Rencontre avec... Francis Gross, responsable de la division des statistiques extérieures de la Banque centrale européenne (BCE)

« La seule chance de réussite du LEI est qu’il soit largement utilisé par l’industrie »

le 10/01/2013 L'AGEFI Hebdo

Quel est l’intérêt d’un système mondial d’identifiant des entités légales (« legal entity identifier » - LEI) ?

Techniquement, le système financier est maintenant mondial et les situations peuvent évoluer rapidement et à grande échelle. Tous les acteurs ont donc besoin d’une capacité d’analyse et de mesure rapide et flexible, donc d’une infrastructure de données standardisées au niveau mondial. Les grandes banques peuvent être composées de milliers d’entités légales, liées par des relations complexes qu’elles-mêmes ne connaissent pas parfaitement. Imaginons un groupe de 1.000 entités et un autre de 2.000 entités. Pour mesurer l’exposition de l’un à l’autre, on peut avoir à mesurer une matrice de 1.000 x 2.000 relations potentiellement complexes, sans compter les relations indirectes par l’intermédiaire de groupes tiers. La philosophie du LEI est d’assurer que les données représentant les informations factuelles de base soient produites et maintenues dans un seul système et mises à disposition de tous. Si les analystes et les régulateurs avaient eu ce type d’informations pendant la crise, ils auraient pu mesurer et comprendre plus facilement l’exposition des institutions financières aux entités de Lehman Brothers en faillite. Il y aurait peut-être eu moins de panique.

Il y a eu des initiatives semblables par le passé, comme l’IBEI (International Business Entity Identifier), qui ont échoué. Quelles sont les conditions du succès ?

La seule chance de réussite du LEI est qu’il soit largement utilisé par l’industrie dans ses opérations. C’est pourquoi le Conseil de stabilité financière a mis en place, dès le début du projet, un dialogue avec le secteur privé. L’industrie demande que le LEI soit unique, ouvert d’accès et libre de droits de propriété intellectuelle. Surtout, les législateurs doivent le rendre obligatoire et contraindre les entités à le maintenir à jour pour assurer sa qualité.

Comment rendre compte des liens entre entités ?

A court terme, nous envisageons de collecter des données sur leurs sociétés mères immédiates et ultimes au sens comptable. Nous sommes conscients des limites de cette approche, notamment à cause des différences entres normes comptables et des règles de confidentialité dans certains pays. A terme, il faudrait collecter des informations factuelles sur des types spécifiques de relations, par exemple le nombre d’actions de LEI 1 détenues par LEI 2. L’idée est d’arriver à une représentation de ces relations la moins sujette possible à interprétation.

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