L’avis de… Cyrille Chartier Kastler, président du cabinet Facts & Figures

« Ce risque n’est pas vraiment assurable sans un système public de régulation »

le 10/03/2011 L'AGEFI Hebdo

Pourquoi les assureurs affichent-ils un tel attrait pour la dépendance ?

Selon eux, il s’agit d’un marché appelé à se développer en raison de l’allongement de l’espérance de vie. Ils ont d’autant plus d’appétit pour cette branche d’activité que le potentiel de l’épargne individuelle est relativement saturé et que Solvabilité II pousse à s’orienter vers des produits de prévoyance. Aussi, pour faire de la croissance, les compagnies veulent s’orienter vers la dépendance. Toutefois, ce marché n’est pas solvable car la plupart des Français n’ont pas vraiment les moyens de s’assurer : leur premier besoin, c’est de compléter leur retraite.

Ce risque est-il vraiment assurable ?

Il est compliqué à évaluer car on s’inscrit sur le très long terme. Personne n’est capable de dire quelles seront les évolutions médicales dans trente, quarante ou cinquante ans. Les acteurs qui se sont lancés les premiers il y a plus de vingt ans s’aperçoivent qu’ils avaient sous-tarifé les risques : leurs résultats techniques ne sont donc pas bons. Pour moi, ce risque n’est donc pas vraiment assurable sans un système public de régulation.

Les assureurs disent pourtant le contraire…

C’est vrai. Mais quelle sera leur capacité à verser des prestations dans trente, quarante ou cinquante ans ? C’est un risque dont personne ne peut dire quelle sera l’intensité à l’avenir. Par ailleurs, les assureurs ne portent pas réellement le risque puisque celui-ci est largement cédé en quote-part en réassurance. La capacité des assureurs à payer les prestations dépend donc de la capacité des réassureurs à survivre et à la volonté de leurs actionnaires de financer des pertes éventuelles dans trente ou cinquante ans. Finalement, l’idéal serait d’avoir une cession obligatoire en réassurance de place via la Caisse centrale de réassurance (CCR), à l’instar de ce qui est fait pour les catastrophes naturelles. Ne pas soulever cette idée constitue une erreur.

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