Société Générale - S’adapter coûte que coûte

le 13/10/2011 L'AGEFI Hebdo

Réduction du bilan et maîtrise des coûts, les actions structurelles sont lancées.

photo : Chris Ratcliffe/Bloomberg

Société Générale a perdu de sa superbe mais tient encore sur ses trois piliers : la banque de financement et d’investissement (BFI), la banque de détail en France et les réseaux à l’étranger. Son plan « Ambition SG 2015 a été communiqué en juin 2010 alors que la réglementation n’était pas stabilisée et qu’elle avait pris pour hypothèse que la banque serait en moyenne de cycle en 2012, rappelle Sylvie Dalmaz, analyste crédit de Standard & Poor’s (S&P). Désormais, les contraintes de Bâle III sont plus claires. Après cet été de défiance envers les banques françaises, Société Générale accélère sa transformation, fruit d’une réflexion antérieure. » Pour Eric Dupont, senior director de Fitch Ratings, « un nouveau tournant est pris » : Frédéric Oudéa, PDG depuis 2009, a lancé le 12 septembre « des actions structurelles ». Objectif : dégager 4 milliards d’euros de fonds propres pour parvenir à un ratio Core Tier one (fonds propres durs) Bâle III « bien supérieur » à 9 % fin 2013. « Nous n’avons pas de doute sur sa capacité à l’atteindre. Toutefois, nous estimons que le ratio Fitch Core Capital / Risques Pondérés devrait être au minimum de 10 % pour les grandes banques bien notées, et plus encore pour celles qui ont une activité de BFI importante… » BNP Paribas et Crédit Agricole ont d’ailleurs aussi pris des mesures pour améliorer leurs ratios de solvabilité. « De manière générale, les banques vont devoir passer en revue de façon plus régulière leurs métiers en perspective de Bâle III, avance Sylvie Dalmaz. En la matière, Société Générale est déjà allée assez loin. »

Des métiers sous contrainte

Parmi les métiers qui ne sont plus « cœur », les services financiers spécialisés (crédit à la consommation, financement des biens d’équipement professionnels, location longue durée) seront arbitrés par marchés. « Consommateur de fonds propres et de liquidités, très régulé et très local, le crédit à la consommation n’est plus une activité attractive pour un acquéreur, remarque toutefois Nicolas Chapis, associé responsable de l’activité Financial Services de Kurt Salmon. Société Générale peut quand même trouver preneur par appartements à l’étranger, mais ne touchera probablement pas à sa branche française, sauf obligation. »

Autre pôle désigné : Global Investment Management and Services. A part la banque privée, tous ses métiers - les services titres (SGSS), la gestion américaine TCW (à 80 % Société Générale) ou Newedge - font l’objet de rumeurs. « Pour dégager 4 milliards d’euros de fonds propres, aucune des activités citées ne suffit à elle seule », tranche Nicolas Chapis. Pour Newedge, courtier codétenu avec Crédit Agricole, une reprise par ce dernier serait logique. Mais « d’autres schémas sont envisageables, notamment aux côtés d’un autre partenaire qui pourrait être intéressé par la base de clientèle et leurs dépôts », estime celui-ci. L’ouverture à un tiers a aussi été envisagée pour Amundi, la filiale de gestion d’actifs de Société Générale (25 %) et Crédit Agricole, dès sa création. Les deux partenaires devront donc trouver leur intérêt respectif.

La banque de détail à l’international (BDDI) reste en revanche un des piliers du groupe, dès lors que ses implantations disposent de 7 % à 10 % de part de marché. Mais elle souffre. Frédéric Oudéa a de ce fait annoncé des réductions d’effectifs, déjà en cours dans certains pays. L’essentiel sera supporté par la Russie : 2.000 suppressions de postes liées à la fusion des activités. « C’est un marché porteur de croissance, mais qui reste difficile, note Sylvie Dalmaz. Il est tenu par de grandes banques publiques qui ont des objectifs d’expansion. Peu d’acteurs étrangers y sont encore présents. » Si le groupe enregistre « un début de reprise » en Roumanie, celle-ci serait aussi concernée par l’« amélioration de la productivité », comme la Pologne et l’Egypte. Par ailleurs, en République Tchèque, le bénéfice net de sa filiale Komercni Banka a chuté de 368 % au deuxième trimestre…

