Siemens détient sa propre banque pour financer les projets de ses clients

le 03/05/2012 L'AGEFI Hebdo

Face aux difficultés accrues des PME d’accéder à des prêts bancaires, le groupe allemand a mis en place Siemens Financial Services, avec succès.

lors que les grandes banques commerciales réfléchissent à la refonte de leur stratégie et réduisent le financement des entreprises, le groupe industriel allemand Siemens a décidé de réagir. S’inspirant du modèle de son concurrent américain General Electric, le plus gros conglomérat industriel d’Europe s’est doté de son propre établissement financier. Mieux, en décembre 2010, Siemens a obtenu une licence bancaire qui lui permet de placer ses avoirs directement à la Banque centrale européenne, considérée comme l’unique lieu sûr en ces temps de turbulences financières.

Hormis les trois groupes automobiles Volkswagen, BMW et Daimler, Siemens est la seule entreprise allemande à disposer de son propre service financier. L’objectif n’est pas de développer une banque de détail et d’offrir des services à des clients particuliers ou de les appâter en leur proposant des conditions plus avantageuses. « Mais le monde bancaire est en transformation et nous avons constaté qu’un nombre grandissant de clients de Siemens ont du mal à obtenir des prêts parce que la crise financière oblige les banques à se recapitaliser, diminuant ainsi leurs activités de crédits, a déclaré publiquement le directeur financier de Siemens, Joe Kaeser. C’est pourquoi nous avons créé notre propre établissement bancaire pour accompagner les entreprises dans leurs projets d’investissement. »

Accroître le volume des crédits

Parallèlement, Siemens veut s’engouffrer dans la brèche du partenariat public-privé. « Nous constatons que les collectivités publiques, y compris en Allemagne, n’ont plus assez de moyens pour faire face aux besoins d’investissements dans les infrastructures, a-t-il ajouté. Or si nous ne voulons pas que ces marchés soient occupés par des entreprises chinoises travaillant à moindre coût, nous sommes dans l’obligation de réagir. C’est pourquoi nos propositions de financement sont aussi un moyen de protéger notre base industrielle sur notre marché domestique. » Si l’essentiel de ses activités est donc concentré sur les marchés européens et nord-américains, Siemens Financial Services (SFS), le nom officiel de la filiale, vient aussi d’ouvrir des succursales en Chine, en Russie et en Inde.

Jusqu’à présent, le succès lui donne raison. SFS a réalisé en 2011 un RoE (retour sur capital) après impôts de 22,6 %, une rentabilité à faire pâlir d’envie les banques traditionnelles. Le volume de crédits alloués s’est monté à 6,3 milliards d’euros contre 4,1 milliards en 2010, l’année de sa création. Et tout indique que l’expansion se poursuivra cette année. « Le premier trimestre 2012 a été excellent », a déclaré Roland Chalons-Browne, directeur général de SFS, au quotidien berlinois Tagesspiegel, affirmant que le volume des crédits défaillants a été minime. L’objectif de la filiale est de doubler le volume de crédits dans les trois à cinq à venir, tout en conservant un taux de rendement de 15 % à 20 % après impôts.

Parallèlement, SFS étudie à présent la possibilité de vendre une partie de son portefeuille de prêts à des investisseurs sous la forme de produits structurés. Considéré comme difficile il y a quelques années après avoir été en partie désigné comme responsable de la crise financière de 2008, le marché des produits structurés est désormais prêt pour de telles opérations, estime Roland Chalons-Browne. La licence bancaire permet à Siemens de constituer des portefeuilles à titriser au cas par cas. Les acheteurs potentiels peuvent être des fonds d’infrastructures, des fonds de pension et des sociétés d’assurances, explique-t-il. 

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