Santander se rapproche de l’horizon Bâle III

le 13/10/2011 L'AGEFI Hebdo

Malgré les vents contraires au Royaume-Uni, le groupe espagnol garde le cap de la croissance.

Le siège de Santander à Londres. photo : Simon Dawson/Bloomberg

Emilio Botin ne goûte guère les présentations aux investisseurs. Constatant que le cours de Bourse de Santander « ne reflète pas sa valeur », le légendaire banquier espagnol a pourtant fait le déplacement à Londres pour assurer que son groupe répondra aux prochaines exigences du Comité de Bâle en 2013-2014. Son ratio Core Tier one approchera alors les 10 %, sans augmentation de capital, tout « en maintenant sa stratégie et son ‘business model’ » et un rendement de 12 % à 14 % de ses capitaux (RoE). Le doute était permis. Ses actionnaires avaient été habitués à d’excellents résultats, Santander ayant dégagé un bénéfice net de 8,9 milliards d’euros en 2009, et distribué plus de 4,9 milliards d’euros de dividendes. Mais l’an dernier, son résultat net chutait de 8,5 % et reculait encore au premier semestre 2011 de 21 % par rapport à l’exercice de l’année précédente.

L’avertissement de Santander UK

La crise n’a pas épargné Santander, plombant ses résultats sur son marché domestique et en Europe. Du coup, les analystes d’Ahorro Corporación s’inquiètent « du report à 2014 des possibles introductions en Bourse (en Grande-Bretagne et en Amérique latine), ainsi que de celui d’un retour à la croissance bénéficiaire sur les activités en Espagne, où l’on s’attend à une chute du crédit de 3 % à 4 % entre 2011 et 2013 ». Différer la cotation de Santander UK ? « Cette décision judicieuse n’a rien à voir avec la qualité des actifs de Santander mais est plutôt liée aux circonstances du marché », soutient Pablo Garcia, directeur de Carax Institutional Financial Broker pour la péninsule ibérique. En attendant, la division britannique du groupe espagnol, qui résulte de la fusion entre Abbey National, Bradford & Bingley, et Alliance & Leicester, va connaître au cours des trois prochaines années un repli significatif de ses profits, à hauteur, selon les analystes, de près de 750 millions de livres (877 millions d’euros). Sa note a d’ailleurs été dégradée d’un cran (de Aa3 à A1) le 7 octobre par Moody’s, comme celle de onze autres établissements britanniques, pour refléter le retrait probable du soutien du gouvernement britannique en cas de difficultés financières.

La fille du patron, Ana Botin, qui a pris les rênes de Santander UK fin 2010, est entrée dans le vif du sujet. Sa banque va lancer un programme d’investissement à hauteur de 500 millions de livres (585 millions d’euros) au cours des deux prochaines années, destiné à développer de nouveaux produits et services pour les PME, ce qui devrait permettre d’aligner l’entité britannique sur le modèle économique de sa maison mère, largement centrée sur le service aux clients. C’est aussi au cours de cette période que la banque va finaliser l’intégration des 300 agences de RBS rachetées en 2010, ce qui permettra de rééquilibrer le business mix en faveur des entreprises et de détenir une part de marché de 9% dans ce segment, comparé à 4% aujourd’hui. Et si Santander UK dispose déjà de solides bases, avec 25 millions de clients et 1.404 agences, sa position dans trois ans devrait être renforcée par 3 millions de comptes courants supplémentaires et le nombre de ses détenteurs de cartes de crédit devrait passer de 1,5 à 3 millions dans le même intervalle, selon les projections de la direction. « Dans deux ans, Santander UK émergera comme une banque meilleure à la fois pour nos salariés, nos clients et nos actionnaires sur le long terme », a certifié Ana Botin en conclusion de sa présentation aux investisseurs. Le plan triennal s’est assorti d’une série de nouveaux objectifs financiers : le résultat net sur capitaux propres devrait dans un premier temps reculer de 15 % cette année à 11 % en 2012-2013, conséquence du plan d’investissement, pour remonter à au moins 16 % à l’horizon 2014. De même, le coefficient global d’exploitation de la banque, qui mesure la part des gains réalisés absorbée par les coûts fixes, va grimper de 45 % en 2011 à 48-50 % au cours des deux prochaines années. Ce n’est qu’en 2014 que cet indicateur devrait, selon Ana Botin, ressortir à moins de 44 %.

