La rupture des bonus

le 06/01/2011 L'AGEFI Hebdo

Les bonus astronomiques distribués en cash en début d’année, c’est fini ! Le processus visant à encadrer les rémunérations variables des opérateurs de marché, amorcé lors du G20 de Pittsburgh en septembre 2009, est arrivé à son terme en Europe : celles-ci seront désormais soumises à des règles strictes, avec versement différé sur plusieurs années, augmentation de la partie distribuée sous forme d’actions, et surtout, grande nouveauté, un malus ! Il sera dorénavant possible de ne pas verser la partie différée en cas de contre-performances individuelles ou collectives. Une vraie révolution culturelle pour la finance, dont l’impact se fera sentir dès cette année (lire aussi L'Evénement page 8).

La ténacité des régulateurs, mais surtout des politiques européens, aura finalement eu raison du lobbying des banquiers, et ce jusque dans la City même, peu connue jusqu’ici pour sa modération. Et même si les Etats-Unis sont encore loin d’envisager un corpus aussi contraignant, les banques américaines pourraient bien être amenées à réformer elles aussi leurs mœurs. Pour preuve, Goldman Sachs s’apprêterait à prendre en compte des critères de performance à long terme dans le calcul de ses rémunérations - une vraie rupture avec la tradition du secteur, plus enclin à reverser tout bonnement un pourcentage des recettes engrangées.

Les professionnels sont inquiets, bien sûr. Car les réglementations des parts variables des opérateurs de marché devraient rester encore disparates entre les deux rives de l’Atlantique, tout en demeurant surtout inexistantes en Asie. De quoi craindre des distorsions de concurrence dans la chasse aux talents, si cruciale pour cette profession.

Les régulateurs devront de leur côté rester sur le qui-vive. Car il s’agit maintenant de s’assurer du respect des nouvelles règles. Or le système est des plus complexes : il faut comprendre les pratiques des banques, jusqu’ici plutôt obscures et discrétionnaires, mais aussi les métiers liés au marché, les fonctions, qui peuvent largement varier d’un établissement à l’autre ; surveiller encore les tentatives de contournements, notamment via le déplacement d’activités dans des zones géographiques plus clémentes ; et mettre en œuvre le mécanisme du malus, dont l’application n’est pas sans laisser perplexes les juristes ; enfin, et ce n’est pas le moins important, les instances de régulation doivent aller plus loin encore, pour englober l’ensemble des activités financières, y compris le fameux shadow banking, cette haute finance non bancaire encore largement épargnée.

Ce n’est qu’à ces conditions que ces nouvelles règles auront réellement l’impact recherché. Cela suffira-t-il ? A cette question, il appartient aux banquiers eux-mêmes d’apporter la réponse.

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