Royal Bank of Scotland démantelée, une option parmi d'autres

le 04/07/2013 L'AGEFI Hebdo

Le Trésor britannique doit remettre au gouvernement, d'ici à septembre, un rapport sur les avantages et les inconvénients d'un tel éclatement.

A elle seule, elle totalise près de la moitié des besoins totaux des banques britanniques. Selon la Banque d’Angleterre, l’état de Royal Bank of Scotland (RBS) nécessitait fin décembre 13,6 milliards de livres (15,91 milliards d’euros) de fonds propres supplémentaires. Si le retour au privé de sa concurrente Lloyds Banking Group semble désormais sur les rails, les analystes en sont encore aujourd’hui à évaluer les options pour RBS, nationalisée à hauteur de 81 %. La banque, dont l’action a perdu plus de 20 % de sa valeur en juin, a enregistré les plus mauvaises performances boursières parmi les britanniques depuis le début de l’année.

Enfin, comme une mauvaise nouvelle n’arrive jamais seule, elle s’apprête, d’ici à la fin de l’année, à perdre son capitaine, le directeur général Stephen Hester, qui l’a sauvée du naufrage. Pris de court, les analystes, grands supporters de Stephen Hester, y ont vu le signe d’une interférence gouvernementale. « Il n’est pas certain que le gouvernement ait été complètement à la manœuvre derrière la décision de Stephen Hester, nuance Geoffrey Wood, professeur d’économie à la Cass Business School. Si le directeur général avait décidé d’assurer le retour de RBS dans le privé, il aurait probablement prolongé son mandat de cinq ans. Par ailleurs, il n’a jamais été complètement favorable à la scission de RBS en une bonne et une mauvaise banque. »

Lancée par l’ancien gouverneur de la Banque d’Angleterre Mervyn King, l’idée de la création d’une structure de défaisance regroupant les prêts toxiques de la banque partiellement nationalisée a ainsi ressurgi à l’occasion de la publication du rapport de la commission parlementaire bancaire le 20 juin dernier. Saisissant la balle au bond, le chancelier de l’Echiquier George Osborne, longtemps opposé à l’idée d’une « bad bank », a décidé de lancer une étude de faisabilité sur le démantèlement de RBS, avec des résultats attendus d’ici à septembre. Pour George Osborne, la décision de scinder RBS ne sera prise « qu’à la condition que cela soutienne l’économie britannique, que cela soit fait dans l’intérêt des contribuables et que cela accélère le retour à la privatisation », a-t-il souligné lors de son traditionnel discours de Mansion House.

L’importance des prêts toxiques

Pertinente sur le papier, la création d’une structure de défaisance pourrait ainsi permettre à la partie saine de la banque de se concentrer sur les opérations de détail et commerciales de RBS sans être distraite par ses opérations internationales ou de banque de financement et d’investissement (BFI). Mais les observateurs pointent du doigt un certain nombre de difficultés. « La faisabilité de ce projet sera avant tout une question de temps, estime Geoffrey Wood. Si la mise en œuvre de cette séparation est plus longue à établir que le nettoyage du bilan, alors l’initiative sera abandonnée. » Selon Jason Napier, analyste bancaire chez Deutsche Bank, la nature des actifs à transférer va déterminer la taille de chacune des nouvelles entités et les besoins en fonds propres. « Si l’on scinde RBS en fonction de sa division 'core' (la banque de demain, NDLR) et sa division 'non core' (les activités appelées à disparaître), 53,3 milliards de livres de prêts seraient transférés dans la 'bad bank' », prévient-il. Plus globalement, la structure de défaisance pourrait aussi s’étendre à la division de BFI (Markets) et à la filiale irlandaise Ulster Bank : « 139 milliards de livres de prêts seraient alors transférés en même temps que 20 % des 26.000 salariés de la banque et près des deux tiers de prêts non performants », selon lui. Au gré des différents scénarios, la mobilisation des fonds propres oscillerait entre 4,5 et 16,5 milliards de livres. Mais dans les deux cas, il serait inutile de faire appel à des capitaux extérieurs, selon l’analyste. D’autres coûts pourraient néanmoins apparaître : des problèmes d’intégration informatique, semblables à ceux qui avaient provoqué l’abandon du projet de vente des agences de RBS à Santander, pourraient ainsi venir alourdir l’addition.

Si le démantèlement de RBS est retenu, la gestion de cette nouvelle étape sera laissée entre les mains d’un nouveau directeur général. Parmi les noms qui circulent, celui de Ross McEwan, l’actuel patron des activités de détail de RBS au Royaume-Uni, semble actuellement rassembler le plus de soutien : « Son approche directe, pondérée et concrète est précisément ce dont RBS a besoin à l’heure actuelle », atteste Ian Gordon, analyste d’Investec Securities. Indépendamment de la nomination du futur directeur général, la tâche risque toutefois d’être colossale.

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