Les systèmes de paiement sans contact s’imposent en Espagne

le 05/12/2013 L'AGEFI Hebdo

Caixabank s’est montrée précurseur sur un marché prometteur mais nécessitant des investissements informatiques colossaux.

Espagne semble décidée à faire évoluer ses systèmes traditionnels de paiement vers une version sans contact. Même si celle-ci est cantonnée aux transactions de moins de 20 euros – au-delà desquels le code pin est obligatoire – la formule s’étend comme une toile d’araignée en Espagne et toutes les grandes banques s’y mettent : BBVA, Bankia, Banco Santander. En tête : Caixabank, qui possède l’un des plus importants réseaux de paiement sans contact en Europe, avec 2,7 millions de cartes émises.

Pour en arriver là, Caixabank a tiré parti d’un véritable besoin de changement dans les habitudes en commerce de détail. « Seulement 17 % des dépenses des familles espagnoles s’effectuent par carte, contre plus de 30 % en Europe », explique un porte-parole. Pour des achats de moins de 20 euros, les Espagnols préfèrent l'argent liquide. Ceux-ci représentent 79 milliards d’euros, « soit 35 % du trafic monétaire », selon Caixabank. C’est dans cette brèche que s’est introduite la troisième banque d'Espagne en lancant le paiement sans contact en 2011 : tout d’abord aux Iles Baléares puis à grande échelle à Barcelone en 2012. Les résultats du projet pilote, lancé à Sitges en 2010, avaient auparavant convaincu la banque espagnole : « Les clients ont augmenté de 30 % leurs transactions et de 23 % en moyenne leurs achats par carte », explique Caixabank.

Le principe est, en plus, très simple : d’un côté une carte dotée de la technologie NFC (near field communication) et de l’autre un terminal de lecture. Plus besoin de code secret pour des achats de moins de 20 euros, il suffit de passer sa carte de crédit devant le lecteur. Une connection Internet ou 3G relie le terminal à la banque et le tour est joué. « Les terminaux 'contactless' peuvent lire les cartes traditionnelles ou les cartes 'contactless', émises par n’importe quelle banque. Ensuite, les données sont transmises à la banque comme d’habitude. Depuis des années, nous opérons 'on line' et non pas 'off line', comme en France où les données sont collectées une fois par jour. En Espagne, le compte est débité au moment de la transaction », précise Caixabank. Seul changement nécessaire : modifier les systèmes « pour accepter des transactions de cartes sans validation du code pin de la part du client ainsi que des mécanismes additionnels pour contrôler la fraude », indique Banco Santander.

9 millions d’euros à Barcelone

Changer tous les terminaux de lecture des commerces et distribuer des cartes contactless représente toutefois un investissement considérable. Pour faire de Barcelone la première ville européenne contactless, la Caixa a investi 9 millions d’euros pour émettre un million de cartes, équiper 500 distributeurs de technologie contactless et distribuer des nouveaux terminaux dans 15.000 commerces.

A l’échelle du pays, le défi à relever est de passer 45 millions de cartes en circulation à la technologie NFC et de remplacer 1,2 million de terminaux, selon Luis Garcia Cristobal, directeur général de Visa Europe pour l’Espagne et le Portugal. « C’est un investissement énorme », souligne-t-il. Certains groupes, tels que Repsol, les magasins Caprabo, les taxis de Barcelone et Visa Europe ont accompagné Caixabank dans sa campagne du paiement sans contact. Pour Repsol, l’installation du nouveau système fut très simple : le groupe a remplacé l’ancien lecteur de cartes tout en adaptant le système informatique « pour pouvoir lire les cartes 'contactless' et installer une certification bancaire pour garantir la sécurité des opérations », explique Sebastian Mussini, directeur des moyens de paiement chez Repsol. Pour lui, ce nouveau mode de paiement a deux avantages : « Nous croyons que le marché va évoluer vers des paiements avec cartes sans contact et via des portables. Pour nous, gérer de l’argent liquide comporte des coûts mais aussi des risques. Nous préférons avoir moins de liquide ».

Lutte contre l'économie parallèle

Luis Garcia Cristobal est aussi de cet avis : « La Commission européenne estime que la gestion de l’argent liquide coûte cher. En plus, la lutte contre l’économie parallèle est une priorité ». Selon lui, 200 milliards d’euros échapperaient au fisc en Espagne.

Le système semble ainsi être paré de tous les avantages, d’autant qu’un accord mondial a été passé entre les fabricants de terminaux et de téléphones, les opérateurs de téléphonie, les marques et les émetteurs de cartes qui ont misé sur la technologie NFC. Mais « pour les portables, de nombreuses technologies de paiement existent et aucune ne s’est encore imposée », remarque toutefois Sebastian MUssini. De fait, le choix du fabricant de téléphone Apple n’est pas encore connu, et il sera déterminant.

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