Retour dans le rang

le 17/03/2011 L'AGEFI Hebdo

Fini le temps où les banques pouvaient afficher des ratios de fonds propres largement inférieurs à ceux des entreprises non financières. Fini aussi le temps où leurs taux de rentabilité, avec des pointes dépassant largement les 20 % de rendement sur capitaux propres, distançaient ceux d’autres secteurs dans des proportions quasi indécentes. Le processus de régulation initié en 2009 fait rentrer les institutions financières dans le rang. Désormais, alors que les normes prudentielles de Bâle III devraient leur coûter un tiers de RoE (return on equity), la rentabilité des banques va s’aligner sur la moyenne du CAC 40. Avec, à la clé, une sérieuse réduction de leurs ambitions. La plupart en ont pris conscience, et affiché leurs nouveaux objectifs lors de l’annonce des résultats annuels 2010. Toutes affichent la même conviction : ce qui était un plancher, 15 % de RoE, va devenir un plafond.

Bien sûr, pour atteindre ces objectifs, même plus modestes, des efforts considérables vont devoir être engagés. Or les banques ont à leur disposition trois leviers. Le premier est le plus simple à actionner, c’est la recherche d’une plus grande efficacité opérationnelle : réduction des coûts, recherche de synergies, industrialisation… Des programmes ont déjà été mis en œuvre.

Le deuxième semble plus complexe, car les arbitrages entre activités, tout inéluctables qu’ils soient, ne peuvent être mécaniques. Lorsqu’il s’agit de céder des métiers, les choix ne sont pas simples. Le montant de fonds propres étant pondéré selon le caractère plus ou moins risqué de l’activité, on peut imaginer que certains segments de marchés ou certains types de financements très consommateurs de capital seront en première ligne. Mais il faut se garder de trancher trop vite, car ces activités sont aussi très rémunératrices. C’est ce qui explique, bien que certaines banques soient sorties de la gestion, telles Barclays ou Société Générale, que la consolidation générale tarde à suivre. La révision des modèles opérationnels est en route, et les groupes balayent leur portefeuille de métiers avec une attention extrême. Les critères à prendre en compte sont multiples : capacité à générer du revenu, consommation de fonds propres, synergies entre métiers et surtout volonté de servir leurs clients de façon globale. On comprend la circonspection des banques.

Reste le troisième levier : augmenter les marges. Dans certains métiers, la tendance est claire. Mais là encore, les banques devront y recourir avec prudence. Commercialement et politiquement, elles ne peuvent se permettre de faire trop supporter par leurs clients le poids de leur ajustement. Comme dans d’autres secteurs non financiers, leur pricing power s’annonce limité.

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