Dossier Microfinance

« Social business », des engagements consentis tous azimuths

le 09/05/2013 L'AGEFI Hebdo

Déjà présentes sur le marché de la microfinance, les banques élargissent leur champ d'intervention.

Si les investisseurs spécialisés dans la microfinance continuent de soutenir les institutions de microfinance (IMF), ils sont de plus en plus nombreux à investir directement dans des PME qui affichent elles aussi une ambition sociale. Chez Oikocredit, les engagements dans ce que l'on appelle le « social business » représentaient fin 2012 quelque 20 % des 530 millions d'euros de financement en cours. « Nous avons participé à hauteur de 2,9 millions au financement du projet de Manduvira, une coopérative de production de canne à sucre bio au Paraguay qui avait besoin de 10 millions d'euros pour construire sa propre usine, confie Gaël Marteau, directeur du bureau de représentation en France d'Oikocredit. Nous avons aussi joué un rôle moteur dans l'ingénierie financière du projet, notre engagement ayant incité des fonds internationaux et nationaux à nous accompagner pour boucler le financement de cette usine qui devrait être inaugurée à la fin de l'été. »

La Fondation Grameen Crédit Agricole, qui dispose de 50 millions d'euros pour investir dans des IMF spécialisées dans la lutte contre la pauvreté, commence elle aussi à s’intéresser au champ du « social business ». « Nous avons à ce jour réalisé six investissements dans des entreprises sociales, précise Philippe Guichandut, directeur du développement et de l'assistance technique de la Fondation. Nous venons par exemple de soutenir à hauteur de 150.000 euros l’entreprise UV+ Solaire qui intervient au Cambodge, à Madagascar et en Inde pour faciliter l'accès à l'eau potable. Cette entreprise installe des petites centrales d'épuration de l'eau qui, une fois traitée, est vendue sous forme de bonbonnes par des entrepreneurs locaux chargés de la gestion de ces centrales. »

Les engagements consentis dans le cadre du « social business » n’ont rien à voir avec le montant des prêts accordés par les IMF aux micro-entrepreneurs qui tournent en moyenne autour de 50 euros en Afrique ou de 500 euros en Inde. « Les formats d’intervention sont aussi différents, complète Philippe Guichandut. Lorsque nous soutenons des IMF, c'est en dette et en garantie. Dans les entreprises solidaires, nous privilégions d'abord les prises de participation minoritaires au capital, avant d'intervenir éventuellement en parallèle pour faire de la dette. Mais attention, l’objectif reste purement social. L'intégralité des bénéfices est réinvestie dans l'entreprise, afin de renforcer la dimension sociale de son engagement, ou dans d'autres entreprises solidaires. »

Etre proche du terrain

En janvier dernier, BNP Paribas a entériné un plan qui vise à augmenter de 30 % à 50 % ses engagements dans le « social business » et la microfinance d’ici à trois ans. En sachant que 26,1 millions d'euros ont été investis dans l’entrepreneuriat social en 2012. « Même si nous observons avec intérêt ce qui peut se passer dans les pays émergents, souligne Emmanuel de Lutzel, vice-président social business du Groupe BNP Paribas, notre expérience dans la microfinance nous a incités à déployer dans un premier temps ce plan en France, en Belgique et en Italie, là où nous avons une forte présence de notre banque de détail. Car pour avoir un véritable impact social, il ne suffit pas de financer. Il faut aussi être proche du terrain et mesurer cette performance sociale. »

La Fondation Grameen Crédit Agricole affiche elle aussi sa volonté de se développer dans le « social business ». « Nous venons de créer un fonds qui a pour objectif de réunir 20 millions d'euros afin de soutenir en direct des entreprises qui essaient de résoudre l'un des problèmes liés à la pauvreté comme l'accès à l'éducation, à l'eau ou à l'énergie, confirme Philippe Guichandut. En sachant que la fondation donnera l'impulsion en abondant ce fonds à hauteur de 4 millions d'euros. »

Les banques ne sont pas les seules à se pencher sur le berceau du « social business ». « En France, Benoît Hamon, le ministre chargé de l'Economie sociale et solidaire, prépare un projet de loi qui inclura le 'social business' et qui sera soumis au Conseil des ministres au début de l'été, rappelle Emmanuel de Lutzel. Le Parlement européen a d’ores et déjà approuvé la mise en place des fonds EUSEF (European Social Enterpreneurship Funds) qui ont pour ambition d’investir dans des entreprises sociales en Europe et dans les pays du sud. Et de son côté, la Commission européenne souhaite impliquer les fonds structurels européens. Ce sont donc potentiellement plusieurs centaines de millions qui vont être mis à la disposition de l'entrepreneuriat social. »

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