Le risque Emporiki continuera de peser sur Crédit Agricole

le 01/03/2012 L'AGEFI Hebdo

Confrontée à une violente récession, la filiale grecque de la banque verte s’enfonce dans la crise et reste son talon d’Achille.

Crédit Agricole est la banque française la plus exposée à la crise en Grèce. Indépendamment des titres publics qu’elle détient, son véhicule coté, Crédit Agricole SA (CASA), y possède la cinquième banque du pays, Emporiki (1,29 million de clients particuliers). Un établissement dont les comptes ne cessent de se dégrader. D’ailleurs, CASA a abandonné son objectif d’un retour à l’équilibre en 2012 de sa filiale à 95 %. Et souffre elle-même de sa situation. Standard & Poor’s (S&P) a ainsi abaissé sa note en mai 2011, de « AA- » à « A+ », à cause de sa filiale grecque, suivie par Moody’s. « Emporiki pèse désormais sur la vision que nous avons de CASA, explique Elisabeth Grandin, analyste crédit chez S&P. Cette banque va en effet continuer à générer des pertes en 2012 et en 2013, limitant la capacité bénéficiaire du groupe. » Nombre d’analystes en sont persuadés : CASA va devoir continuer à aider sa filiale pour la maintenir hors de l’eau, et à passer des provisions pour couvrir les risques qui y sont liés.

Le poids des créances douteuses

Ces risques sont potentiellement importants, ainsi que le souligne Fitch Ratings dans sa note de décembre. Moody’s, qui a de nouveau dégradé CASA fin 2011, s’inquiète aussi « des risques accrus en matière de crédit et de liquidité ». Ne parvenant plus à se refinancer sur le marché interbancaire, Emporiki dépend de sa maison mère (voir le graphique).

L’odyssée a commencé en août 2006, avec le lancement d’une OPA (offre publique d’achat) de 2,22 milliards d’euros sur Emporiki Bank SA. En l’achetant, CASA souhaite alors accélérer sa croissance hors de France, dans une partie de la zone euro jugée à fort potentiel. Mais très vite, le vent tourne et la Grèce se retrouve confrontée à une crise économique et financière sans égale. Dès 2008, Emporiki enregistre des pertes, obligeant CASA à passer des provisions et à lancer une augmentation de capital pour la renforcer. C’est le début d’un engrenage que le plan de restructuration d’Emporiki lancé en 2009 ne parvient à enrayer. Entre 2008 et 2010, l’établissement grec coûtera plus de 4 milliards d’euros à sa maison mère.

La situation s’aggrave en 2011, alors que la Grèce s’enfonce dans la récession, avec un produit intérieur brut (PIB) en recul de 6,8 % sur l’année. Les créances douteuses augmentent. Le coût du risque de la filiale grecque de CASA s’élève à 1,42 milliard d’euros en 2011, en hausse de 38,7 %, dont 379 millions d’euros sur le quatrième trimestre. Il est fortement impacté par la participation d’Emporiki au plan de soutien à la Grèce, à hauteur de 34 millions d’euros au quatrième trimestre, sur un total de 246 millions d’euros dans l’année. De plus, l’effort de provisionnement réalisé par la banque sur l’ancienne génération de prêts s’est poursuivi. Le taux de couverture a été porté à 54 % en fin d’année (+ 4 points par rapport au troisième trimestre 2011), dont 78 % sur les corporates. Le taux de créances douteuses et litigieuses atteint 33,5 %, en hausse de 2,3 points par rapport au troisième trimestre 2011 sur un portefeuille de créances privées qui s’élevait à 22 milliards de livres. Et il devrait encore augmenter si la récession s’amplifie. Au-delà de facteurs conjoncturels, « il est de notoriété publique, ici en Grèce, que le management d’Emporiki a pris des risques inconsidérés. Par exemple, Emporiki a été la seule banque à mener, jusqu’à l’été dernier, une campagne de vente de crédit automobile, alors que plus personne n’osait le faire, face au risque d’impayés », souligne sous couvert d’anonymat un analyste d’Alpha Finance à Athènes.

Heureusement, « au vu de son niveau de liquidités et de sa bonne santé financière, CASA a la capacité d’absorber les pertes à venir d’Emporiki, d’après notre scénario central qui est basé sur une récession forte en Grèce, et non sur sa sortie de la zone euro », précise Elisabeth Grandin. En outre, le groupe (CASA et caisses régionales) a les reins solides avec un ratio Core Tier one de 10,2 % (Bâle 2.5, hors floor).

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