Le statut perdu des caisses d’épargne espagnoles

le 07/03/2013 L'AGEFI Hebdo

Contraintes de couvrir leur exposition à l’immobilier, elles sont aussi privées de leur spécificité.

Une agence de la Caixa Catalunya à Madrid. Photo: Bloomberg

L’adage selon lequel on trouvait en Espagne un bar et une caisse d’épargne (caja) à chaque coin de rue a perdu de son sens. Sous le coup d’un vaste processus de fusion débuté en 2010, le nombre de cajas est passé de 45 à une douzaine. La plupart ont été nationalisées ou ont obtenu des aides publiques. En septembre dernier, l’auditeur américain Oliver Wyman les a réparties en deux catégories. Dans le premier groupe, on trouve les caisses d’épargne reprises par l’Etat, telles que Catalunya Bank, Banco de Valencia, Bankia et NCG Banco (NovaCaixaGalicia). Le second groupe rassemble celles qui avaient besoin de renforcer leurs fonds propres pour être viables - comme Ibercaja, Ceiss, Caja3, Liberbank, Banco Marenostrum (BMN), Caja del Duero.

L’objectif du grand et récent nettoyage (lire l’entretien) doit aussi permettre « des économies d’échelle » et un meilleur accès aux financements des marchés, souligne Joaquín Maudos, professeur à l’Institut de recherches économiques de Valencia (IVIE), qui estime que « 17 milliards d’euros ont été perdus, comptant désormais comme déficit public » au gré des aides. Toutefois, si le système doit devenir plus rentable, reconnaît Silvia Paternain, directrice globale du groupe de droit fiscal du cabinet Freshfields en Espagne, « les services financiers vont être plus chers pour les clients » et les risques seront désormais plus concentrés.

Un assainissement douloureux

En outre, le statut même des caisses d’épargne est perdu. Seules deux petites entités, Caja Ontinyent et Colonya Caixa Pollensa, continuent d’opérer sous cet ancien statut. Les autres « vont devenir des fondations, propriétaires de banques », commente Joaquín Maudos. Cette réforme, qui doit s’appliquer d’ici à l’été, est facilitée par la séparation qui l’a précédée - entre la caisse d’épargne elle-même et l’établissement bancaire. Toute caisse détenant plus de 10 % de capital d’une banque deviendra une fondation, quelle que soit son état de santé, mais avec des exigences réglementaires (protocole de gestion fonds de réserve, besoins en fonds propres, etc.) croissant avec la part de capital détenu.

Obligées par le gouvernement espagnol à réaliser 84 milliards d’euros de provisions, les banques espagnoles ont toutes vu leurs bilans fondre à vue d’œil. Mais les caisses d’épargne restent le talon d’Achille du secteur financier espagnol. Soumises aux exigences de provisions et de recapitalisation, les cajas ont affiché en 2012 d’énormes pertes. Vendue aux enchères à Caixabank, Banco de Valencia a enregistré 3,6 milliards d’euros de pertes contre 886,8 millions en 2011. Quant à Bankia, issue de la fusion en 2010 de sept caisses d'épargne très largement exposées à l'éclatement de la bulle immobilière en 2008, elle a publié le 28 février une perte nette de 19,2 milliards d'euros au titre de 2012. La banque, qui a constitué 26,8 milliards d'euros de provisions l'an dernier, et sa société mère, BFA, ont enregistré une perte après impôt de 21,2 milliards. Enfin, selon El Pais, Catalunya Banc pourrait avoir fini l’année 2012 avec 11 à 12 milliards d’euros de pertes et NCG Banco entre 7 et 8 milliards.

Ces quatre entités ont reçu au total 36 milliards d’euros d’aides publiques, dont 18 milliards pour BFA-Bankia. En échange, elles ont dû réaliser des plans drastiques de restructuration et transférer leurs actifs toxiques à la Sareb, la « bad bank » espagnole. Quant aux banques du groupe 2, elles vont devoir assainir leur situation cette année. Le Frob (fonds de restructuration des banques) doit leur injecter 1,8 milliard d’euros de fonds européens. On sait que Ceiss sera nationalisée ou fusionnera avec Unicaja, que Liberbank devrait être cotée en Bourse mais on ne sait pas encore ce qu’il adviendra de NCG Galicia ou Marenostrum.

Cette réforme a été très coûteuse pour l’Etat espagnol qui a dû demander une aide de Bruxelles de 43 milliards d’euros pour assainir les cajas. Elle était néanmoins nécessaire, même si elle a tardé et pesé en partie sur le contribuable, rappelle Silvia Paternain qui estime que « la restructuration professionnalisera les caisses souvent mal gérées par le passé ». Les liens particuliers des cajas avec les régions n’y sont pas pour rien. « Il était nécessaire de dépolitiser le secteur, souligne Joaquín Maudos. La prochaine réforme devrait réduire encore plus leur politisation et améliorer leur gestion. » C’est d’ailleurs l’objectif du projet de loi portant sur les fondations bancaires : les caisses devront réduire la dimension de leur bilan, parfois jusqu’à hauteur de 60 %, concentrer leurs activités bancaires dans leurs territoires respectifs et opérer comme des banques au détail destinées aux particuliers, familles et petites et moyennes entreprises.

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