Le transfert d’argent s’installe à tous les coins de rue

le 14/07/2011 L'AGEFI Hebdo

Grâce à la directive de 2009, de nombreux commerçants deviennent agents prestataires de services de paiement et facilitent l’accès à cette offre.

Depuis fin 2009, les officines de transfert d’argent font florès. En effet, ce métier qui nécessitait jusqu’alors un agrément bancaire est devenu accessible avec un statut d’établissement de paiement ou d’agent prestataire de services de paiement, grâce à la DSP (directive sur les services de paiement) entrée en vigueur en novembre 2009. 530 sociétés ou personnes physiques sont ainsi répertoriées sur le site web de l’Autorité de contrôle prudentiel (ACP). Pour les grandes enseignes mondiales comme Western Union et MoneyGram, mais aussi pour de plus petites, c’est une formidable opportunité de développer des réseaux de distribution et ainsi d’offrir une plus grande proximité à leurs clients potentiels. Il ne s’agit pas pour autant de créer des points de vente en propre, mais plutôt de nouer des partenariats avec toutes sortes d’enseignes.

Extension du réseau

Western Union part avec une bonne longueur d’avance résultant de son accord de distribution avec La Banque Postale qui propose le transfert d’argent dans 6.000 bureaux de poste. Ensemble, les deux marques ont lancé au printemps une carte bancaire incluant le programme de fidélité de Western Union. Pour se rapprocher davantage de sa clientèle, Western Union s’est également allié à de multiples commerces, comme Cash Converters, l’enseigne de callshops Keyyo, mais aussi Devlyx, fournisseur de systèmes de caisse pour le petit commerce (8.500 bureaux de tabac, diffuseurs de presse, supérettes, librairies). Des accords ont également été passés avec Seddif, un réseau de 1.800 Maisons de la presse et Mag Presse, avec la Compagnie Nationale de l’Or et, en mai, avec le groupe Afat Voyages Sélectour qui compte 1.300 agences indépendantes. « En tout, nous disposons de 7.000 points de vente dont 26 agences ‘flagships’ Western Union dans lesquelles nous testons de nouveaux services avant de les diffuser plus largement, précise Marie-Elise Droga, directeur régional France Benelux. Par exemple, nous y proposons le transfert d’argent vers les ‘mobile wallets’ au Kenya et aux Philippines. Le service de transfert sur le web, ouvert depuis plusieurs années, nous permet en outre de toucher une clientèle différente, et nous nous adressons depuis peu aux petites entreprises avec notre offre Western Union Business Solution. » L’extension du réseau va de pair avec la conquête de clientèles nouvelles.

Se rapprocher des communautés

De son côté, MoneyGram a pris le positionnement du challenger qui offre un service de qualité comparable mais à plus bas prix et mise sur l’extension rapide de son réseau de distribution. De 52 agences à fin 2009, MoneyGram a dépassé les 500 points de vente fin 2010. Il atteint aujourd’hui le millier et vise les 1.300 en décembre prochain. Pour ce faire, il s’appuie sur des partenaires de toutes tailles comme ICE (International Currency Exchange), un agent de change présent essentiellement en région parisienne, ou comme SRD MP et Bimédia qui regroupent quelques milliers de bureaux de tabac, dont 600 sont aujourd’hui actifs. MoneyGram a su choyer ces professionnels à travers un roadshow organisé en 2010 pour présenter son offre aux buralistes. « Le temps de transaction est de quelques secondes car le transfert d’argent est intégré au système de caisse, souligne Guillaume Dewaël, vice-président France Benelux Afrique de MoneyGram. Ce qui permet de générer des revenus supplémentaires sans polluer l’activité des buralistes. »

Autre partenariat, celui signé avec Carrefour Banque qui propose ainsi le transfert d’argent dans une dizaine de magasins. Les derniers accords annoncés ont été passés avec Ingenico, Suncard et Logicartes. Le contrat passé avec Ingenico concerne l’Europe pour les services prépayés, il devrait permettre à MoneyGram de toucher une centaine de commerces à la fin de l’année. Mais le potentiel est énorme car Ingenico est présent dans 20.000 points de vente, y compris en grande distribution. De leur côté, Logicartes et Suncard sont des sociétés spécialisées dans les services prépayés télécoms, la première pourrait activer 135 de ses agences d’ici à la fin de l’année et la seconde 115. MoneyGram travaille aussi le ciblage de ses offres à destination de certaines communautés (Ivoiriens, Chinois, Sri-Lankais, Haïtiens), à travers la publicité ou avec des tarifs promotionnels. Sujet de compétition, les tarifs ont d’ailleurs baissé depuis l’entrée en vigueur de la DSP, effet positif d’une concurrence accrue. La bataille se prolonge désormais sur les technologies, chacun travaillant au lancement d’une offre de transfert sur mobile.

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