Pour l’analyste de S&P, un des éléments clés des annonces de septembre réside dans la cession des actifs toxiques qui doit libérer jusqu’à 1,3 milliard d’euros de capital d’ici à 2013. Le retrait annoncé des financements à long terme (aéronautique, commerce maritime ou international…) et de certains pays touche un autre pilier fondateur. La réduction de 60 à 80 milliards d’euros du montant des actifs pondérés du risque du groupe se fera pour moitié en BFI. « La diminution de 5 % de sa base de coûts, avec la réduction des activités affectées par les nouvelles réglementations ou faiblement génératrices de synergies, est une annonce importante, insiste Sylvie Dalmaz. Une réflexion de fond a été menée à ce sujet, mais cela répond aussi à la nécessité de s’adapter rapidement à la difficulté d’accès aux dollars, que nous considérons comme une contrainte durable. » Comme les exigences de Bâle III, cela infléchit finalement le plan Ambition SG 2015. De plus, le groupe a indiqué qu’il n’atteindrait pas son objectif de résultats 2012.

Un avenir sans garantie

L’agence Moody’s reste prudente sur son profil de liquidité, maintenant ses notes de BFSR (Bank Financial Strength Rating) sous surveillance négative. Mais Société Générale prévoit une baisse de ses besoins de 75 à 95 milliards d’euros d’ici à 2013, soit environ 10 % de son bilan financé, grâce aux cessions d’actifs (25 à 35 milliards) et au recalibrage de sa BFI (50 à 60 milliards). Pour la part dollars, « tant qu’il existe des liquidités en euros et qu’elles peuvent être ‘swapées’ (échangées, NDLR), il n’y a pas de problème, estime Eric Dupont. En outre, le marché interbancaire est toujours ouvert et le ‘repo’ (accords de rachats, NDLR) auprès des banques centrales reste une option. » Les besoins en billets verts du groupe (60 milliards de dollars au 31 août) seront de toute façon réduits de 50 milliards, dont les trois quarts d’ici à la fin de l’année. Quant au financement à moyen-long terme (26 milliards d’euros en 2011), il chutera de plus de 50 % l’an prochain par la réduction de la taille du bilan. « Le groupe a commencé à émettre pour 2012, indique Eric Dupont. A ce stade, nous ne sommes pas spécialement inquiets. » Il doit néanmoins adapter ses supports de refinancement. « Pour une banque de sa nature, les placements privés restent un point fort. Par ailleurs, un usage croissant des ‘covered bonds’ (obligations sécurisées, NDLR) est un sujet de réflexion commun à tous les groupes », explique Sylvie Dalmaz.

« Le vrai sujet n’est pas en soi la taille du bilan, mais le niveau de fonds propres rapportés aux risques pondérés. Les banques françaises doivent convaincre qu’elles pourront rapidement augmenter leur capital par la mise en réserve de leurs résultats, souligne Eric Dupont. L’intervention de l’Etat reste une possibilité ; elle se ferait probablement auprès de toutes les banques. Comme en 2008, cela rassurerait les marchés sans mettre à l’index un des établissements. » Moody’s estime qu’en tant qu’établissement systémique, la probabilité que Société Générale soit aidée par l’Etat est « très élevée », comme les autres français.

Impliquée en Libye, dans la crise financière et le dossier AIG ou des affaires judiciaires en cours, soupçonnée enfin d’être fragilisée par les dettes de la zone euro, la banque rouge et noire reste toutefois la cible des investisseurs américains. En trois mois, elle a perdu environ la moitié de sa valeur boursière. Son exposition souveraine en banking book pour la Grèce, l’Irlande, l’Italie, le Portugal et l’Espagne est en fait limitée à 4,3 milliards d’euros et aurait un impact de 0,05 % sur son ratio Core Tier one en valorisation de marché. Depuis l’affaire Kerviel, Société Générale paye surtout sa mauvaise réputation. « Certaines de ses activités sont attractives, notamment le ‘trading’ dérivés actions, les financements spécialisés, voire la banque de détail en France, et peuvent intéresser des concurrents internationaux », ajoute Nicolas Chapis. La question de son indépendance se pose, même si le contexte préserve aujourd’hui le groupe d’une opération globale. Frédéric Oudéa l’a admis. Mais il n’a pas le droit à l’erreur. Ses annonces constituent « un engagement très liant vis-à-vis du marché », prévient Sylvie Dalmaz.

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