Les sociétés de recouvrement espagnoles dopées par la crise

le 16/01/2014 L'AGEFI Hebdo

Les créances douteuses se multiplient en Espagne. Leur gestion par les banques et par les fonds est critiquée.

Encore un record battu pour les impayés en Espagne : en octobre dernier, le taux de créances douteuses atteignait 13 % du total des crédits

(voir le graphique). Les agences de recouvrement de dettes en profitent. « On en compte actuellement 1.000 », explique José Maria de Gregorio, le gérant de l’Association nationale des entités de gestion de recouvrement (Angeco), contre 800 en 2011. Selon lui, plus de 100 milliards de dettes impayées provenant des banques ont été gérées par les 50 entreprises inscrites dans son association, l’équivalent de 33 millions de dossiers d’impayés. « Depuis 2008, le nombre de dossiers à traiter a augmenté de 10 % annuellement », souligne-t-il. Rien d’étonnant, puisque le taux d’impayés est passé de 0,46 % en 2006 à 13 % en 2013.

Si de plus en plus de banques externalisent la gestion du recouvrement, certaines ont choisi d’autres alternatives. Bankinter a créé en 2012 un département de « contrôle des incidences » pour agir dès les premiers signes de non-paiement. Caixabank et Bankia, elles, ont renforcé leur personnel. Cette dernière a notamment ouvert des agences spécialisées dans le recouvrement des dettes, appelées centres de liquidation et de récupération (CLR) à Valence et prévoit d’en ouvrir deux autres, en Catalogne et en Andalousie « afin que le personnel d’agences puisse avoir plus de temps à consacrer aux activités commerciales », précise-t-on en interne.

Ce n’est pas la seule initiative prise par Bankia. La banque a cédé au groupe Cerberus Capital Management la « gestion en exclusivité des actifs immobiliers et de prêts promoteurs pour les dix prochaines années » et lui a vendu un important portefeuille de créances douteuses de PME et de crédits à la consommation. Banco Santander, de son côté, a passé un accord avec le fonds américain Apollo pour gérer sa plate-forme de récupération de crédits et d’actifs immobiliers Altamira.

Cédées avec 90 % de remise

Depuis 2012, les opérations se multiplient, notamment la vente de portefeuilles de créances douteuses à des fonds comme Cerberus, Apollo, Lindorff, Centerbridge, Värde Partners et Kennedy Wilson. En 2012, la valeur de ces portefeuilles s’élèverait à plus de 5 milliards d’euros. BBVA et Santander auraient vendu 1,5 milliard de crédits douteux à des fonds en 2012, précise la presse espagnole, information que les deux banques ne souhaitent pas confirmer. Car les ristournes sur la valeur de ces portefeuilles sont impressionnantes. Selon Robert Tornabell, professeur de finances à l’ESADE Business School, « Banco Sabadell a vendu un portefeuille de créances douteuses avec une remise de plus de 90 % ». En décembre dernier, la banque cédait des crédits pourris d’une valeur de 632  millions d’euros pour 41,22 millions d’euros, soit seulement 7 % de leur valeur nominale.

Robert Tornabell explique que « ces crédits sont très difficiles à récupérer », notamment en ce qui concerne les dettes à long terme, dont le taux de récupération est estimé entre 4 % et 6 %, selon le gérant d’Angeco. Obligées depuis février 2012 à provisionner leurs pertes, les banques espagnoles n’hésitent guère. « Ca n’a vraiment aucun sens qu’un établissement financier consacre ses meilleures ressources à une activité qui n’est pas son cœur de métier », souligne Rafael Gonzalo, directeur de Link Finanzas, une entreprise britannique, qui achète et gère des portefeuilles de créances de banques ou de caisses d’épargne espagnoles depuis 2003. Selon lui, les bonnes opportunités se rarifient : « Les banques sont actuellement dans une position très commode parce qu’il y a beaucoup d’acheteurs ».

« On en revient aux origines de la crise » car, en réalité, poursuit Robert Tornabell, « ces fonds ne gèrent pas les créances, mais ils achètent la dette des entreprises pour en prendre le contrôle. Ensuite, ils la revendent ». Assisterait-on à la formation d’une bulle ?, comme le prétend Rafael Gonzalo qui souligne que « le marché est relativement cher parce que la situation macroéconomique en Espagne attire les fonds opportunistes ».

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