Dossier Moyens de paiement

Le Sepa déçoit les entreprises sur le terrain de l’harmonisation

le 01/11/2012 L'AGEFI Hebdo

La lente mise en place des pratiques communes dans les paiements européens tient à la complexité des changements à mettre en œuvre.

Bien des entreprises doutent de la capacité du Sepa (Single Euro Payments Area) à construire l’Europe des paiements. Alors que le projet devait déboucher sur des économies d’échelle dans les traitements automatisés de ces opérations, elles déplorent la coexistence persistante de multiples versions des formats et des paiements Sepa, le virement et le prélèvement. « Le constat de l’harmonisation apportée par le Sepa risque d’apparaître décevant, indique Lionel Jouve, responsable de la trésorerie du Printemps. Les particularismes nationaux aboutissent à des paiements différents d’un pays à l’autre. Et sur le format XML, c’est-à-dire le langage des messages Sepa, nous sommes aux prises avec pas moins de trois versions 'bancaires' et d’autres personnalisées par des entreprises. Comme toutes les banques n’acceptent pas toutes les versions, nous devons adapter nos systèmes comptables ou fournisseurs à chaque version. »

Dans certaines banques, les projets Sepa encore en cours de réalisation n’autorisent pas des traitements identiques sur toutes les opérations. « Dans les banques qui n’auraient pas rationalisé leurs systèmes de gestion des paiements, au travers d’organisations producteur/distributeurs par exemple, les filiales conservent leur approche locale, ce qui peut conduire à des différences de traitement, explique Guillaume Petipas, responsable des offres cash management chez Capgemini. Ainsi, le cadre réglementaire est appliqué mais les interprétations peuvent différer selon les pays et également au sein d’un même groupe bancaire. Une certaine hétérogénéité du traitement des paiements Sepa par les banques est donc observée. »

Spécificités locales

En même temps, les spécificités tiennent à la volonté des communautés bancaires, dans certains pays, de développer des services selon les exigences locales de gestion des mandats, le prélèvement Sepa complexifiant parfois beaucoup les choses. « En outre, la compétition amène certaines banques à proposer des services à valeur ajoutée, comme la gestion de mandats pour le compte des entreprises, ce qui peut être à l’origine de spécificités, souligne Julien Niwinski, responsable du cash management France chez BNP Paribas. Mais nous sommes en mesure de traiter à la fois les formats Sepa standards et ceux répondant à des spécificités locales. Le groupe a aussi développé des outils de conversion des formats locaux. Nous proposons bien une offre homogène à nos clients. »

Par ailleurs, les entreprises utilisatrices de paiements peuvent elles-mêmes être à l’origine de pratiques divergentes, notamment dans les grands groupes. « Pour un groupe qui possède de nombreuses filiales, les formats pré-Sepa peuvent être innombrables, souvent conçus en fonction des normes locales, expose Quentin Heslouin, responsable France de IT2 Treasury Solutions. Le passage à une norme globale demande souvent un travail long et minutieux de cartographie des données et des messages, afin que la richesse des formats locaux trouve son pendant en format Sepa : on ne dispose pas d’équivalent strict lors du passage en norme XML 20022. En outre, le format XML est en évolution constante, l’idée étant qu’il intègre de mieux en mieux les formats locaux. »

A cet égard, il faut compter avec une phase incontournable de mise au point, rançon de la richesse du nouveau langage utilisable pour les échanges entre les banques et les entreprises. « Il existe certes de petites différences dans les messages Sepa, tenant aux habitudes différentes de remplir certaines zones mais les formats sont les mêmes, indique un conseil spécialiste du Sepa. Compte tenu de leur richesse, les formats peuvent être utilisés de façon différente d’une banque à l’autre, ce qui paraît légitime. Et certains éditeurs n’ont pas bien intégré les possibilités d’utiliser ces variantes et ne prévoient qu’une forme d’utilisation, conduisant leur client à penser qu’il est face à un format particulier. » Au terme d’une période de rodage, l’harmonisation devrait donc bel et bien intervenir.

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