Santé, prévoyance, l’eldorado des assureurs

le 28/02/2013 L'AGEFI Hebdo

Face au marasme de l’assurance-vie, les acteurs accentuent le redéploiement de leurs activités.

Priorité au développement de la prévoyance et de l’épargne haut de gamme pour Frédéric Lavenir (au centre), nouveau directeur général de CNP Assurances. Photo : Pascal Sittler/REA

Les assureurs français se portent comme un charme. Malgré la crise économique en Europe et des taux d’intérêt à des niveaux historiquement bas, les ténors du secteur ont en effet réussi la gageure d’améliorer sensiblement leur rentabilité en 2012. Si Axa accuse une légère contraction de son bénéfice net (-1 %), son résultat opérationnel progresse en revanche de 13 %. « Nous sommes sur la bonne voie pour réaliser nos objectifs de moyen et long terme », s’est félicité Henri de Castries, PDG d’Axa. La satisfaction est également au rendez-vous chez CNP Assurances qui, malgré un recul de son chiffre d’affaires de 11,2 %, a vu son résultat net croître de 9 %. Finalement, seul Groupama assombrit pour l’heure le tableau avec une perte nette de 589 millions d’euros, liée aux cessions d’activités (-334 millions d’euros), charges de restructuration (-47 millions) et dépréciations de survaleurs (-298 millions). L’assureur mutualiste a toutefois réussi son pari : redresser sa marge de solvabilité qui, en un an, est passée de 107 % à 179 %. Désormais, Groupama doit s’atteler à un chantier de taille : améliorer sa rentabilité opérationnelle. L’an dernier, le groupe n’a pourtant pas ménagé sa peine sur ce terrain en résiliant sans état d’âme des portefeuilles de contrats et en réduisant massivement ses frais généraux. Ceux-ci ont en effet diminué de 6,5 %, soit 180 millions d’euros d’économies.

Chasse aux coûts

De fait, la chasse aux coûts est devenue une priorité pour l’ensemble des acteurs, soucieux de stimuler leur rentabilité. « Ce point reflète l’inquiétude causée par l’environnement incertain sur le plan financier et l’absence de croissance économique, en particulier en Europe », estime Marc-Philippe Juilliard, directeur senior chez Fitch Ratings. Ainsi, depuis le lancement de son plan 2011-2015, Axa a réalisé 700 millions d’euros d’économies, dont 400 millions en 2012. L’assureur français a revu à la hausse ses objectifs de réductions de coûts d’ici à 2015, passant de 1,5 à 1,7 milliard d’euros dont 200 millions d’euros d’économies liées aux frais d’acquisition sur le segment vie, épargne et retraite.

Une impérieuse nécessité alors que le secteur a subi un sérieux trou d’air en assurance-vie, le marché français accusant une décollecte nette historique de 3,4 milliards d’euros. Groupama a ainsi enregistré 1,2 milliard d’euros de flux nets négatifs tandis que la collecte nette de CNP Assurances s’est effondrée dans l’Hexagone à 145 millions d’euros, contre 2,6 milliards en 2011. Quant à Axa France, si sa collecte nette atteint 1,1 milliard (incluant la santé et la prévoyance), les flux nets sont négatifs de 1,3 milliard sur le fonds général (assurance-vie adossée au fonds en euros, NDLR). Pas de quoi émouvoir sa direction pour qui cette « évolution est assez largement délibérée ». « Développer le fonds général n’est pas une priorité », ne cache pas Henri de Castries. Le discours est à l’avenant chez Groupama. « Nous allons lever le pied sur l’assurance-vie en euros et ce n’est pas dans notre objectif d’avoir une collecte nette sur les fonds euros en 2013 », reconnaît Thierry Martel, son directeur général. Des annonces loin de surprendre les observateurs du marché. « Compte tenu de leur niveau de rentabilité, de marge et de fonds propres à mobiliser dans un contexte de taux d’intérêt bas, les produits d’épargne traditionnels ne sont plus aussi intéressants que par le passé pour les assureurs », explique Marc-Philippe Juilliard.

Délaissant le terrain de l’assurance-vie traditionnelle, les acteurs accélèrent au contraire le redéploiement de leur capital et de leurs efforts commerciaux vers la santé et la prévoyance. Une réorientation stratégique déjà bien entamée. Ces métiers représentent ainsi 50 % de la production de Groupama en assurances de personnes, contre 42 % en 2011. Chez Axa, « en trois ans, la part de ces activités de prévoyance et de santé a progressé d’un tiers dans nos affaires nouvelles au détriment des fonds généraux en épargne », souligne Henri de Castries. Il faut dire que ces activités présentent l’avantage d’offrir des marges bien plus généreuses aux assureurs. Chez Axa, les marges sur affaires nouvelles sont de 53 % en prévoyance et santé, contre 5 % seulement pour l’épargne en euros. Sans surprise, Frédéric Lavenir, nouveau directeur général de CNP Assurances, a donc fait du développement de la prévoyance - et de l’épargne haut de gamme - en Europe l’une de ses quatre priorités stratégiques. Un marché estimé à 8 milliards d’euros hors de France. « Nous avons des savoir-faire dans ce segment et nous voulons prendre une part de ce marché », a avancé Frédéric Lavenir qui souhaite, en parallèle, développer la prévoyance collective auprès des TPE/PME où « les besoins sont croissants ». Le plus dur reste à faire : gagner des parts de marché sur un segment dominé par les institutions de prévoyance et les bancassureurs. « L’arbitrage vers la prévoyance a lieu d’autant plus qu’il n’y a pas encore de pression sur les prix dans cette activité, note Marc-Philippe Juilliard. Toutefois, la concurrence pourrait s’intensifier avec un risque de baisse de la tarification. » Surtout, malgré les discours volontaristes des acteurs, « cette réorientation vers la prévoyance prendra du temps avant de se concrétiser dans leurs bilans », avertit Lotfi Elbarhdadi, directeur en charge de l’assurance chez Standard & Poor’s. Les assureurs français sont prévenus.

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