Pour survivre, WestLB se mettra au service des autres banques

le 24/02/2011 L'AGEFI Hebdo

Avec cette restructuration, c’est tout le système des banques régionales allemandes qui est concerné. Les conséquence sont financières, politiques et sociales.

Qui a besoin de WestLB, la banque régionale allemande en crise depuis plus de dix ans et sauvée à plusieurs reprises de la faillite ? Personne, répond en substance une commission d’enquête du gouvernement allemand sur l’avenir des banques. Dans leur rapport, rendu public la semaine dernière, les experts dirigés par le professeur Daniel Zimmer, de l’université de Bonn, estiment que les deux établissements à problèmes de la finance outre-Rhin, Hypo Real Estate (HRE), nationalisé l’an dernier, et WestLB, n’apportent « aucune plus-value indispensable au fonctionnement de notre économie ». Les prestations offertes par ces établissements pourraient facilement être fournies par les autres banques et caisses d’épargne du pays. Mieux vaut donc démanteler HRE et WestLB, estiment les experts, plutôt que de prolonger leur survie à coup de milliards d’euros supplémentaires.

L’édifice ébranlé

Alors que l’avenir de HRE demeure en suspens, celui de WestLB est désormais entre les mains de Joaquin Almunia, le commissaire européen à la Concurrence. Il avait demandé aux autorités allemandes de lui présenter, le 15 février au plus tard, un plan de restructuration de cette banque régionale sous peine de devoir rembourser de 3,4 milliards d’euros d’aides publiques reçus indûment durant la crise financière. Joaquin Almunia a maintenant jusqu’à l’été pour examiner les trois options que lui ont présentées les autorités allemandes et rendre son verdict. L’affaire est hautement politique car elle met en cause les structures du marché bancaire allemand. Celui-ci demeure dominé par des caisses d’épargne et des banques régionales détenues par les Etats régionaux et les communes. Une particularité en Europe, mais qu’aucun gouvernement allemand n’a jamais osé remettre en cause.

Cette fois, l’édifice est ébranlé. Pour la première fois, le démantèlement d’une grande banque publique régionale devient envisageable. Le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, met certes en garde devant les conséquences imprévisibles d’une fermeture de WestLB, le numéro trois des Landesbanken, parce que « personne ne peut évaluer les ramifications d’une banque gérant 220 milliards d’euros d’actifs ». Parallèlement, les autorités se soucient de l’avenir des 5.000 emplois que compte cet établissement.

« Ce qu’il en restera »

Parmi les trois options présentées à la Commission, Berlin favorise celle qui propose de réduire WestLB à une sorte de prestataire pour les caisses d’épargne de l’Etat régional de Rhénanie-du-Nord-Westphalie. Doté d’un capital de 3 milliards d’euros, également réparti entre les caisses d’épargne régionales et les fédérations de caisses d’autres régions, le nouvel établissement serait réduit à 50 milliards d’euros d’actifs, soit moins d’un quart de son bilan actuel. La région, encore actionnaire à hauteur de 50 %, n’y détiendra plus aucune part, conformément aux exigences de Bruxelles. Une première en Allemagne où la plupart des Länder défendent bec et ongles leurs participations dans des banques publiques (Landesbanken) qui leur servent à financer leur politique industrielle, quitte à accumuler des pertes.

Selon les vœux de Berlin, la nouvelle WestLB, rebaptisée Verbundbank, se concentrerait exclusivement sur la gestion de liquidités pour la centaine de caisses d’épargne de sa région et pourrait, le cas échéant, servir de conseiller aux PME. En revanche, toutes les autres activités, notamment le financement de grands projets d’infrastructures, sa filiale immobilière WestImmo et le trading, seraient cédées à des acheteurs privés ou évacuées vers la structure de défaisance du groupe (bad bank). L’option, également présentée, d’une vente de la banque à des investisseurs privés est peu réaliste. Les prétendants, dont les sociétés d’investissement Blackstone et Apollo, auraient exigé des garanties trop importantes, concernant notamment les 77 milliards d’euros d’actifs pourris transférés dans la structure de défaisance. Selon les autorités politiques de la Rhénanie, « tout milite » donc pour une réduction de WestLB à ce que les médias appellent ironiquement une « RestLB » - pour ce qu’il en restera. Sur les 5.000 salariés du groupe, seuls un millier serait repris dans la nouvelle Verbundbank. La région s’apprête à préparer un plan social pour les 4.000 autres. Reste que cette mort lente d’une Landesbank n’a pas fini de peser sur les budgets publics. Les experts évaluent les besoins de financement à plusieurs milliards d’euros. La répartition exacte de ces charges fait encore l’objet de négociations.

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