Sberbank change de dimension

le 21/06/2012 L'AGEFI Hebdo

Avec DenizBank, le russe devient le huitième groupe bancaire d’Europe de l’Est.

Le siège de Sberbank à Moscou.

Sberbank encore. La presse française n’a jamais autant parlé du premier groupe bancaire russe que depuis quelques mois. Il faut dire que cet établissement, encore détenu à 57,6 % par l’Etat, a conclu plusieurs opérations à la faveur du retrait d’Europe de l’Est opéré par les banques de l’Hexagone. En janvier, il fondait en Russie une coentreprise, dont il détient 70 % aux côtés de BNP Paribas (Cetelem), dans le but de conquérir 25 % à 30 % du marché du crédit à la consommation sur le lieu de vente d’ici trois à cinq ans, contre 4 % aujourd’hui. Le mois suivant, il finalisait la plus importante transaction internationale d’une banque russe en reprenant Volksbank International (VBI, hors Volksbank Romania) à la quatrième banque autrichienne Oesterreichische Volksbanken (51 % du capital), ainsi qu’à ses partenaires, dont le français BPCE qui lui cédait ses 24,5 %. Enfin, Sberbank vient de conclure avec Dexia, au début du mois, le rachat de DenizBank en Turquie : une pépite qui était également convoitée par Qatar National Bank. Le groupe russe a payé 2,8 milliards d’euros (sur la base d’une valeur comptable de 2,1 milliards à fin mars), répondant aux derniers souhaits du groupe franco-belge obligé de céder sa filiale. La transaction devrait être finalisée au dernier trimestre de cette année.

Solidement implantée sur son immense marché domestique, détenant à elle seule 47 % de l’épargne russe et ayant racheté en mars 2011 la principale banque d’investissement du pays, Troika Dialog, Sberbank met ainsi en œuvre sa stratégie de diversification géographique en prenant des positions significatives sur le marché de la banque de détail en Europe de l’Est, jusqu’en Turquie (voir le tableau). Le groupe dispose des moyens financiers d’accompagner l’expansion de cette zone.

Désengagement de l’Etat

L’opération sur DenizBank pourrait en outre faciliter le désengagement de l’Etat russe de son capital. Le gouvernement a prévu un plan de cessions de 300 milliards de roubles cette année (7,3 milliards d’euros), près de trois fois plus que les 121 milliards récoltés en 2011. Vendre 7,6 % du capital de Sberbank lui rapporterait un tiers du total. A horizon 2015, Moscou entend réduire sa participation à une minorité de blocage de 25 %. Le processus pourrait débuter « prochainement », a indiqué le ministre de l’Economie Andrei Belousov : en septembre, selon une source proche citée par Bloomberg, soit tout de même un an après la date initialement prévue, la crise financière internationale ayant ralenti le programme. Pour parvenir à attirer des investisseurs étrangers, Sberbank peut mettre en avant la croissance de l’économie en Russie, où elle contrôle environ la moitié de la banque de détail, et la sienne propre. Encore faut-il que la volatilité des marchés laisse un répit à la banque qui vise un montant plancher d’émission de 100 roubles l’action, alors que son cours tournait autour de 82-83 roubles mi-juin.

« La crise passera et [la possibilité de] développement restera », avait souligné le vice-président de Sberbank, Sergueï Gorkov, en avril, lorsque son cours de Bourse était chahuté. Sberbank avait pour objectif de réaliser au moins 5 % de ses bénéfices hors de Russie d’ici à 2014. Il est atteint (lire l’entretien). « Nous avons fait suffisamment d’acquisitions. Désormais, il nous reste deux cibles, la Turquie et la Pologne », avait indiqué fin mai German Gref, son directeur général. L’une des deux est désormais atteinte. Alors qu’on l’avait cité à l’été 2011 sur les dossiers polonais de Bank Millennium, détenue par le portugais Banco Comercial Portugues S.A., et de Kredyt Bank, contrôlée à 80 % par le belge KBC, Sberbank précise maintenant ne plus prévoir de nouvelles acquisitions, German Gref ajoutant que son groupe allait consacrer les prochaines années à l’intégration de ses nouvelles activités.

Alors qu’elle ne réalisait que 2,3 % de son activité hors de ses frontières, avec une présence limitée à l’Ukraine, la Biélorussie et le Kazakhstan, la principale banque russe entend profiter des importants potentiels de croissance de l’Europe centrale et orientale. Bien sûr, elle doit faire face à de grands concurrents internationaux, l’italienne UniCredit ou l’autrichienne Raiffeisen ayant déjà de belles positions, mais les banques occidentales sont plutôt en position de repli. UniCredit a annoncé devoir se recentrer sur les seules Pologne, Russie et République Tchèque. Quant à Raiffeisen, elle ne peut plus renflouer ses filiales à l’étranger. Alors que les trois quarts des actifs bancaires d’Europe centrale et orientale (Peco, hors Russie) appartiennent à des banques occidentales, selon une étude de Fitch Ratings de la fin 2011, cette forte dépendance vis-à-vis de l’étranger pour financer leurs économies constitue désormais un problème pour les Peco.

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