Scor remet du risque dans sa politique d’investissement

le 21/03/2013 L'AGEFI Hebdo

La reprise de la foncière cotée MRM lui permet de diversifier son portefeuille immobilier. Le réassureur se positionne aussi sur les créances bancaires.

Scor fait feu de tout bois en ce début d’année. Coup sur coup, le réassureur s’est illustré par deux opérations majeures sur les marchés. Début mars, il a mis la main sur un portefeuille de contrats d’assurance-vie (risque de mortalité et d’invalidité) de BBVA Seguros, filiale de BBVA : une transaction qui générera un volume de primes d’environ un milliard d’euros, dont une prime brute d’environ 120 millions dès 2013. Quelques jours plus tard, Scor s’est porté au chevet de la foncière cotée MRM, spécialiste de l’immobilier de commerce et de bureaux. Le réassureur va participer à une augmentation de capital réservée comprise entre 41 et 54 millions d'euros, lui permettant de détenir 59,9 % du capital. « Cette opération avec Scor est cruciale pour l’avenir de MRM », n’a d’ailleurs pas caché Jacques Blanchard, PDG de MRM qui a accusé une perte de nette de 4,4 millions en 2012 et doit rembourser 122 millions d’euros d’emprunts d’ici à fin 2013 alors que ses fonds propres s’élèvent à 16,9 millions.

Actifs de commerce

Scor n’y perd pas au change. Il s’agit pour lui d’une belle occasion de diversifier sa poche immobilière, qui pèse 4 % de ses 14 milliards d’euros d’actifs sous gestion. « Notre portefeuille immobilier est quasi exclusivement composé d’immeubles de bureaux et nous sommes sortis de l’immobilier résidentiel dès 2003, souligne François de Varenne, président du directoire de Scor Global Investments. Nous souhaitions diversifier ce portefeuille et nous regardions depuis un certain temps les actifs de commerce. C’est ce qui nous a plus chez MRM et cette opération nous permet d’avoir un portefeuille complémentaire car nous n’avions pas d’immeuble de commerce dans notre portefeuille. » Un tel mouvement est loin d’être une surprise. Dans le cadre de son plan stratégique 2010-2013 baptisé Strong Momentum, Scor n’a jamais caché son appétit pour la classe d’actifs immobilière. « Il y a trois ans, nous considérions être sous-pondérés en immobilier, rappelle François de Varenne. Depuis, nous avons augmenté notre exposition et il reste encore un peu de place.  » Dans un contexte macroéconomique incertain, Scor mise sur l’immobilier pour se prémunir face aux craintes d’un retour de l’inflation et d’une remontée des taux d’intérêt. « L’immobilier est une classe d’actifs intéressante d’autant que nous privilégions des actifs loués dont les loyers sont revalorisés sur la base d’indices qui prennent en compte l’inflation », explique François de Varenne. Si Scor n’exclut pas d’autres opérations dans un avenir proche, certains observateurs sont convaincus de le voir rapidement à la manœuvre. « Nous prévoyons que la part de l’immobilier monte de 4 % fin 2012 à 7 % à juin 2013 », avance d’ailleurs Michael Huttner, analyste chez JPMorgan Cazenove.

Des ambitions à concrétiser

L’acquisition de MRM doit surtout se lire dans une perspective plus globale. Depuis le début de l’année, Scor a décidé d’infléchir sa politique de placements en optant pour une stratégie visant à investir ses liquidités (19 % des ses actifs totaux, soit 2,7 milliards d’euros) de manière sélective et progressive dans des actifs affichant un profil de risque plus élevé. A ce titre, le réassureur considère que la « démarche de 'deleveraging' des banques est de nature à ouvrir des possibilités d’investissement sur le marché des créances ». Un appétit retrouvé pour le risque qui, là aussi, se justifie par l’incertitude macroéconomique actuelle. Scor s’est d’ailleurs mis en ordre de marche pour concrétiser ses ambitions. « Il y a deux ans, nous avons créé un fonds dédié aux 'leveraged loans', précise François de Varenne. Nous sommes également intéressés par la dette immobilière et la dette infrastructure, avec le lancement dans les tout prochains mois de deux fonds dédiés qui correspondent à notre appétit modéré pour le risque. » Autant d’initiatives qui, même s’il s'en défend, doit permettre au réassureur de redynamiser le rendement de ses investissements. En 2012, ce rendement s’est affiché à 3,5 % contre 4,1 % en 2011. « Le rendement des placements devrait encore baisser en 2013, ce qui limitera la croissance du résultat net », estime pour sa part Benoit Valleaux, analyste chez Natixis, alors que Scor table sur un rendement compris entre 2,4 % et 2,9 % cette année. Autant dire que toute nouvelle prise de risque dans les investissements pourrait redonner des couleurs à cette prévision conservatrice.

A lire aussi