Sberbank se forge l’image de la banque russe la plus exemplaire

le 20/12/2012 L'AGEFI Hebdo

Le leader du secteur en Russie dispose de plus d’atouts que ses compatriotes, même s'il n’est pas à l’abri de résultats moins exaltants qu’espéré.

La dynamique est en marche. Sberbank s'attend à réaliser cette année un bénéfice net supérieur à son record de 2011 (316 milliards de roubles). Et a « pour objectif un bénéfice net d'environ 400 milliards de roubles (10 milliards d’euros, NDLR) », a déclaré German Gref, son directeur général. Standard & Poor’s (S&P) estime d’ailleurs, dans une note du 5 décembre, que l’ensemble des banques russes « abordent 2013 dans des conditions relativement satisfaisantes ». Toutefois, S&P anticipe « un ralentissement de la croissance en 2013-2015 qui pourrait mettre un terme à l’amélioration de la qualité des actifs », ainsi qu’une croissance du produit intérieur brut « atone » en 2013 (après +4 % en 2012) et rappelle la forte dépendance de l’économie aux cours du pétrole.

Dans ce contexte, Sberbank dispose d’atouts que d’autres n’ont pas. Débutée en 2006 et intensifiée en 2011 avec la reprise de Volksbank International (VBI) et de la principale banque d'investissement du pays, Troika Dialog, sa diversification a connu son point d’orgue fin septembre avec la finalisation du rachat de Denizbank à Dexia, pour près de 3 milliards d'euros. Sberbank, qui est maintenant présente dans dix pays, a atteint son objectif de 5 % de résultats réalisés à l'étranger (L’Agefi Hebdo du 21 juin) et mis en place une nouvelle organisation internationale, en quatre zones. Son vice-président Sergey Gorkov a précisé qu'aucune autre opération ne serait réalisée dans les trois ans à venir. « Sberbank entend faire de Denizbank sa plaque tournante européenne, explique Jean-Marc Velasque, associé chez Velhon Partners. La croissance organique est toujours plus difficile sur un marché mûr, et plus encore - si l’on pense aux pays de l’Est où est Sberbank - en période de crise, même si le désengagement de certains acteurs de l'Ouest pourrait lui profiter. L’intégration est une phase délicate. Les premiers résultats sont toutefois positifs pour VBI avec une croissance de 6 % des prêts et de 14 % des dépôts en 2012, comparativement à des augmentations moyennes de marché de 1 % et 2 %. »

Génération de capital

En septembre, Sberbank a aussi fait évoluer son actionnariat. L’Etat a cédé 7,6 % du capital de la banque, avec l’intention de réduire à terme sa participation à 25 %. « Ce désengagement est un point positif pour des opérations à l’international, relève Jean-Marc Velasque. Il peut aussi apparaître comme un levier pour apporter plus de flottant et de valeur à la Bourse de Moscou. Sberbank reste néanmoins une banque importante pour l’Etat. D’abord, c’est un ancien ministre qui est à sa tête. Ensuite, le groupe collecte 46 % des dépôts du pays et distribue 35 % des prêts. »

Outre sa diversification, son réseau domestique sans égal (plus de 20.000 agences en Russie) donne un atout à Sberbank sur ses concurrents en termes de financement. Alors que S&P relève leur « insuffisance de ressources propres, notamment en dépôts, pour financer la croissance des crédits », le groupe peut accéder de façon moins coûteuse à une épargne importante, tout en augmentant ses crédits et en préservant ses marges. « S&P s’interroge sur la capacité des banques russes à générer du capital via leurs revenus pour suivre la croissance de leurs actifs, résume Jean-Marc Velasque. Mais Sberbank est moins impactée. Ses capitaux propres enregistrent une hausse de 20,2 % pour 2012. Si le ratio d’adéquation (Tier 1 et Tier 2) baisse à 13,3 %, cela s’explique par les acquisitions de l’année et reste supérieur aux 8 % réglementaires. De plus, le ratio Tier 1 s’élève à 10,2 % en norme Bâle 1. Or la part des titres hybrides étant relativement faible, les évolutions réglementaires Bâle 2 et 3 auront un moindre impact. »

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