Entretien avec… David Blondel, associé, et Laëtitia Pellegars, directrice au sein du cabinet d’avocats Wragge & Co

« Tous les assureurs européens regardent le marché des prêts immobiliers »

le 14/06/2012 L'AGEFI Hebdo

Propos recueillis par Thomas Carlat

Les assureurs peuvent-ils prendre le relais des banques sur le terrain du crédit immobilier ?

Ils ont déjà commencé. Société Générale et Allianz se sont ainsi associés pour réaliser un financement immobilier de 275 millions d’euros pour Foncière des Régions, dont 200 millions à la charge d’Allianz. Notre cabinet travaille d’ailleurs avec certaines compagnies pour étudier leur intervention sur de tels projets. C’est l’actualité du financement immobilier, et tous les assureurs en Europe regardent ce marché qui est attractif d’un point de vue financier, même si les acteurs français semblent pour l’heure plus frileux. Certaines compagnies réfléchissent même à se doter de filiales dédiées.

Comment expliquez-vous cette tendance ?

Les intérêts des banques et des assureurs convergent. D’un côté, en raison du futur ratio de liquidité de Bâle III, les banques sont contraintes de réajuster leurs engagements à long terme par rapport à leurs actifs qui sont pour l’essentiel très liquides. Elles ont alors tendance à se délester de ces engagements pour les remplacer par des engagements à plus court terme, ce qui diminue leur capacité de transformation de l’épargne court terme en prêts long terme. De l’autre côté, avec Solvabilité II, les assureurs ont intérêt à diversifier leurs actifs pour répartir leur exposition entre les risques de taux, crédit, actions et immobilier, pour diminuer le coût de fonds propres de chaque actif pris individuellement. Or l’immobilier constitue une faible part de leurs placements et offre un profil de rendements/risques plus intéressant que des obligations d’Etat.

Les assureurs sont-ils limités sur les crédits hypothécaires qu’ils peuvent porter dans leur bilan ?

Le Code des assurances dans les pays respectifs impose en effet des limites. En France, une compagnie ne peut consentir un prêt hypothécaire qu’à condition que celui-ci soit garanti par une hypothèque de premier rang représentant au maximum 65 % de la valeur vénale de l’immeuble estimée au jour de la conclusion du contrat de prêt. Ainsi, sur des opérations de pur financement immobilier, les sommes investies par les assureurs sont d’importance limitée et, pour des raisons réglementaires notamment, ils passent systématiquement par des banques qui jouent le rôle d’originateur des prêts.

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