Dossier Banques françaises

Tous les groupes n’ont pas la même capacité à constituer leur matelas

le 10/03/2011 L'AGEFI Hebdo

En France comme ailleurs en Europe, les banques doivent engranger des résultats en vue de Bâle III, sans trop pénaliser leurs actionnaires.

Se constituer les matelas les plus confortables possibles selon les normes de Bâle III (lire page 28), sans faire appel au marché, toutes les banques européennes cherchent à y parvenir en engrangeant des résultats. A cet égard, Commerzbank est revenu dans le peloton, affichant pour l’an dernier ses premiers résultats positifs depuis 2007. UBS est également de retour dans le vert, devançant de nouveau son compatriote Credit Suisse.

L’ensemble des banques françaises est pour sa part plutôt bien placé. BNP Paribas fait même partie du trio de tête européen (voir le graphique). Les cinq principaux groupes du pays - avec BPCE, Crédit Agricole, Crédit Mutuel-CIC et Société Générale -, ont publié un bénéfice cumulé de 21 milliards d’euros en 2010, quasiment le double de l’année précédente. Même François Pérol, président du directoire de BPCE, peut dire que ses résultats offrent « une marge de manœuvre qui assure l'adaptabilité du groupe face aux nouvelles exigences prudentielles Bâle III ». En outre, « le groupe n'a plus besoin du soutien de l'Etat. Il a un niveau de résultat comparable à ses principaux concurrents européens », estime-t-il. De fait, BPCE a pu annoncer le remboursement, avant la fin du mois, des 2,2 milliards d'euros encore dus sur les 7,05 milliards reçus dans le cadre du plan de soutien public.

Le dividende en balance

Toutes les banques européennes n’en sont pas à ce stade. Commerzbank se dit prête à commencer à rembourser ses 16,2 milliards d'euros d'aides, mais son directeur général, Martin Blessing, ne s’est engagé que sur « au moins 10 % » en 2011. Au Royaume-Uni ou en Espagne, la situation est plus contrastée qu’en France, où seul le franco-belge Dexia reste sous tutelle publique. Tandis que l’Etat est encore très présent au capital de certains établissements, HSBC détrône les autres banques européennes au palmarès des résultats nets. De même, en Espagne, l’écart se creuse entre, d’un côté, Santander et BBVA et, de l’autre, les caisses d’épargne - dont les besoins de recapitalisation doivent être dévoilés ce 10 mars. La banque dirigée par Emilio Botin affiche un résultat près de quatre fois supérieur à celui de Deutsche Bank. Mais pour cette dernière, 2010 se présente comme « une année de transition et d'investissement dans l'avenir  » (avec les acquisitions de Postbank et Sal.Oppenheim), souligne son PDG, Josef Ackermann.

Pour répondre aux nouvelles exigences réglementaires, la voie prioritaire reste de mettre ses résultats en réserve. En France, BPCE entend conserver 80 % des bénéfices des prochaines années, tandis que Société Générale ou BNP Paribas avancent un taux de 75 %. Poussées par un régulateur plus sévère, les banques suisses privilégient leur solvabilité. Credit Suisse a de ce fait diminué la rémunération de ses actions, à 1,30 franc suisse (1,02 euro) contre 2 francs l’an dernier, mais promet d’« augmenter graduellement le montant avec le temps ». Après deux années de diète, les actionnaires d’UBS ne recevront toujours rien au titre de 2010. La banque veut « continuer à conserver ses bénéfices afin d’atteindre les exigences en capital » de Bâle III. Chez HSBC, le « renforcement des fonds propres permet une augmentation du dividende », mais celui-ci grimpe seulement de 2 cents, à 0,36 dollar (1,4 euro) par action, quand les profits font plus que doubler. Sa compatriote Barclays va distribuer un dividende de 2,5 pence (2,9 centimes d'euro) seulement, environ huit fois moins qu’avant-crise. L’espagnol Santander a maintenu le sien au niveau de 2009, à 0,60 euro, grâce à un « bénéfice récurrent et à la solidité du capital ». Toutefois, là aussi les actionnaires reçoivent une rémunération inférieure à celle de 2008 (0,65 euro). BBVA a proposé 0,42 euro par action, comme en 2009 où le dividende équivalait à 30 % du bénéfice.

Entre la nécessité de satisfaire aux futures exigences du régulateur et la volonté dans l'intervalle de ne pas décevoir les actionnaires, l’équilibre n’est pas simple à trouver. Bien sûr, les groupes les plus solides ont plus de liberté. Un consensus semble alors s’établir autour d’une rémunération de 30 %, avec l’espoir, chez certains, qu’une majorité des actionnaires choisira un paiement en actions (voir le tableau), en attendant des jours meilleurs.

A lire aussi