Royal & Sun Alliance contraint de relever son niveau de capital

le 16/01/2014 L'AGEFI Hebdo

Après les déboires de sa filiale irlandaise, l’assureur britannique RSA doit publier fin février les résultats d’une étude stratégique visant à renforcer son bilan.

Royal & Sun Alliance (RSA) peut pousser un léger soupir de soulagement. Après avoir publié trois avertissements sur résultats consécutifs et enregistré la démission de son directeur général, Simon Lee, fin 2013, l’assureur a démarré l’année sur une note plus positive. Le 9 janvier, le cabinet de conseil et d’audit PwC, mandaté par RSA, a publié les conclusions d’un rapport d’audit sur les irrégularités comptables constatées en novembre dernier dans sa filiale irlandaise.

Première bonne nouvelle : les niveaux de provisionnement en Irlande ne seront pas augmentés au-delà des 200 millions de livres déjà mis de côté par RSA afin de couvrir les irrégularités comptables et renforcer le niveau de réserves dans ce pays. Si le cadre de contrôle des opérations de supervision n’a pas été remis en cause, les collaborations « inappropriées » entre plusieurs dirigeants de la filiale auraient en revanche permis de contourner le cadre réglementaire : le directeur financier et le responsable des sinistres ont ainsi été limogés, le directeur général de la filiale irlandaise ayant quitté le navire en novembre. L’assureur pourrait aussi poursuivre son ancien auditeur Deloitte, dont son président exécutif actuel, Martin Scicluna, est un ancien associé.

Un rapport parallèle réalisé par KPMG a confirmé que les déboires de l’entité irlandaise ne s’étaient pas étendus à d’autres au sein de RSA. Pour Moody’s, la publication du rapport a levé une hypothèque de taille. « Bien que ses conclusions apportent un soulagement, un certain nombre de points restent en suspens, modère néanmoins David Masters, analyste de Moody’s qui avait placé l’assureur (noté « A2 ») sous examen dans le cadre de sa révision à la baisse le 18 décembre, en particulier les effets de la revue stratégique du groupe sur son réseau de franchises, au même titre que les efforts qu’il entend réaliser pour améliorer sa capitalisation. » En décembre, Martin Scicluna, président de RSA qui assure l’intérim dans l’attente de la nomination d’un nouveau directeur général, a lancé une revue stratégique destinée précisément à doper les niveaux de capitaux, mais aussi à optimiser son portefeuille d’opérations et à produire une politique de dividende sur le long terme.

Vente d’actifs ciblés

L’excédent de solvabilité du groupe est passé de 1,2 milliard de livres fin 2012 à 800 millions de livres au troisième trimestre 2013, du fait surtout de récentes acquisitions au Canada et en Argentine. Si RSA est resté jusqu’à présent discret sur les niveaux de capitaux visés et les moyens de parvenir à rétablir son bilan, les analystes, qui tablent sur un renflouement au moins égal à un milliard de livres, ont d’ores et déjà évalué les mérites d’une émission d’actions nouvelles ou encore l’hypothèse d’une vente d’actifs ciblés. Mais cette deuxième option ne serait pas sans difficultés : « A la différence d’Aviva pour qui la cession de ses opérations-vie américaines était une évidence, RSA ne possède pas à l’heure actuelle un actif non central qui pourrait lui servir de solution miracle agissant sur ses niveaux de solvabilité », explique Marcus Rivaldi, analyste chez Morgan Stanley dans une note. Ses multiples opérations dans les marchés émergents (15 % des primes totales), en Asie, Moyen-Orient ou Amérique latine « fourniront probablement de meilleures opportunités de croissance que les marchés matures pour un groupe comme RSA, même si les dynamiques autour des flux de trésorerie des marchés en croissance sont en retard comparé à ceux des marchés matures », explique David Masters.

L’hypothèse d’un rachat du groupe dans sa totalité a été écartée par Martin Scicluna début janvier : il n’a reçu aucune offre pour l’ensemble de la société. Mais il s’est montré moins tranchant sur les éventuelles offres reçues sur des entités de l’entreprise. Plus sûr, le dividende, qui avait été réduit l’an dernier, devrait encore subir des coupes claires. A la différence d’autres assureurs engagés dans une stratégie de renforcement des capitaux, RSA manque aujourd’hui de temps pour convaincre, laissant peser le risque d’une dégradation de la note de l’assureur à des niveaux « BBB » : « Si cela se produisait, explique Marcus Rivaldi, les opérations commerciales du groupe pourraient rencontrer de nombreuses difficultés, étant donné l’importance des notations dans ce domaine aussi bien parmi les courtiers que les clients professionnels ». 

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