Standard Chartered cherche à remonter sur son piédestal

le 13/02/2014 L'AGEFI Hebdo

Après sa réorganisation, la banque britannique va devoir prouver dès cette année qu’elle peut renouer avec une solide croissance de ses revenus.

Etre et avoir été. Considérée comme l’une des banques les plus stables au cours de la crise financière, Standard Chartered (« Stanchart »), qui tire deux tiers de ses revenus et de ses résultats nets de l’Asie, s’est distinguée par les plus mauvaises performances du secteur bancaire mondial au cours des douze derniers mois. Son cours sur actif net – rapport entre sa capitalisation boursière et son actif net – a été réduit de moitié entre 2007 et 2013.

La descente aux enfers a démarré durant l’été 2012 : la banque a dû payer une amende de 667 millions de dollars pour avoir contourné les sanctions américaines contre l’Iran. Pour l’exercice 2013, dont les résultats seront communiqués le 5 mars, c’est l’opérationnel qui pose problème. Alors que ses revenus ont progressé de 4 % au premier semestre, une croissance nulle est finalement attendue sur l’année.

Selon Ian Gordon, analyste d’Investec, la compression des marges dans le financement du commerce international, en plus d’activités de marchés pénalisées – en particulier sur les taux –, expliquent en grande partie cette faiblesse : « Il faut aussi y ajouter des mouvements contraires des devises étrangères, en particulier la roupie indienne et le dollar de Singapour, et l’augmentation des créances douteuses sur le marché coréen, conséquence du dispositif de réhabilitation de la dette personnelle à l’initiative du gouvernement de ce pays. » La banque a d’ailleurs déprécié sa division sud-coréenne à hauteur d’un milliard de dollars. Sans surprise, le groupe s’attend à dégager en 2013 des bénéfices imposables 7 % au-dessous de ceux de 2012, soit le premier déclin depuis 2001… L’objectif d’une croissance des revenus à deux chiffres a également été abandonné pour les prochaines années.

Réorganisation au sommet

Standard Chartered a cependant pris des mesures. En janvier, le groupe a procédé à une réorganisation de ses activités et de sa direction. Fidèle parmi les fidèles, le directeur financier Richard Meddings ainsi que Steve Bertamini, le directeur de la division de banque de détail, ont quitté l’entreprise. Mike Rees, anciennement en charge de la division de banque de gros, qui constitue 75 % des revenus du groupe, a pris le poste nouvellement créé de numéro directeur général adjoint. La banque, jusqu’à présent séparée entre une activité de gros et une activité de banque de détail, sera réorganisée autour de trois divisions : entreprises et institutionnels, PME et clients de banque privée, particuliers. Aucun objectif de réductions de coûts n’a été associé à cette initiative, faisant encore plonger l’action de Stanchart, dont le cours a baissé de plus de 20 % en 2013.

Dès lors, les rumeurs de rachat fusent, provoquant la montée au créneau de Peter Sands, son directeur général, balayant d’un revers demain ce « n’importe quoi spéculatif ». Il faut dire que la taille du groupe limite le nombre des acheteurs potentiels : Stanchart, dont la capitalisation boursière atteint 54 milliards de dollars pour des actifs de 650 milliards de dollars, n’est pas une proie facile dans un contexte de renforcement réglementaire à l’égard des banques systémiques. Dans une étude, Credit Suisse a écarté l’hypothèse d’une reprise par JPMorgan et Santander, dont les noms avaient circulé, au bénéfice des banques asiatiques : « Les banques chinoises ICBC et CCB trouveraient sans doute plus facile de digérer Standard Chartered étant donné leur taille relative, tandis qu’il s’agirait d’une fusion entre égaux pour ANZ, souligne l’étude. Le deal apparaît meilleur pour les banques japonaises. »

Les inquiétudes vont aussi bon train sur les fonds propres du groupe. La banque, qui a levé un total de 16 milliards de dollars au cours des quatorze dernières années, pourrait réaliser une nouvelle levée de fonds cette année, ce que dément son directeur général. Les analystes de Credit Suisse, qui s’inquiètent du déclin de son ratio de solvabilité, ont estimé le besoin de capital à 7,5 milliards de dollars. Toutefois, la banque devrait pouvoir renouer avec des revenus plus solides en 2014. « Dans la division de gros, il faut s’attendre à une reprise de la croissance de -0,2 % en 2013 à +10,4 % en 2014, conséquence en particulier de la normalisation des conditions d’activité sur les marchés financiers et la non-récurrence d’un certain nombre de vents contraires », estime Ian Gordon.

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