L'invité de L'Agefi

Tant va la banque à la globalisation qu’à la fin elle se casse

le 10/03/2011 L'AGEFI Hebdo

Le secteur bancaire, comme tous les autres, ne pourra se réhabiliter qu’à condition de remettre au centre l’éthique, et donc son utilité sociétale.

Par Francis Rousseau, président d’Eurogroup Consulting

En trente ans, la taille des établissements bancaires a été multipliée par quatre ; les esprits brillants pourront conclure à un phénomène de concentration. Dans le même temps, le profit par employé - en euros constants - était multiplié par trois ; les mêmes esprits brillants ne pourront pas expliquer que cela est dû à cette sacro-sainte « taille critique », ni à des efforts de productivité inimaginables…

Il nous faut d’autres explications. C’est là qu’apparaissent, dans des discours autant stratosphériques que lénifiants, l’alpha et l’oméga de l’histoire de ce tournant de millénaire, la justification de l’injustifiable - bon sang, mais c’est bien sûr : la globalisation…

Sans la nier, nous pensons qu’elle a bon dos, et a en réalité servi de paravent à la naissance d’activités soi-disant créatrices de valeur mais en fait destructrices de projets.

En parallèle, pour rendre la finance « conformément efficace », a émergé la « banque universelle » : tous les métiers mélangés, et finalement, un modèle dans lequel la banque de détail n’est plus qu’une pompe à alimenter les activités financières et certainement plus un outil d’intermédiation au service de l’activité économique.

Et sur tout cela, une réglementation qui ne réglemente rien, mécaniquement dépassée par les événements, trop complexe pour être comprise, trop simplificatrice pour être efficace. Et même contre-productive quand, en un temps pas si éloigné, ses effets étaient de pousser à la titrisation effrénée afin de « nettoyer » les bilans.

Il est vrai qu’aucune réglementation, jamais, ne peut pallier la disparition de l’éthique.

Nos convictions, face à ce constat, sont de deux ordres : la « banque universelle » comme panacée universelle, c’est révolu ; la course exclusive au profit, c’est dépassé. Il faut avoir le courage du bon sens, et le bon sens se fonde sur la simplicité, l’utilité et, surtout, la confiance.

Pour ce faire, il faut aller vers des schémas de banques où la typologie des opérations, les fonds propres engagés et les responsabilités sont clairement définis. L’heure est venue de la séparation de certains métiers : on ne peut décentraliser les responsabilités tant que l’on met dans le même bilan les activités de banque pour compte propre - pour ne pas dire spéculatives - et celles de la banque de détail. La marge dégagée par l’argent déposé par madame Michu doit alimenter des compartiments dont le niveau de risque est compatible avec son besoin de sécurité, et non des spéculations mondiales opaques au service de l’enrichissement de joueurs de roulette russe…

Ce mouvement doit être accompagné d’une reconcentration sur l’utilité du métier de banquier : 95 % des besoins de madame Michu sont couverts par quelques dizaines d’opérations de tenue de compte, d’épargne compréhensible, de crédits raisonnables... En y ajoutant quelques outils de base à destination des entreprises Michu & fils, on couvre utilement les besoins de la majeure partie des acteurs économiques.

Nous savons que ce discours - tant sur la nécessité de séparer les choses que de renoncer au profit comme une fin en soi - est aujourd’hui inaudible pour des raisons de puissance et de pouvoir. Mais au-delà, il est parfaitement audible en termes stratégiques sur une vision à plus long terme : la taille critique n’est pas la même en banque de détail qu’en banque de financement et d'investissement, les besoins de proximité et d’internationalisation non plus ; la compétition va s’opérer par spécialités, et donc par typologies de fonds propres. Elle ne se jouera plus au niveau des profits, mais de la confiance que les clients accorderont à leur banque.

Au-delà de ces convictions, notre croyance profonde est que la « banque universelle » doit opérer un mouvement vers la « banque responsable » et assumer un métier d’intermédiation transparente et claire entre les acteurs économiques. Le secteur bancaire, comme tous les autres, ne pourra se réhabiliter qu’à condition de remettre au centre l’éthique, et donc son utilité sociétale : non pas - uniquement - par son résultat par trimestre, son ratio d’emploi de travailleurs handicapés, ses actions en quartiers sensibles ou ses émissions de gaz à effet de serre, mais tout d’abord par son service rendu et la confiance qui l’accompagne.

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