massif, d’autant que le régulateur de Bâle n’entend pas alléger les niveaux de fonds propres supplémentaires à prévoir, notamment pour les institutions systémiques. Pour réussir, il leur faudra du courage et du pragmatisme. Car pour ce qui est du soutien, dans ce sauve-qui-peut général, il n’en faut plus espérer.

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