Société Générale et Crédit du Nord en pleine convergence informatique

le 02/06/2011 L'AGEFI Hebdo

Entamé depuis un an, le projet de réunion des systèmes prend une tournure plus opérationnelle avec la création d’un modèle mariant le meilleur de chacun d’eux.

Convergence, c’est le nom du projet de rapprochement des systèmes d’information de Société Générale et de Crédit du Nord, qui constitue l’un des piliers du plan stratégique Ambition SG 2015 dévoilé en juin 2010. Ce dernier vise notamment à doter le groupe bancaire d’un système de distribution multicanal qui renforce la position des réseaux et leur donne le meilleur niveau de satisfaction des clients. Dans ce but, le projet informatique vise à aligner le modèle opérationnel des deux banques pour mettre en place des processus de traitement des opérations bancaires unifiés tout en conservant l’identité des deux marques. A terme, cela devrait permettre d’améliorer le coefficient d’exploitation des réseaux France, qui se situe aujourd’hui à 65 %, à moins de 60 % en 2015.

Depuis un peu plus d’un an, les directions informatiques et métiers se sont mises au travail afin de dessiner un modèle issu des deux systèmes dont chacun détient des points forts. Après le processus réglementaire de concertation interne à la banque, une direction informatique unique menée par François Boucher a vu le jour le 2 mai dernier, cette création s’accompagnant du transfert des équipes IT du Crédit du Nord chez Société Générale. Les grandes lignes du projet sont désormais définies. « La complémentarité des deux systèmes d’information permet de s’appuyer sur l’outil de distribution du Crédit du Nord, car il est proche de ce que la banque souhaite obtenir, expose François Boucher. Construit progressivement depuis dix ans selon une architecture multicanal orientée client, il offre un poste de travail ergonomique qui permet aux conseillers de naviguer de façon fluide d’une application métier à l’autre en capitalisant sur les informations collectées et en réalisant des simulations ou en souscrivant des produits à partir d’une liste dynamique selon les demandes du client. Cet outil de distribution sera rénové et déployé côté Société Générale. De même, les chaînes de production de Société Générale pour le crédit, la monétique, les paiements… sont puissantes et capables de gérer d’importants volumes d’opérations. C’est pourquoi le Crédit du Nord migrera vers ces plates-formes progressivement. Ainsi, même si ce projet est plus complexe qu’une migration seule, puisqu’il nécessite d’assembler deux blocs, il devrait produire un système d’information efficace et fiable, avec une capacité de déploiement à l’international accrue. »

Rassembler des équipes

La première étape a démarré par la mise à niveau du système de distribution : il s’agit de rénover certains composants techniques, un travail bien avancé puisque l’équipe chargée de cette partie teste actuellement la couche technique. En parallèle, le portail de distribution est étendu à Société Générale, ce qui permet aux conseillers d’accéder à un contexte client identique à celui du Crédit du Nord. Ne sont concernées que les clientèles entreprises et professionnels dans un premier temps, en particulier pour la gestion des contrats et pour l’octroi de crédits. En outre, cette première étape doit permettre au Crédit du Nord de migrer vers Transactis, la plate-forme monétique commune de Société Générale et de La Banque Postale, mais aussi vers la plate-forme de paiements de Société Générale qui lui donnera accès aux systèmes d’échange interbancaires (Swift, Core, Step 2) et aux paiements Sepa (Espace unique de paiement en euros). Ces diverses migrations auront lieu par lots, de façon échelonnée, et le déploiement final est prévu pour fin 2012, voire début 2013. Cette première étape est donc assez longue : « Les équipes des deux banques sont réparties sur plusieurs sites, explique François Boucher. Elles ont dû apprendre à se connaître, à échanger, puis à concevoir une trajectoire réalisable avant de lancer les travaux opérationnels. Trois cents personnes sont ainsi mobilisées pour la maîtrise d’ouvrage et pour la maîtrise d’œuvre. Et nous avons également eu à définir le fonctionnement de la DSI commune. » Cette phase de démarrage assez intense pousse aussi les équipes à préparer d’ores et déjà l’étape 2.

Celle-ci constitue la part la plus importante du projet car elle se traduira par la convergence des outils de tenue de comptes, de souscription de produits, et de gestion des crédits à la consommation pour les particuliers. Les fonctions de relation client seront enrichies et la partie monétique sera finalisée. « Aujourd’hui, nous affinons la trajectoire à horizon 2013-2014, indique François Boucher. Nous avons établi un phasage volontariste qui repose sur des livraisons annuelles jusqu’en 2014 et exclut un ‘big bang’. Nous avançons par étapes, en combinant l’exigence du planning et la nécessité d’assurer la cohérence de chaque sous-projet. » Cette deuxième étape est cruciale pour le Crédit du Nord qui verra s’accélérer le rythme de sa transformation avec des bascules successives vers les systèmes de Société Générale. Tout n’est pas encore totalement défini. Par exemple, concernant les assurances, il reste à décider si la bascule sera réalisée à l’étape 2 ou à l’étape 3. De même, les traitements des titres seront peut-être basculés à l’étape 3. Les périmètres peuvent encore bouger : « Nous sommes dans une phase d’optimisation des trajectoires, qui recherche la mise à niveau au plus vite des applications cibles, afin d’accélérer le débranchement des anciennes, détaille François Boucher. Cela a du sens en particulier pour les transactions bancaires et permet également de ‘coller’ aux capacités de la banque. »

Des économies attendues

La troisième étape n’est donc pas totalement définie non plus : elle devrait voir la mise en place d’un système de risques commun, ainsi que la partie entrée en relation pour le marché des particuliers. L’objectif est d’apporter un bénéfice aux utilisateurs en leur simplifiant la vie, mais avec des contraintes fortes qui sont de respecter les grands jalons du projet et d’avancer avec un budget constant. Les bénéfices sont attendus dès 2011 : « La mutualisation des systèmes d’information va progressivement générer des économies dans la mesure où les équipes seront réunies et le système d’information simplifié, souligne François Boucher. En année pleine, l’économie attendue devrait atteindre les 220 millions d’euros. De plus, l’alignement des systèmes et le choix des meilleures pratiques de part et d’autre permettront d’améliorer la productivité dans les réseaux en 2014 et 2015, car les ruptures de traitement seront éliminées et l’ergonomie améliorée. A moyen terme, le déploiement des outils de numérisation permettra aussi de gagner en efficacité et de consacrer plus de temps à la relation client. Enfin, des gains qualitatifs sont attendus de la mise en commun des composants internet accessibles aux clients et aux conseillers : ils partageront ainsi la même information, ce qui devrait améliorer l’efficacité commerciale. » Un chantier stratégique dont dépendra la place du groupe dans le futur paysage bancaire.

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