Scandales financiers, les banques britanniques loin d’être tirées d’affaire

le 06/09/2012 L'AGEFI Hebdo

Contraints de se réformer, les établissements financiers outre-Manche doivent d’abord faire table rase des manquements du passé.

L’automne sera-t-il plus clément pour les banques anglaises que ne l’a été la saison estivale ? Encore sous le coup des provisions passées pour couvrir le scandale des assurances emprunteurs PPI (9 milliards de livres de provisions pour les cinq principales banques du pays jusqu’à présent), elles ont dû essuyer durant l’été une cascade de nouvelles affaires. Le scandale du Libor a marqué le la d’une série noire qui n’a épargné aucun établissement outre-Manche, pas même les plus vénérables, à l’image de Standard Chartered ou HSBC (lire l’encadré). Diverses dans leur contenu, ces affaires ont néanmoins pour point commun de renvoyer au passé : les manipulations du Libor, imputées notamment à Barclays, remontent à 2005, tandis que HSBC s’est vu reprocher par le Sénat américain des défaillances en matière de procédures d’antiblanchiment dans plusieurs de ses filiales, dont le Mexique : des faits qui remontent à 2004. Jusqu’alors intouchée, Standard Chartered s’est fait épingler par le département des services financiers (DFS) de l’Etat de New York dans une affaire de transactions occultes présumées avec l’Iran qui se serait déroulée de 2001 à 2010.

Barclays a déjà dû accepter de verser quelque 298 millions de dollars à la justice américaine en 2010 pour des transactions menées avec Cuba, la Libye, l’Iran, le Soudan et la Birmanie, tandis que Lloyds Banking Group (LBG) avait aussi conclu un accord à l’amiable à hauteur de 350 millions. Mais la surprise vient aujourd’hui de la conjonction de l’éclatement de ces scandales. « C’est un retour de bâton attendu de la crise financière et le désir de faire payer les établissements bancaires pour ce qu’ils ont fait », estime un avocat londonien spécialisé dans des problèmes de contentieux.

Profil bas

Le feu nourri des poursuites en provenance des autorités américaines n’est pas non plus fortuit : « Les régulateurs bancaires britanniques et américains ont des approches différentes, poursuit l’avocat. Si le système britannique repose sur une approche réglementaire basée sur des principes, les américains se fondent sur une régulation par le droit. Alors que ces derniers peuvent pousser très loin les limites de l’application de la loi et recourir à des sanctions très sévères, les régulateurs anglais pencheront plutôt pour une solution de dissuasion. » Les banquiers ont ainsi unanimement choisi de transiger. « Les banques britanniques ont le désir de mettre l’ensemble de ces affaires derrière elles pour aller de l’avant », estime Peter Hanh, enseignant auprès de la Cass Business School à Londres.

Les affaires sont pourtant loin d’être terminées : Standard Chartered, qui a déboursé 340 millions de dollars pour mettre fin aux poursuites du DFS de l’Etat de New York, fait toujours l’objet d’enquêtes engagées par le département américain du Trésor, la Réserve fédérale, le département de la justice et le procureur général de Manhattan, et pourrait écoper d’amendes supplémentaires. Citée à comparaître dans le dossier du Libor (comme RBS et des filiales de LBG), HSBC pourrait aussi avoir à payer une amende d’un milliard de dollars pour ses démêlés avec les autorités américaines sur les questions de blanchiment d’argent. Elle a d’ores et déjà passé une provision de 700 millions dans ses comptes afin de parer à d’éventuelles amendes en provenance des Etats-Unis.

Enfin Barclays, qui s’est acquittée d’une amende de 290 millions de livres pour le scandale du Libor auprès des autorités américaine et britannique, pourrait encore avoir à essuyer des class actionsen provenance d’un certain nombre d’investisseurs. La banque, qui est aussi impliquée dans la vente d’instruments de couverture douteux à des PME, vient de se faire rattraper par une affaire d’honoraires versés au principal fonds souverain du Qatar à l’occasion de sa levée de fonds en deux temps à hauteur de 11,5 milliards de livres en 2008. Pas de quoi redorer le blason de Londres comme place financière mondiale : « Il est fort probable qu’un investisseur ou un actionnaire extérieur au Royaume-Uni demande désormais aux banques britanniques de faire preuve de davantage de transparence, explique Peter Hahn. Pour autant, il n’est pas certain que Londres ait perdu en réputation : alors que New York repose à 80 % sur des banques domestiques, le statut de Londres comme place financière internationale n’a pas été modifié par ces affaires. »

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