Rencontre avec... Nicolas Sireyjol, président-directeur général d'American Express Carte France

« La technologie n'est pas une fin mais un moyen »

le 21/03/2013 L'AGEFI Hebdo

Les banques françaises revendiquent le système à « quatre coins » (voir le graphique ci-dessous). Quelles sont les particularités d'American Express, dont le modèle est différent ?

Les systèmes à « quatre coins » adoptés par les banques ont été diffusés dans de nombreux pays, entre autres, pour remplacer le chèque. De son côté, American Express est historiquement un système mondial à « trois coins » (un vocable assez récent), car nous sommes en relation directe à la fois avec les porteurs de cartes et les commerçants, gérant aussi bien l'émission que l'acquisition. Notre modèle triangulaire nous permet ainsi d'organiser la rencontre de ces deux univers, clients et commerçants, ce qui constitue une vraie valeur ajoutée pour les deux parties. De ce fait, American Express est plus qu'un moyen de paiement : une carte de services qui bénéficient à ses deux catégories de clients. En outre, notre modèle de rémunération est simple : le porteur paie une cotisation annuelle tandis que nous retenons une commission auprès des commerçants. Celle-ci est négociée avec chacun, en pourcentage du montant de dépenses ou en forfait pour les plus petits commerces.

L'absence de puce ne constitue-t-elle pas un frein pour l'acceptation de votre carte auprès des commerçants ou dans les distributeurs automatiques (DAB) ?

La puce est une innovation française qui s'est étendue en Europe, mais encore très peu sur les autres continents. Dans l'Hexagone, nous distribuons nos cartes directement, en partenariat avec Air France ou encore avec des établissements comme Société Générale ou BNP Paribas. Nous émettons près de 100 millions de cartes dans le monde, dont 50 millions aux Etats-Unis. Le fait que les Américains et les Asiatiques n'aient pas de puce ne réduit pas notre réseau d'acceptation (dont le groupe ne communique pas la densité, NDLR), ni notre présence dans les DAB. En France, comme en Europe, suite à une demande du régulateur, nous convertissons notre portefeuille de cartes en les équipant d’une puce. Mais bien que son utilité soit prouvée, la puce ne règle pas toutes les questions liées à la fraude. Ce qui est capital, c'est de pouvoir s'appuyer sur un réseau d'informations mondial en temps réel qui permet de détecter et de prévenir cette fraude de façon instantanée. Ainsi, le point fort d'American Express est de remplacer les cartes perdues ou volées sous 48h et de mieux protéger ses clients.

Ne craignez-vous pas qu'American Express soit dépassé par les innovations technologiques* ?

Non, car la technologie n'est pas une fin mais un moyen. Ce qui nous intéresse, c'est d'offrir des services au consommateur final, quel que soit le canal. Programme de fidélisation, conciergerie, différents niveaux de cartes, etc. : American Express reste pionnier dans de nombreux domaines et a inspiré de nombreux services proposés aujourd'hui avec les cartes bancaires haut de gamme. Le groupe, qui a inventé le « Traveler cheque » il y a plus d'un siècle, peut aussi servir une cible plus large. C'est le cas avec le distributeur Wal-Mart aux Etats-Unis : les consommateurs peuvent disposer d'un compte courant alternatif sur mobile, avec une carte utilisable dans les enseignes acceptant les paiements American Express et dans plus de 22.000 DAB. Par ailleurs, notre wallet Serve, lancé en mars 2011, permet d'effectuer des achats en ligne sans avoir à renseigner toutes ses coordonnées, mais aussi de recevoir une carte pour les magasins physiques. Depuis mai dernier, les internautes peuvent également utiliser la carte comarquée Zynga Serve Rewards prépayée qui offre des récompenses en temps réel. Et American Express a lancé aux Etats-Unis cette fonctionnalité d'achat sur Twitter. Amex est très actif dans le secteur des nouvelles technologies, toujours dans le but de mieux servir le client.

*Si le groupe American Express a enregistré un chiffre d'affaires net de dépenses d'intérêts de 8,1 milliards de dollars, en hausse de 5 % par rapport à 2011, grâce à une croissance de 8 % des dépenses des porteurs de cartes, il a aussi annoncé qu'il allait supprimer 5.400 postes (10 % des effectifs) pour adapter ses activités alors que de plus en plus de clients effectuent leurs transactions en ligne ou sur mobile.

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