Plus inquiétant, la directrice générale de Santander UK a dépeint un environnement bancaire britannique plutôt déprimant. Elle a ainsi averti que sa banque devra s’accommoder d’un « mélange de vents contraires », soulignant une faible croissance du PIB ajoutée à une hausse des coûts réglementaires. D’ores et déjà, le durcissement des conditions économiques et financières a pesé sur les résultats semestriels de la division britannique : les profits nets de Santander UK ont été plus que divisés par deux au cours du premier semestre 2011 à 300 millions de livres (351 millions d’euros), comparé à 868 millions (1,05 milliard d’euros) une année auparavant, conséquence d’éléments exceptionnels, de coûts de financement plus élevés et d’un environnement réglementaire plus sévère. Le groupe ne renonce pas pour autant à ce marché, présenté comme une « énorme opportunité », selon sa directrice générale.

Malgré la tempête financière, la politique de diversification géographique permet au groupe de résister. De fait, les bénéfices de Santander se répartissent entre les marchés émergents (Amérique latine et Pologne) qui comptent pour 48 % des bénéfices, les pays mûrs à hautes provisions cycliques et ceux où les provisions sont stables ou en baisse (voir le graphique page 20). Mais s’il n’a jamais cessé d’équilibrer ses activités entre les marchés émergents et les marchés mûrs « en évitant de concentrer plus de 25 % des résultats dans un seul pays », selon le PDG du groupe Alfredo Saenz, c’est à son joyau brésilien, racheté à l’hollandais ABN Amro en 2007 et qui représente 25 % de son résultat, qu’il doit aujourd’hui son salut.

Renforcer le bilan

Les bénéfices de Santander au Brésil devraient en effet permettre de contrebalancer leur chute ailleurs, notamment dans la péninsule. Cependant, les analystes d’Ahorro Corporación recommandent la prudence « en raison d’un environnement peu favorable, en récession, avec des taux d’intérêt réduits et les pressions liées aux nouvelles réglementations ». Un nouveau cadre qui oblige Santander comme ses semblables à se consacrer au renforcement de son bilan. Cela pourrait expliquer son désengagement du secteur des assurances, comme en témoigne l’accord passé avec l’assureur suisse ZFS en Amérique latine ou la réduction de son activité dans certains pays pour le segment crédit à la consommation.

« Bâle III pénalise n’importe quelle banque qui a une participation supérieure à 10 % dans le capital d’une compagnie d’assurances, indique Silvia Verde, analyste à Inverseguros. Santander, qui possède 49 % de son business d’assurance, cherche à comptabiliser 100 % des plus-values qu’il obtiendra de la vente de 51 % de son business assurance afin, de cette facon, de renforcer ses niveaux de solvabilité. » Quant au désengagement de Santander de certains pays en Consumer Finance, il s’explique par l’insuffisance de masse critique pour opérer. En conséquence, le coût d’opportunité pour rester dans ces pays n’est pas assez important.

Manuel Romera, directeur du secteur financier à l’IE Business School, reste confiant dans la capacité de gestion d’Emilio Botin, « entouré d’une équipe hors du commun dotée d’une capacité commerciale spectaculaire combinée à une politique de risques bien définie ». Pour lui, l’intégration de cette politique de risques dans la gestion commerciale du groupe explique pourquoi le taux d’encours douteux de Santander est « ostensiblement inférieur à la moyenne espagnole ». Pour Pablo Garcia, il n’y a aucun doute qu’après la crise, le groupe espagnol est appelé à devenir « un des plus importants leaders du secteur ». 

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