Société Générale prépare une banque à bas coûts pour les pays émergents

le 02/12/2010 L'AGEFI Hebdo

Le modèle expérimenté en Afrique pourrait être déployé en Europe de l’Est et aurait un rôle majeur dans l’atteinte des objectifs du groupe pour 2015.

De Dakar à Bucarest, Société Générale compte capter le potentiel de croissance des marchés émergents. Pour cela, le groupe peaufine un modèle de banque à bas coûts (low cost). Première étape : les pays au sud du Sahara. L’Afrique est sortie relativement indemne de la crise financière et affiche des prévisions de croissance du produit intérieur brut de 5 % par an entre 2009 et 2015. Dans ce contexte, Société Générale espère voir le nombre de ses clients passer de 2,8 à 4,5 millions sur le continent - une progression dans laquelle son offre low cost devrait jouer un rôle central. Le démarrage de cette nouvelle banque est prévu pour 2011. Les pilotes sont en cours d’expérimentation.

Un projet ambitieux

S’il se révèle probant, le modèle sera déployé dans les pays d’Europe centrale et orientale (Peco), où Société Générale revendique 6 millions de clients. Là aussi, ses ambitions sont fortes : elle veut faire partie des trois premiers réseaux en Roumanie, dépassant le cap des 3 millions de clients en 2015, et vise un million de comptes en Europe du Sud-Est (Balkans hors Grèce, Moldavie, Géorgie), soit une part de marché supérieure à 7 % dans cette zone. « Nous voulons être considérés comme une banque locale, martèle Jean-Louis Mattei, directeur de la banque de détail internationale. Nous ne sommes pas une banque élitiste qui ne viserait que les grandes entreprises et la clientèle aisée. » Au-delà des déclarations d’intention, les moyens à mobiliser ne sont pas encore divulgués. Or, les modèles à bas coûts ayant fait leurs preuves nécessitent des investissements importants.

Les transferts d’argent des migrants fournissent une bonne base de développement bancaire. Toutefois, si Société Générale offre déjà des services spécifiques pour les flux entre la France et l’Algérie notamment (facilité d’ouverture de compte, transfert d’argent, création d’une agence de Société Générale Algérie à Marseille, etc.), le groupe ne lie pas pour l’instant cette stratégie avec celle d’une banque low cost. Le projet repose d’abord sur son expérience de banque mobile. Lancée au Sénégal en juin dernier, la solution « Yoban’tel » s’adresse aux détenteurs de téléphones portables, quel que soit leur opérateur : de 10.000 souscripteurs à ce jour, Société Générale compte dépasser les 50.000 au premier semestre 2011 (L’Agefi Hebdo du 16 septembre). A partir de cette offre, sa banque low cost « proposera des services et une facturation simples à un coût modeste, afin d’élargir notre base de clientèle pour l’Afrique subsaharienne », explique Jean-Louis Mattei.

Répondre aux besoins

Dans certains pays d’Afrique, un modèle de low cost « rural » existe déjà. Il repose sur des agences itinérantes reliées par satellite et sur des réseaux de commerçants. Ce qui suppose un minimum d’infrastructures routières et des mesures de sécurité importantes. A l’inverse, il existe un low cost « urbain », dont l’enjeu est de soulager les queues aux guichets, fondé sur l’utilisation d’internet et de cybercafés (comme Icici en Inde et Bradesco au Brésil). Il induit ainsi une forte urbanisation et des réseaux bancaires bien implantés. De l’Afrique aux Peco, le groupe devra s’adapter.

« L’enjeu est de pouvoir répondre aux besoins de la population, rappelle Guillaume Almeras, consultant chez Compass MC. En Afrique, celle-ci voit dans la banque notamment un signe de reconnaissance. Aussi les tarifs ne figurent-ils pas nécessairement au centre de leurs préoccupations. Le transfert d’argent à la famille l’illustre, le migrant recourant aux services plus onéreux de Western Union. » Au-delà de l’Afrique, où la bancarisation apparaît donc comme une marque de développement, la politique de prix reste toutefois essentielle. « Le ‘low cost’ ouvre une nouvelle dimension : le client ne paie que ce qu’il consomme, souligne Guillaume Almeras. C’est un nouveau modèle de facturation pour les banques européennes dont les grilles reposent encore largement sur les packages. » En plein débat sur les tarifs bancaires en France, les options retenues dans les Peco en particulier pourraient, le cas échéant, mériter d’être étudiées. A l’instar de Renault avec son modèle Logan, Société Générale pourrait bien ouvrir la boîte de Pandore.

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