L'avis de... Gunther Capelle-Blancard, professeur à l'Université Paris I Panthéon-Sorbonne et directeur adjoint du Cepii*

« Les sanctions sont minimisées par crainte du risque systémique »

le 11/07/2013 L'AGEFI Hebdo

La plupart des grands « benchmarks », du Libor au Brent, ont été manipulés. Comment en est-on arrivé à une telle généralisation des scandales ?

Pour beaucoup d’universitaires, d’académiques et même d’acteurs de la finance, ces manipulations sont une véritable surprise. Une découverte sur la manière dont se construisaient ces indices, dont certains sont à peine connus, dans l’opacité la plus totale et donc prêtant le flanc aux ententes et aux manipulations en tous genres. Nous avons fait preuve d’une crédulité rétrospectivement à peine croyable. C’est un phénomène général : l’industrie financière est de plus en plus opaque. Tout a pourtant été fait depuis une quinzaine d’années pour asseoir la liquidité des marchés et, pensait-on, leur transparence, leur efficience. Avec ce paradoxe que le résultat obtenu est contraire à l’objectif initial. Nous avons bien eu une hausse des volumes, des transactions et un développement continu des marchés, mais dans le même temps, ils se sont fragmentés. Il était plus aisé d’obtenir des données de bonne qualité sur les marchés actions ou dérivés dans les années 90 qu’aujourd’hui. Au milieu des années 2000, les marchés se sont complètement éclatés et, en conséquence, sont devenus beaucoup moins transparents.

Quelles conséquences à tirer pour la fixation des prix ?

Dans l’immédiat, le minimum pour rendre un peu de crédibilité aux benchmarks incriminés est de bâtir les prix sur des transactions réelles, puis à plus long terme d’assurer une bien meilleure transparence des marchés.

L’ampleur des montants en jeu fait-il courir un risque systémique ?

Le risque systémique ne se trouve pas tant dans les manipulations et les affaires elles-mêmes, mais plutôt dans le fait que les grandes institutions financières concernées sont « too big to fail ».

Elles sont aussi « trop grosses pour être condamnées comme elles devraient l’être ». Bien sûr, des banques installées à Londres se sont vu infliger des sanctions importantes dans le cas de la manipulation du Libor. Mais les amendes ont été bien plus faibles que celles infligées pour des cas d’entente dans l’industrie qui peuvent porter sur plusieurs milliards d’euros. Par crainte du risque systémique, les sanctions sont minimisées.

*Centre d'études prospectives et d'informations internationales.

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