Ryad Boulanouar révolutionne la banque au quotidien avec le Compte Nickel

le 09/01/2014 L'AGEFI Hebdo

Ce nouveau concept propose de rendre la gestion des dépenses quotidiennes indépendante de la détention d’un compte bancaire.

Comment simplifier la vie des gens grâce à la technologie ? Toute la vie professionnelle de Ryad Boulanouar, fondateur et président de la Financière des Paiements Electroniques (FPE, l’établissement de paiement agréé pour le Compte Nickel), est tournée vers cet objectif. Cet ingénieur en électronique au caractère bien trempé ne déboule pas par hasard dans le paysage des paiements : depuis dix-huit ans, il mène des projets innovants qui transforment les habitudes du grand public, depuis le Pass Navigo jusqu’aux transferts d’argent chez les buralistes, sans oublier les recharges mobiles ou les boîtes cadeaux. C’est par sa maîtrise des technologies et des usages que Ryad Boulanouar rend la vie plus pratique. Rien d’étonnant, donc, à ce qu’il se soit intéressé aux services bancaires. Son idée ? Donner au plus grand nombre la possibilité d’avoir un compte de paiement pré-payé assorti d'une carte et celle de réaliser virements et prélèvements. Le tout moyennant une ouverture de compte en quelques minutes dans un bureau de tabac. Le concept trouve une place entre les banques qui exigent de tout savoir de leurs nouveaux clients et les établissements de paiement qui se contentent de vendre à bon prix des cartes prépayées dont certaines protègent l’anonymat de leur détenteur. Mais sortir le compte bancaire de la banque nécessite une réelle innovation technologique : la borne Nickel.

« Notre offre repose sur une borne installée chez les buralistes : elle comprend une tablette sur laquelle l’acheteur tape ses données personnelles et un scanner avec lequel il numérise sa pièce d’identité et son justificatif de domicile, explique Ryad Boulanouar. Les données sont instantanément contrôlées car la borne est reliée à Internet. Si tout est conforme, le buraliste vérifie l’identité de la personne qui veut ouvrir le compte et active une carte MasterCard à partir de son terminal de paiement électronique. En retour, l’appareil imprime un relevé d’identité bancaire. C’est la capacité à créer un lien entre la carte et le dossier client en temps réel qui permet au porteur d’utiliser son compte immédiatement. » Bien sûr, l’infrastructure informatique est complexe, la FPE a opté pour le core banking system de Sab qu’il a fallu adapter à ses besoins spécifiques, notamment le temps réel. Elle a également fait appel au Crédit Mutuel Arkéa en tant que banque de cantonnement, là où transitent les flux d’argent.

Processus bien huilés

En pratique, Michel Calmo, un centralien auparavant à la tête de Suncard, spécialiste des plates-formes de prépayé pour les télécoms et le transfert d’argent, est le directeur général de la FPE et surtout en charge des opérations, après des années de collaboration avec Ryad Boulanouar. Le parcours client, les procédures, l’informatique, la fluidité et la cohérence des opérations, les tableaux de bord… voilà son rôle. « Tout est conçu pour fonctionner sans intervention humaine, en dehors de la validation du buraliste au moment de l’ouverture du compte, souligne-t-il. Nous voulons donner tous les outils au client pour qu’il puisse réaliser ses opérations de façon autonome, simplement à l’aide de son téléphone ou sur son ordinateur grâce aux SMS et aux e-mails. Mais pour cela, nous devons tout anticiper et imaginer une réponse automatique à chaque question.  » La banque par SMS ou par e-mail et les opérations en temps réel, sans date de valeur, nécessitent un outil robuste. La fin de l’année 2013 était d’ailleurs consacrée aux réglages des processus afin que le lancement en janvier 2014 s’opère sans accroc.

