Entretien avec... Marie-Christine Jolys, associée responsable réglementation bancaire chez KPMG

« Ce sont les finances publiques qui vont mal aujourd’hui »

le 28/06/2012 L'AGEFI Hebdo

Pouvait-on déceler fin 2011 l’impact actuel de la crise souveraine sur les banques ?

Non. Il était sous-estimé. L’Autorité bancaire européenne a évalué les besoins en fonds propres des banques pour couvrir leurs risques sur les expositions aux dettes souveraines. Sur les treize établissements soumis à ce test dans notre échantillon, neuf respectaient l’exigence de ratio Core Tier one de 9 % à la fin de l’année. Parmi les quatre autres, UniCredit et Commerzbank annonçaient vouloir réduire leurs risques pondérés. Quant aux espagnols Santander et BBVA, ils affirmaient pouvoir être à niveau cette année. Désormais, on ne peut plus travailler de façon statique. Les présidents des banques évoquent la crise de la dette souveraine depuis 2010 mais n’en prévoyaient pas à cette date la mesure. Les banques sont les créanciers de leurs Etats : ce sont les finances publiques qui vont mal aujourd’hui, et ces dernières sont soit en première ligne comme en Italie, soit en deuxième ligne comme en Espagne qui connaît une crise immobilière sans précédent. La situation n’est pas celle de 2008 où les banques prenaient leurs pertes du fait d’activités risquées.

Les banques vont-elles délaisser la dette des Etats ?

Détenir de la dette de l’Etat où l’on a son siège est une donnée générale. Certains établissements se sont en revanche délestés de dettes d’autres pays de la zone euro. Il n’est toutefois pas impossible que les banques augmentent leur exposition aux dettes souveraines en tirant parti de la facilité de crédit peu onéreuse accordée par la Banque centrale européenne (la LTRO, long term refinancing operation) : d’une part, l’échelle des risques souverains au sein de l’Union européenne a été revisitée et l’on prête dorénavant à des taux qui rémunèrent le risque souverain pris ; d’autre part, le ratio LCR (liquidity coverage ratio) voulu par Bâle III les encourage à maintenir un certain niveau de dette souveraine. Mais elles sont désormais plus sélectives quant aux dettes d’Etat dans lesquelles elles investissent.

Faut-il s’attendre à une explosion du coût du risque sur les créances privées ?

En 2011, la crise des Etats n’a pas eu de répercussion sur l’économie réelle. Le premier trimestre 2012 a encore été bon en termes de coût du risque. Mais à partir d’avril, il semble que les risques de crédit augmentent, parfois de façon brutale, allant au défaut. Ce phénomène dépasse les pays déstabilisés par la crise de la dette souveraine et est jumelé avec une baisse de la demande de crédits, qui peut s’expliquer en partie par plusieurs échéances électorales en Europe. Nous devrions lire la dégradation de la situation dans les comptes du deuxième trimestre, mais dans quelle proportion ?

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