Standard Chartered entend poursuivre son offensive en Asie

le 02/02/2012 L'AGEFI Hebdo

En dépit du ralentissement économique, la banque britannique compte sur sa croissance organique, sans s’interdire des acquisitions ciblées.

Standard Chartered survole les difficultés européennes avec toute l’aisance d’une banque essentiellement concentrée sur les économies émergentes d’Afrique, du Moyen-Orient et d’Asie. L’établissement britannique, qui peut se vanter d’un bilan impeccable avec de hauts niveaux de financement et de liquidités, fait même partie du cercle très fermé des banques dont la note a été revue à la hausse depuis la crise financière par les trois agences dédiées. « Il est certain que la très bonne réputation du management constitue un sérieux atout pour les investisseurs qui y voient une société solide », estime Keith Bowman, analyste actions de Hargreaves Lansdown.

Dotée d’une exposition minime aux économies de la zone euro, StanChart, dont plus des deux tiers des profits proviennent du continent asiatique, reste néanmoins attentive aux répercussions de la crise. Les contraintes réglementaires pourraient aussi l’impacter : « Son bilan comporte un frein réglementaire à hauteur de 400 à 500 millions de dollars correspondant à la taxe bancaire imposée par le gouvernement britannique depuis le 1er janvier 2011, mais aussi à la perte de revenus liée à des exigences de liquidités plus sévères, explique Ian Smillie, analyste de RBS. Et si elle venait à entrer en vigueur, la réglementation contenue dans le rapport de la commission bancaire britannique en matière de fonds propres pourrait aussi lui coûter quelques millions d’euros après impôts. » Son salut continue donc à passer par le continent asiatique où l’établissement bénéficie du départ de nombre de ses concurrents, concentrés sur l’allègement de leurs bilans. Dirigée par Peter Sands, elle a ainsi acquis le portefeuille de cartes de crédit de Barclays en Inde. Cela va lui permettre d’augmenter sa base de clientèle de quelque 15 % et la projeter à la cinquième position du secteur local : « Notre ambition est de croître essentiellement de manière organique sans pour autant nous interdire quelques acquisitions ciblées », indique Jonathan Tracey, porte-parole de StanChart.

Croissance et recrutements

Alors que JPMorgan Chase et Morgan Stanley ont annoncé des suppressions d’emplois en Asie, la banque entend continuer à recruter, après avoir déjà embauché quelque 2.000 personnes l’an dernier. Malgré sa bonne santé, les analystes font observer que le ralentissement de la croissance dans les pays asiatiques pourrait avoir des conséquences adverses sur sa rentabilité. Si le groupe a enregistré une croissance des revenus à deux chiffres à Singapour, à Hong Kong, en Chine ou encore en Indonésie au cours du premier semestre, d’autres marchés n’ont pas suivi cette tendance.

Dans une étude, Anil Agarwal, analyste de Morgan Stanley, pointait ainsi du doigt la contre-performance réalisée sur le marché indien, lequel a réalisé une baisse de ses recettes et profits au premier semestre 2011 à hauteur respectivement de 12 % et 40 %. Désigné par StanChart dès 2002 comme l’un des pays, avec la Chine, susceptible de transformer les activités asiatiques de l’établissement, le pays avait même dépassé Hong Kong en 2010 au rang des plus gros contributeurs de profits. « L’Inde a constitué ces dernières années le moteur clé de la croissance, mais il a considérablement ralenti au premier semestre 2011 et devrait rester sur cette tendance sur le court ou moyen terme », souligne ainsi l’analyste. Hausse des taux d’intérêt, sentiment négatif de la clientèle et modifications de la réglementation en matière d’activités locales (onshore) ont ainsi affecté StanChart, dont les activités en Inde sont essentiellement tournées vers le marché de gros : « En revanche, nos activités offshore, qui sont 2,5 fois plus importantes que les activités onshore, ont réalisé de très bons résultats », fait observer le porte-parole de la banque. Les analystes se montrent aussi sceptiques quant à la capacité de Standard Chartered à améliorer ses marges : « Nous avons d’ores et déjà réalisé une réappréciation des prix sur nos prêts, en Inde à hauteur de 40 points de base (pb) et de 76 pb en Corée », rassure le porte-parole. Débarrassée des problèmes de grève affectant sa filiale sud-coréenne, la banque entend donc poursuivre son offensive sur le continent asiatique. Un rapport publié récemment par la banque pronostiquait que d’ici à 2030, la Chine serait la plus grosse économie mondiale, suivie des Etats-Unis et de l’Inde. De quoi rassurer sur la pertinence de la stratégie de StanChart.

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