Et pour ce faire, le responsable du business développement et des relations avec le réseau des buralistes, Pierre de Perthuis, lui-même serial entrepreneur, est le meilleur ambassadeur du projet. Convaincu de l’utilité de cette nouvelle offre dès sa première rencontre avec Ryad Boulanouar, il persuade rapidement les buralistes de distribuer ce qui n’est pas encore le Compte Nickel. La Confédération des buralistes y voit un moyen de diversification à haut potentiel et décide même de prendre une part du capital de la FPE. « Notre objectif est de déployer 1.000 points de vente en 2014, détaille-t-il. Pour y parvenir, il nous faut des procédures industrialisées qui s’adaptent à tous les cas car aucun bureau de tabac ne ressemble à un autre. Néanmoins, les buralistes sont les rois de la débrouille, ils connaissent particulièrement bien leurs clients et sont très motivés par ce nouveau produit. Il nous reste à diffuser les supports de communication en points de vente (dépliants, vitrophanies, signalétique) et à lancer des opérations de street marketing. »

Le défi des fonds propres

Les 27.000 buralistes français, qui doivent être agréés individuellement par l’ACPR*, ne sont pas le seul réseau de distribution. Pierre de Perthuis a également démarché les associations d’aide aux personnes en difficultés et les centres communaux d’action social. L’accueil est très chaleureux et certaines villes souhaitent même pouvoir vendre le Compte Nickel, une possibilité soumise à l’approbation de l’autorité de régulation. Or l’ACPR ne donne pas son agrément facilement. Hugues Le Bret, porte-parole et responsable des relations avec les investisseurs, en sait quelque chose. L’ancien PDG de Boursorama et ancien directeur de la communication de Société Générale est un peu le banquier de la bande. Mais un banquier repenti qui s’est mis au service d’un projet résolument non bancaire et dont le rôle crucial a été de trouver des fonds lorsque l’ACPR a exigé de la FPE, en plus des 3,5 millions d'euros consentis pour concrétiser l'idée de la start-up, 8 millions d’euros de fonds prudentiels supplémentaires. La somme semble faramineuse si l’on considère le faible risque lié au Compte Nickel, un compte prépayé. Une aventure qu’il raconte dans son livre « No Bank » (éd. Les Arènes). « Finalement, ce sont des entrepreneurs qui nous ont soutenus, des gens propriétaires de leur entreprise, capables de décisions rapides, expose-t-il. C’est ainsi que nous avons réuni 78 actionnaires personnes physiques qui ont de 18 à 89 ans et dont les participations s’échelonnent de 10.000 à 1,3 million d’euros. Mais le projet a failli mourir dix fois, cette entreprise est un miracle !  »

Un miracle peut-être. Reste à savoir si les interdits bancaires, les personnes privées de moyens de paiement qui ne paient qu’en argent liquide, celles vivant sous le seuil de pauvreté (8,4 millions de personnes en France) trouveront là une réponse à leurs soucis quotidiens. Toute la communication est conçue pour éviter la stigmatisation, mais c’est un risque. A moins que le Compte Nickel ne bénéficie d’un effet Logan, cette voiture à bas prix conçue pour les ménages modestes et finalement achetée par les CSP+. Heureusement, le low cost profite à tous.

Le parcours de Ryad Boulanouar :

Ingénieur diplômé de l’Institut national des sciences appliquées (INSA) de Rennes.

1997 :chef de projet Pass Navigo pour la SNCF.

1998 :directeur technique chez OMI, SSII spécialisée en monétique, travaille sur le projet Moneo.

2000 :fondateur d’ABM Technologies, société de développement de logiciels liés aux cartes à puce, terminaux

de paiement électroniques, serveurs centraux et pour l’intégration aux logiciels de caisse. Création de solutions clé en main de paiement, prépayé, paiement de factures, transfert d’argent. Références : Bred, Esso, Carrefour, Intermarché, Relais H, Wonderbox, Western Union, Moneygram, RIA…

2010 :fondateur de No Bank, devenu Compte Nickel, un compte de paiement avec carte accessible

chez les buralistes.

Avril 2013 :agrément de l’ACPR pour la Financière des Paiements. Electroniques et le Compte Nickel

Janvier 2014 :lancement commercial du Compte Nickel.

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