Entretien avec... Eric Dupont, directeur senior institutions financière chez Fitch Ratings

« Le risque grec est limité pour les banques françaises »

le 26/05/2011 L'AGEFI Hebdo

Quel est le niveau d’exposition des banques françaises au risque grec ?

Selon nos derniers calculs portant sur les titres souverains, l’interbancaire, les titrisations et les encours de prêts des filiales, Emporiki pour Crédit Agricole et Geniki pour Société Générale, l’exposition totale est de 42,3 milliards d’euros. Pour les deux filiales citées, il se monte à 25 milliards dont 21,3 milliards pour Emporiki. Pour les souverains, il a atteint 11 milliards dont 5 milliards pour BNP Paribas. De prime abord, ce dernier chiffre peut paraître faible. Précisons que le périmètre retenu est celui des banques au sens strict et inclut principalement des titres du banking book détenus dans le cadre de leur gestion actif-passif. Nos calculs ne tiennent pas compte des engagements de leurs filiales de gestion d’actifs et d’assurance pour qui le risque est porté par l’investisseur final et non par les banques. Pour conclure, nous estimons que le risque grec est limité pour les banques françaises étant donné leur base solide de fonds propres.

Qu’en est-il des risques indirects ?

J’en vois deux. En cas de pertes importantes sur le souverain grec, il est possible que les banques accordent des compensations aux clients de leurs filiales d’assurance pour éviter un risque de réputation. Mais surtout, en cas de défaut de la Grèce sur sa dette, la confiance des marchés pourrait s’effriter et les banques se trouveraient alors confrontées à une hausse de leur coût de refinancement sur les marchés.

Chute des dépôts, envolée de prêts non performants…, la situation d’Emporiki constitue-t-elle un risque important pour Crédit Agricole ?

Il faut comprendre cette situation. Les dépôts ont effectivement diminué de 39 % depuis fin 2008. Emporiki a refusé de se lancer dans une course aux dépôts avec une rémunération de la clientèle pouvant atteindre 8 %. Elle a trouvé du financement beaucoup moins cher auprès de sa maison mère. C’est une bonne chose par rapport à ses concurrents. Du coup, moins de ressources clientèle implique effectivement un ratio crédits/dépôts très élevé, de 173 % en décembre dernier. Quant aux prêts douteux, ils sont passés de 11,6 % du portefeuille à 26 % en trois ans à la suite d’un important travail d’identification des mauvais dossiers. Aujourd’hui, les nouveaux dossiers sont de bonne qualité. Bien sûr, Emporiki et Geniki vont continuer de peser sur les résultats de Crédit Agricole et de Société Générale, mais il n’y a aucune inquiétude à avoir pour les maisons mères.

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